
Publiée sur le site Congo Intelligence et attribuée à Olivier Kamitatu, directeur de cabinet et porte-parole de Moïse Katumbi, une longue tribune fait débat au sein d’Ensemble pour la République. Sous couvert d’analyse politique, le texte s’apparente à un réquisitoire public. La cible principale: Salomon Kalonda. L’enjeu affiché: imposer une ligne unique à l’approche du dialogue national et de l’ultimatum du 15 août fixé par la C64.
Pour plusieurs cadres du parti, qui affirment connaître le jeu et le joueur, les catégories de “modérés” et de “faucons” utilisées dans la tribune relèvent de la seule imagination de son auteur. Objectif: tuer politiquement un concurrent jugé encombrant et se réserver le “beau rôle”.
- Tuer politiquement Kalonda: la méthode
La tribune construit sa démonstration en trois temps pour disqualifier le conseiller spécial de Katumbi.
D’abord, la supposée naïveté. Salomon Kalonda est méchamment présenté comme l’incarnation des “illusions”: il aurait “longtemps continué à croire qu’un canal restait possible avec Tshisekedi” via Fortunat Biselele, Dompierrot Sadiki ou l’entourage de Denise Nyakeru. Verdict: “Cela a discrédité l’aile du compromis”.
Ensuite, l’échec prétendu. L’auteur revient sur sa défaite au Sénat: “battu”, “floué”. Sa lettre à Tshisekedi contre le projet référendaire est qualifiée “d’acte de désespoir”.
C’est donc clair: si Kalonda l’emportait au Sénat, Kamitatu n’hésiterait pas à crier à la trahison. Il oublierait même son propre parcours intriguant: ex-Bembiste, ex-Kabiliste zélé aujourd’hui opportunément dans la ceinture de Katumbi avec la diabolique ambition de noircir l’image de ceux dont la loyauté ne saurait être remise en question.
Enfin, la rupture recherchée. Le partage est binaire: “Kalonda symbolise le compromis blessé. Kamitatu et Diakiese incarnent la rupture”. Les “faucons” auraient donc gagné contre les “colombes”.
Rendre public pareil procès, c’est le rendre irréversible. C’est aussi, soulignent plusieurs cadres d’Ensemble, une stratégie de la méchanceté et de la manipulation. “Comment Salomon Kalonda, arrêté, emprisonné et puni dans sa chair par le Pouvoir, peut-il être présenté comme le modéré proche de ses bourreaux ? Et comment Olivier Kamitatu, jamais inquiété, peut-il s’autoproclamer le plus radical ?”, s’interroge un responsable du parti. “Ce sont des faux costumes cousus pour mieux éliminer un rival.”
- Se donner le beau rôle à la veille du dialogue
En cherchant à présenter Kalonda comme le “modéré”, Kamitatu veut donc se présenter comme le plus radical de tous et le seul capable de conseiller à Katumbi la ligne de la confrontation directe avec Tshisekedi.
La tribune va plus loin: elle laisse entendre que Kalonda, présenté comme le “martyr” du parti après son arrestation et sa détention, serait en réalité un “infiltré” de Tshisekedi dans le cercle décisionnel d’Ensemble. Une insulte. Une accusation grave, sans preuve, mais qui vise à le délégitimer définitivement.
Le timing ne trompe pas: la publication intervient à la veille de l’ouverture d’un dialogue national évoqué par la présidence. “C’est une manière de choisir qui irait parler au nom du parti”, analyse un cadre d’Ensemble. En créant une fausse aile du compromis et en en détricotant le meneur désigné, l’auteur s’assure que seuls ceux présentés par lui comme les tenants de la rupture seront mandatés pour représenter Katumbi à la table, ou pour justifier son boycott.
- Le piège: enfermer Katumbi dans la seule option du rapport de force
En disqualifiant publiquement Kalonda, la tribune ferme une porte stratégique. Or c’est précisément au moment où certaines figures d’Ensemble poussent la C64 à brandir la menace de la rue.
Sans Kalonda, il ne reste que le registre de la confrontation: “Tshisekedi ne reculera que devant un coût politique… suffisamment élevé”.
Le piège pour Moïse Katumbi est donc double. En interne: son parti se retrouve amputé de sa capacité à négocier, et dépendant des seuls tenants de la rupture. En externe: il perd son principal relais auprès des Églises et des chancelleries, au moment où ces acteurs entrent dans le jeu.
Dans les milieux politiques kinois, on a aussi l’impression que les “prétendus faucons” veulent se valoriser en prévision de ce dialogue. “C’est une prise de contrôle par voie de presse. Qui écrit l’histoire du parti aujourd’hui, parlera en son nom demain”, résume un cadre.
Le risque pour Katumbi
La force d’Ensemble a toujours été sa pluralité: Christian Mwando pour les institutions. Dieudonné Bolengetenge pour les équilibres. Olivier Kamitatu pour la pression. Salomon Kalonda pour les canaux et la stratégie.
La démarche de Kamitatu est donc claire et nuisible: écarter les autres et priver Katumbi de ses meilleurs éléments à quelques semaines du dialogue.
En cherchant à “tuer Kalonda” sur la place publique, il ne renforce pas Ensemble. Il l’ampute. Il ne sert pas la ligne de M. Katumbi. Il l’enferme.
A l’heure où le parti a besoin de toutes ses cartes pour peser, cette opération vise un seul but: confisquer la parole au nom de Katumbi et s’assurer que, demain, il n’y aura qu’une seule voix autorisée à parler: la sienne.
Blaise NGIESI TAMPIOKO
Militant de base Ensemble pour la République dans la Tshangu
