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Cinq écoliers sur une moto: l’électrochoc qui oblige l’Etat à agir

L’image est brutale et sans détour : une moto, cinq enfants entassés, aucun casque, aucun dispositif de sécurité -un instantané qui résume une mise en danger quotidienne. Ce n’est pas un fait divers isolé: c’est la traduction visuelle d’une pratique banalisée qui transforme le trajet scolaire en pari mortel. Si l’indignation suscitée par la photo est légitime, elle doit cesser d’être pure émotion pour devenir moteur d’action publique. Quand l’exception devient répétition, l’inaction se mue en complicité.

L’État a la responsabilité première de protéger les mineurs; tolérer ou laisser perdurer de telles pratiques relève d’une défaillance politique et administrative. Les forces de l’ordre, les autorités locales et les ministères compétents sont interpellés -non pas seulement pour sanctionner, mais pour proposer et financer des alternatives concrètes.

Agir signifie combiner urgence et structure : déployer immédiatement des contrôles ciblés aux horaires scolaires, imposer des sanctions visibles contre les transports dangereux et lancer des campagnes de sensibilisation. Mais la répression seule serait injuste si elle prive les familles des solutions dont elles dépendent. Il faut donc accompagner les conducteurs informels -formation, formalisation, équipement- et subventionner des transports scolaires sûrs -minibus, coopératives locales, trajets encadrés par les établissements- dans les zones les plus exposées.

La réponse exigera des priorités budgétaires claires, une coordination étroite entre ministères, gouverneurs et collectivités, et un suivi public des mesures prises. Les ONG et associations de parents ont un rôle d’alerte et d’appui, mais sans décisions politiques vérifiables, leurs efforts resteront limités. Il est aussi essentiel de veiller à ce que les sanctions ne pénalisent pas encore plus les ménages pauvres: toute mesure coercitive doit s’accompagner d’alternatives accessibles.

Au‑delà de la technique, il y a une question de dignité: accepter que des enfants prennent quotidiennement des risques mortels pour aller à l’école, c’est proclamer que certaines vies comptent moins. Une nation qui prétend au développement ne peut s’enorgueillir de sacrifier son capital humain à l’improvisation. Que cette photo serve d’électrochoc. Que l’indignation publique soit convertie en politiques mesurables: contrôles, sanctions, solutions subventionnées et transparence dans la mise en œuvre. C’est par des actes concrets, visibles et suivis que l’État montrera qu’il place la protection des enfants au cœur de ses priorités. Tant que cela ne sera pas fait, chaque matin restera une épreuve -et l’avenir de ces enfants, un pari trop risqué.

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