
Arrivé à Barcelone le 1er mars, le ministre de l’Économie numérique, Augustin Kibassa Maliba, a participé, lundi, au programme ministériel organisé par l’Association mondiale des opérateurs de téléphonie mobile -GSMA-, en marge des grandes assises mondiales du mobile. Aux côtés de ses homologues africains, de régulateurs et de représentants de l’Union internationale des télécommunications -UIT-, il a pris part à une table ronde consacrée au digital business et à la transformation numérique du continent.
Lors de cette rencontre stratégique sur le digital business, Augustin Kibassa a insisté sur la nécessité de convertir l’accès à internet en croissance réelle et inclusive. Pour la délégation RD-congolaise, cette rencontre constitue un moment stratégique. Le message issu des échanges est clair: être en ligne est une étape, non une finalité.
De la connectivité à la création de valeur
Les échanges ont été structurés autour d’une interrogation centrale: qui est réellement en ligne en Afrique et cette connexion crée-t-elle de la valeur économique? Pour y répondre, un modèle d’analyse fondé sur une enquête menée au Nigeria, au Kenya et en Côte d’Ivoire a été présenté. L’étude s’articule autour de trois indicateurs clés, à savoir: l’accès au numérique -«getting online»-, le maintien de la présence digitale -«staying online»-, et la création de valeur -«creating value online».
Les résultats révèlent une adoption déjà significative: entre 75% et 90% des entreprises interrogées déclarent enregistrer des ventes digitales. Toutefois, seules 2,7% disposent de systèmes numériques entièrement intégrés. Un chiffre qui souligne l’ampleur du chemin restant à parcourir vers une véritable maturité digitale. L’analyse comparative met en lumière des réalités différentes selon les écosystèmes.
Le Kenya se distingue par une forte intégration entre paiements numériques et commerce en ligne, portée notamment par le mobile money. Le Nigeria, fort de la taille de son marché et d’un écosystème technologique dense, présente une adoption plus diversifiée combinant e-commerce, marketing digital et commerce via les réseaux sociaux. En Côte d’Ivoire, près de 90% des entreprises utilisent au moins une plateforme de commerce électronique, avec une concentration marquée dans les centres urbains et sous l’impulsion d’initiatives privées structurantes.
La qualité de la connectivité, enjeu stratégique
Au-delà de l’accès, la qualité et la stabilité de la connexion apparaissent déterminantes. Au Kenya et au Nigeria, 60 à 70% des entreprises dépendent principalement de l’Internet mobile, tandis qu’en Côte d’Ivoire, environ 70% s’appuient davantage sur des connexions fixes ou privées. Cinq obstacles majeurs freinent encore la montée en puissance du digital business: le coût élevé des données, le coût des appareils, la qualité de la connectivité, les contraintes réglementaires, et le déficit de compétences numériques.
Mobile money: de moyen de paiement à levier d’inclusion
Les discussions ont également souligné l’évolution du mobile money. Longtemps considéré comme un simple instrument transactionnel, il est désormais perçu comme un vecteur d’autonomisation économique et d’inclusion financière. Toutefois, les intervenants ont insisté sur la prudence méthodologique dans les comparaisons régionales: les différences structurelles entre l’Afrique de l’Est et l’Afrique de l’Ouest exigent des analyses adaptées à chaque contexte.
Un tournant décisif pour le continent
La prochaine phase de la transformation digitale africaine ne se mesurera plus uniquement en kilomètres de fibre optique ou en taux de couverture réseau, mais en capacité à générer une valeur économique durable, à renforcer la compétitivité des entreprises et à soutenir une croissance inclusive. Cela suppose une collaboration étroite entre gouvernements, régulateurs et secteur privé, un ajustement des politiques publiques, ainsi qu’un investissement massif dans les compétences et la confiance numérique. À Barcelone, le débat a ainsi marqué un tournant: le numérique africain entre dans l’ère de la performance économique.

