
Un professeur de droit qui se contredit n’enseigne plus le droit. Il enseigne le doute. Paul Gaspard Ngondankoy vient d’en faire la démonstration, malgré lui. Décembre 2024: l’article 220 est intouchable. Y toucher, c’est une «fraude à la Constitution». Le peuple s’est «auto-limité». Quinze mois plus tard, juin 2026: le même article devient contournable. Le «peuple du dehors» peut tout. Le Président est un «monarque constitutionnel». Entre les deux, la Constitution n’a pas bougé d’un alinéa. Seul le professeur a retourné sa robe. Le cas serait risible s’il n’était pas tragique. Car l’université n’est pas un plateau télé. Un amphi n’est pas un Space X. On y forme des juristes, pas des girouettes. On y apprend la rigueur, pas l’acrobatie. Dès lors, quelle leçon Ngondankoy peut-il encore donner? Comment expliquer à un étudiant de L2 que la norme est prévisible quand le maître lui-même prouve qu’elle dépend du calendrier politique? Comment corriger une copie qui cite Ngondankoy 2024 quand on est Ngondankoy 2026? 16/20? 0/20?
L’UNIKIN connaît déjà la réponse. En 2015: un éminent professeur défend le troisième mandat de Kabila. Huées, amphis vides, chaire désertée. Il avait au moins la décence de ne pas théoriser sa propre contradiction. Ngondankoy, lui, a livré le mode d’emploi. Il a forgé les concepts du revirement: «peuple du dehors», «compétence de la compétence». Il a armé les étudiants qui, demain, disséqueront son incohérence en TD. Le droit meurt quand il devient un outil à géométrie variable. L’enseignant meurt quand il devient son propre contre-exemple. Un diplomate l’a dit crûment: «Quelle leçon tiendrait debout face à ses étudiants, quand le maître piétine lui-même la copie qu’il notait 20/20?» Aucune.
Ngondankoy peut encore prendre la parole. Il peut défendre le pouvoir, justifier les virages, réciter les éléments de langage. C’est son droit. Mais enseigner le droit constitutionnel? Enseigner suppose une autorité. L’autorité suppose une cohérence. La cohérence, lui, l’a perdue en direct, micro ouvert. Si la Constitution est un cadenas, il en a rendu les clés. S’il garde sa chaire, il devra expliquer aux étudiants que le cadenas n’a jamais existé. L’auditoire jugera. Et ce verdict-là ne se négocie pas.
