
Pas effrayé par les menaces proférées par le Chef de l’État à Lubumbashi, l’ancien député national a promis de ne pas reculer dans la défense du «Pacte républicain»…
C’est désormais le tournant. Le Président Félix Tshisekedi, qui a entamé en janvier dernier son deuxième et dernier mandat à la tête de la RD-Congo, tient à modifier la Constitution. Samedi 16 novembre à Lubumbashi, le successeur de Joseph Kabila s’est montré déterminé. «Personne ne va m’empêcher», a-t-il lancé au cours d’un meeting populaire. Entre 2015 et 2024, neuf années se sont écoulées et suffisamment d’eau a passé sous les ponts, au point d’inverser les rôles. Dans son costume d’opposant, le fils du Sphinx avait dénoncé, le 21 septembre 2016, la répression d’un mouvement anti-révision. «Plus de 100 morts et des centaines de blessés et de milliers de disparus. Leur tort: avoir exiger le respect de la Constitution», décriait-il dans un tweet encore disponible sur son compte aujourd’hui mis en veilleuse.
Fervent défenseur de la Constitution à l’approche de l’expiration du dernier quinquennat de Joseph Kabila, Félix Tshisekedi passe aujourd’hui pour chantre un changement pour, dit-il, doter le pays d’une Constitution «adaptée aux réalités». Si l’opposition soupçonne une envie de «s’éterniser au pouvoir», Tshisekedi a toujours rassuré, sans convaincre, que ce changement ne devrait pas toucher au nombre de mandats, tout en maintenant, jusqu’au weekend passé, le flou sur les articles visés par sa démarche.
A Lubumbashi, le locataire du Palais présidentiel a levé un coin de voile, citant notamment l’article 217 qui «braderait» la souveraineté du pays. Une thèse aux allures du déjà entendu qui ne passe pas dans le rang de l’Opposition. Quelques heures après le meeting de Félix Tshisekedi, Delly Sesanga a, dans un message filmé, recadré le Président, l’accusant de verser dans la «manipulation», avec une «interprétation tout à fait iconoclaste de l’article 217 de la Constitution». Pour l’ancien député national Tshisekedi a carrément propagé un «faux bruit en faisant croire que cet article dispose, expose le Congo à céder des territoires à des États voisins». Il y a tout juste quelques jours, Augustin Kabuya, chef du parti de Tshisekedi, a évoqué ce même article sans le citer, estimant, sans ambages, qu’il oblige à la RD-Congo de céder des terres… au Rwanda.
Un article vieux de près de 60 ans
Sesanga a surtout refusé de croire à un «discours qui oscille entre le mensonge et les menaces en guise d’argument pour justifier le changement de la Constitution de notre pays», affirmant que cette sortie du Président «déshonore la fonction et discrédite alors complètement le projet» de changement de la Constitution. Tout juriste qu’il est, le leader du parti politique Envol s’est permis d’administrer une cure d’histoire au Président de la RD-Congo, rappelant que cette disposition «d’abandon partiel de souveraineté» au bénéfice de l’Unité africaine date des années 1960. En RD-Congo, elle a été introduite, pour la première fois, par la Constitution du 24 juin 1967, dans son article 69. Ironie du sort, ce texte constitutionnel a été co-écrit par Etienne Tshisekedi, le père de l’actuel président.
En Afrique, le droit constitutionnel renseigne du reste que cette disposition n’est pas propre à la RD-Congo. Des pays comme la Guinée, le Burkina Faso, la République centrafricaine, le Mali et bien plus évoquent également, dans leurs lois fondamentales, cette idée d’abandon partiel, et même total pour certains, de souveraineté pour promouvoir l’unité africaine. L’idée émane de Milton Oboté, un des pères du panafricain, qui, en 1963, a proposé aux États africains nouvellement indépendants de s’offrir des institutions continentales.
Tshisekedi aura beau éviter le débat autour de son maintien ou pas au pouvoir au-delà de 2028, la levée de boucliers est déjà perceptible, au point de le pousser à la faute et menacer de poursuivre ceux qui tenteront de «manipuler» le peuple RD-congolais. Des «menaces» qui n’effrayent nullement Sesanga, prêt à lutter contre ce «projet funeste de changement de la Constitution» qui, selon lui, vise un «bénéfice strictement personnel», celui de remettre le compteur à zéro, «en faisant sauter le verrou de l’article 220» pour permettre à Félix Tshisekedi «de solliciter un troisième mandat là où les RD-Congolais ont voulu justement que plus personne ne puisse exercer plus de deux mandats».
Sesanga y voit une manipulation, promettant une farouche opposition de tous les défenseurs de la Constitution. «La manipulation, c’est lorsque vous essayez de faire croire à toute la nation RD-congolaise que c’est la Constitution qui vous empêche de lutter contre la corruption, les détournements et les gabegies financières coutumières à votre régime et auxquelles se livrent quotidiennement vos proches, vos amis et vos collaborateurs», a tancé l’ancien ministre du Plan, remonté contre la situation précaire de ses compatriotes, privés d’eau, d’électricité, de routes, d’écoles, d’hôpitaux et dont le pouvoir d’achat s’effrite chaque jour.
Ce tableau sombre est supplanté par la situation sécuritaire dans l’Est du pays avec plusieurs localités qui échappent, depuis 4 ans pour certaines, à l’autorité de l’État. Sesanga s’est ainsi interrogé si la Constitution empêche à Tshisekedi «de ramener la paix à l’Est et de recouvrer la souveraineté sur les territoires occupés».
Comptant parmi les leaders du mouvement «Sursaut national», Delly Sesanga a promis de se battre pour défendre le pacte républicain face aux «menaces» et aux «mensonges» qui, a-t-il rassuré, ne feront reculer nullement le peuple RD-congolais, déterminé à faire de leur pays une République, un État au service de l’intérêt général.
DL


