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Alingete avait révélé comment le fichier salarial manipulé saignait le Trésor, le dossier relancé par Tshisekedi exige des actes

En 2023, l’Inspection générale des finances -IGF-, sous Jules Alingete, mettait au jour un rapport accablant sur le fichier de la paie: doublons massifs, matricules fantaisistes et traitements parallèles. Restées en grande partie lettre morte et sans suite judiciaire, ces conclusions n’ont été suivies d’aucune sanction connue. C’est, en réalité, la multiplication des révélations -doublement de la masse salariale, gonflement des effectifs, retards dans le versement des salaires- et l’alerte du FMI qui ont remis la puce à l’oreille du président de la République. Relancé en février par Félix Tshisekedi, le dossier exige désormais des actes.

En avril 2023, l’IGF, Jules Alingete, rendait public le résultat d’une mission d’audit qui jetait une lumière crue sur le fichier de la paie de l’État. Le rapport mettait au jour des irrégularités systémiques: des matricules inventés, des doublons à foison et des lignes de paie alimentées au bénéfice d’ombres plutôt que de fonctionnaires réels. À l’époque, les mots étaient fermes; les suites judiciaires, elles, restaient absentes. Les chiffres donnaient le vertige et illustraient l’ampleur du pillage. L’IGF constatait et faisait constater que des centaines de milliers d’enregistrements portaient des numéros incorrects ou fabriqués; qu’un groupe d’agents disposait de plusieurs matricules pour un même nom; qu’un autre ensemble partageait le même matricule entre plusieurs bénéficiaires; et, de surcroît, que des milliers de personnes percevaient un salaire sans figurer sur les listes déclaratives de leurs services. Parmi les révélations les plus explosives figurait la présence de près d’un millier d’agents chargés du traitement de la paie qui se retrouvaient inscrits sur les bulletins de plusieurs ministères, certains apparaissant sur plus d’une dizaine de listes. L’IGF évaluait alors le manque à gagner mensuel à environ 149 milliards de francs congolais. Un saignement régulier du Trésor. Face à ces anomalies manifestes, l’Inspection annonçait des premières désactivations et envisageait de transmettre la liste des responsables présumés aux autorités judiciaires. Pourtant, malgré ce diagnostic accablant, aucune procédure judiciaire significative n’avait, jusqu’ici, abouti. Près de trois ans, la situation s’est empirée avec l’enchaînement de nouvelles révélations. Le doublement suspect de la masse salariale, le gonflement artificiel des effectifs, les retards récurrents dans le versement des salaires et, surtout, le rappel à l’ordre du Fonds monétaire international -FMI- ont finalement alerté le chef de l’Etat. Sous la pression de l’opinion et des partenaires, le président Félix Tshisekedi a relancé en février un audit sur la rémunération des agents publics. La manœuvre traduisait l’urgence: il n’était plus seulement question d’erreur comptable, mais de la crédibilité même de l’État.

Sur le plan judiciaire, l’IGF avait déjà demandé des poursuites contre les auteurs présumés. Or, entre l’éclat des rapports et la lenteur des procédures, le fossé persistait. Tant que les conclusions ne seront pas publiées et vérifiées indépendamment, suivies d’enquêtes transparentes et de poursuites effectives, le redressement restera partiel et le message envoyé aux fauteurs de fraude demeurera ambigu. La relance de l’audit doit être l’amorce d’une série de décisions fermes: rendre publiques les conclusions, transmettre les noms des responsables présumés aux autorités judiciaires, garantir la protection des lanceurs d’alerte et refondre le système de paie en introduisant des contrôles automatisés, infalsifiables et audités en temps réel. Sans cela, la lutte contre les saignées financières restera un vœu pieux.

La question dépasse le comptable: elle touche à la souveraineté de l’État congolais. Tant que des millions continueront d’être débités au profit d’ombres numériques, la confiance des citoyens et la capacité de l’État à assumer ses missions essentielles resteront gravement compromises. 

KISUNGU KAS

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