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Course à la 2ème vice-présidence du Sénat: le Sud‑Kivu en jeu, Tshisekedi face à l’arbitrage

La démission de Modeste Bahati de la deuxième vice‑présidence du Sénat a déclenché une lutte serrée au sein de l’Union sacrée. Si le récent principe -instauré pour gérer le cas Kamerhe- est maintenu, le nouveau titulaire devrait provenir du Sud‑Kivu, et trois cadres de la province se détachent déjà comme postulants potentiels, chacun porteur d’enjeux politiques et d’obstacles propres. Norbert Basengezi Kantintima se présente comme le candidat de la galaxie A24‑AN‑A25, l’orbite politique de la gouverneure du Lualaba Fifi Masuka, position qu’il partage avec des figures telles que Pascal Bitika, questeur adjoint du Sénat.

Ancien membre du RCD et natif de Kaziba dans le territoire de Walungu, Basengezi traîne cependant un handicap: Walungu est déjà représenté au plus haut niveau par Aimé Boji, successeur de Kamerhe au perchoir. Un nouveau choix en faveur d’un élu de ce même territoire risquerait d’être interprété comme une concentration régionale du pouvoir et fragiliserait l’équilibre interne de la majorité. Plusieurs cadres redoutent en outre un coût diplomatique: «Dans le contexte actuel, le chef de l’État évitera de choisir un candidat susceptible d’attirer la colère de Washington», confie un dirigeant de la coalition, en rappelant les anciens rôles de Basengezi au PPRD et à la CENI, à l’origine des sanctions lui infligées par les États-Unis.

Aristide Bulakali, élu sous la bannière de l’UDPS, pâtit lui aussi de la règle non écrite de rotation des postes. Le parti détient déjà la première vice‑présidence -José Kalala- et la questure -Taupin Kabongo. Accorder encore un poste majeur au même courant affaiblirait la mécanique d’équilibres entre composantes de l’Union sacrée et alimenterait frustrations et désaccords au sein de la majorité.

En embuscade, Eustache Muhanzi Mubembe apparaît comme la solution la plus consensuelle pour la présidence. Originaire du territoire de Kabare comme Bahati et ancien ministre des Ressources hydrauliques et de l’Électricité, Muhanzi bénéficie du soutien de l’UNC et de ses alliés. Son profil coche les cases d’une candidature «acceptable» qui préserverait l’ancrage territorial de Kabare sans créer de déséquilibres excessifs entre courants.

Au‑delà des parcours individuels, plusieurs facteurs détermineront l’issue: quotas partisans, impératifs d’équilibre régional, crainte d’un favoritisme ostensible et calculs du chef de l’État pour maintenir la cohésion de sa majorité. Le choix ne sera pas seulement technique; il portera la marque d’un arbitrage politique délicat.

Cette compétition sénatoriale dépasse la simple attribution d’un fauteuil: elle cristallise la bataille des influences à l’intérieur de l’Union sacrée et éprouve la capacité de Félix Tshisekedi à trancher sans perdre du capital politique. À l’issue du processus, l’enjeu sera clair: stabiliser un fragile équilibre interne ou voir ressurgir, derrière la recherche de postes, des tensions susceptibles de fissurer la coalition.

Natine K.

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