Tribune – Patrick Onoya évalue à 500 millions USD le Plan de soutien à la relance de 100 000 PME et TPE après Covid-19

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Le lobbyiste-stratégiste Patrick T. Onoya réfléchi déjà à l’après crise sanitaire du Coronavirus en RD-Congo. Il préconise la mise en place d’un «Programme de soutien à la relance des activités des PME et TPE congolaises». Budget estimatif: 500 millions USD pour 100 000 bénéficiaires. Cet argent, soutient-il, peut être mobilisé par le gouvernement en termes de «garanties d’Etat» pour soutenir un minimum de 100 000 petites et micro-entreprises à la fois du secteur formel et informel. L’objectif étant de contribuer à la «redynamisation de l’économie nationale». Pour contributeur à la réflexion collective, Patrick T. Onoya a élaboré et rendu publique sa cinquième tribune intitulée: «Proposition de la mise en place d’un programme de soutien à la relance des activités des PME et TPE congolaises après la guerre sanitaire contre le Covid-19 en RDC». Ce travail fouillé est étalé sur 18 pages. Son auteur estime que la RD-Congo n’a pas droit à l’erreur. D’où, la nécessité de préparer l’après Covid-19 dès maintenant. Ci-dessous, l’extrait de l’argumentaire et recommandations formulées.

Programme de soutien à la relance des activités des PME et des TPE congolaises

A ce jour, tous les gouvernements du monde sont appelés à réfléchir et proposer des solutions «innovantes» à mettre en œuvre pour assurer la relance des économies à l’issue de la crise socio-économique induite par la pandémie du Covid-19 qui dans sa particularité est une crise cumulé de l’offre et de la demande.

Dans le cadre de cette tribune, nous nous intéressons à la relance de l’économie de la RD-Congo, en général, et en particulier, nous nous intéressons à la possibilité d’un soutien du gouvernement de la RD-Congo à la relance des activités des PME et TPE congolaises.

1. Objectif poursuivi

Jeter les bases d’un cadre conceptuel, organisationnel et prévisionnel permettant d’orienter les décisions du gouvernement de la RD-Congo en ce qui concerne la stratégie de soutien à la relance des activités des PME et TPE congolaises à mettre en œuvre.

Dans le contexte de la RD-Congo, la mise en œuvre «d’un programme de soutien à la relance des activités des PME et des TPE congolaises» sera butée à deux contraintes majeurs que nous avons présenté aux points 7 et 8 ci-haut; il s’agit de:

° Primo: le taux d’informalité très élevé du pays (97,3% – le taux des emplois informels -) et;

° Secundo: le déficit du «manque de soutenabilité de la dette» par les PME et TPE congolaises.

Ces deux contraintes sont majeures dans ce sens que, d’une part, le taux élevé d’informalité plomberait les efforts du gouvernement de relancer l’activité des PME et TPE congolaises car ses dernières sont «invisibles» face à l’administration fiscale du pays représentée par la Direction générale des impôts -DGI.

D’autre part, autant que la BAD l’a mentionnée, seul 20% des PME africaines réussissent à avoir un financement dans une institution financière -banque ou microcrédit.

Ce qui place la «sous-capitalisation» des PME comme cause principale de «mort» des PME africaines. Et que dire de la situation des PME congolaises à l’issue de la guerre sanitaire contre le Covid-19?

Vu d’un certain angle, il est possible de trouver une solution qui combinerait à la fois les deux contraintes présenté ci-haut; il s’agira de:

° Primo: assurer les facilités de garantie bancaire aux PME et TPE congolaises à travers la création et la mise en œuvre du « Fonds Spécial de Garantie» ;

° Secundo : faciliter la transition de l’économie informelle vers l’économie formelle pour le cas des PME et TPE « actives» du secteur informel en mettant en place une stratégie « d’incitation à la formalisation »tel que l’accès à un financement pour la relance de leurs activités.

En plus de tenir compte des deux contraintes citées ci-haut, pour que le programme que nous proposons soit efficace, il sera question d’assurer un support managérial et financier  en plus des formations aux PME et TPE congolaises en guise d’accompagnement.

2. Evaluation sommaire du besoin en financement des PME et TPE congolaises

Afin de contribuer à l’initiation d’une réflexion sur la quantification -«cadre prévisionnel»- du besoin financier global nécessaire pour la relance des PME et TPE congolaises, nous avons analysé le «Rapport annuel d’activités de l’année 2017 de la DGI» publié en 2019 -qui apparait être le rapport public le plus récent que l’on peut trouver dans le site officiel de la DGI- www.dgi.gouv.cd. Ce dit «rapport annuel» nous a permis d’avoir une base officielle de quantification à utiliser dans le cadre de cette tribune.

Ainsi, en fonction des assujettissements opérés partant de leurs répertoires généraux, les Services opérationnels de la DGI ont confectionné des répertoires sectoriels par nature d’impôt en vue d’assurer le suivi du respect des obligations déclaratives -notamment la délivrance des récépissés de dépôt de déclaration, les émissions des mises en demeure de déclarer, la taxation d’office pour absence de déclaration à l’échéance.

Ci-dessous, vous trouverez les éléments qui constitueront les données de base de la quantification du besoin de financement des PME et TPE congolaises du programme de soutien à la relance proposé; il s’agit de:

° Le nombre cumulé d’entreprises congolaises évalué en 2017 est: 75 717

° Le nombre des petites et micro entreprises enregistré en 2017 à travers les Centres d’impôt synthétique -CIS- de la DGI sur toute l’étendue de la République est de: 53 359

° La repartie des deux sous-groupes d’assujettis aux CIS est la suivante:

  1. Nombre de petites entreprises: 23 553
  2. Nombre de micro-entreprises: 29 806

Hypothèse de quantification:

° Hypothèse 1: Considérons que les 53 359 petites et micro-entreprises du pays auront un besoin de financement en guise de soutien à la trésorerie à l’issu de la guerre sanitaire contre le Covid-19;

° Hypothèse 2: Considérons que les petites entreprises auront un besoin de trésorerie allant de 1 000 à 10 000 USD -soit 10 000 USD la prévision financière  par petite entreprise-;

° Hypothèse 3: Considérons que les micro-entreprises auront des besoins de trésorerie allant de 100 à 1 000 USD -soit 1 000 USD la prévision financière par micro-entreprise-;

° Hypothèse 4: Considérons que le programme de soutien à la relance permettra de formaliser certaines entreprises «viables» du secteur informel. Nous planifions de faire bénéficier, dans le cadre de ce programme, un nombre d’entreprises informelles équivalent à 100% du nombre de petites et des micro-entreprises formelles comptabilisées par les CIS de la DGI, soit 53.359 petites et micro-entreprises informelles. Aménagent à un minimum de 100.000, le nombre cumulé d’entreprises formel et informel à soutenir.

Ce qui nous donne les résultats suivants:

° Cas des petites et micro-entreprises assujettis aux CIS de la DGI:

-Prévision financière pour le soutien de 23 553 petites entreprises: 235 530 000 USD

-Prévision financière pour le soutien de  29 806 micro-entreprises : 29 806 000 USD

Soit un total partiel de 265 336 000 USD en faveur de 53 359 petites et micro-entreprises formelles.

° Cas des petites et des micro-entreprises du secteur informel -à formaliser

Pour rappel, dans l’hypothèse 4, nous avons établis que, vu le taux d’informalité élevé et afin de toucher une large couche de la population, nous prévoyons de soutenir le financement de la relance de l’équivalent de 100% du nombre des petites et micro-entreprises formelles comptabilisées par la DGI, soit un total de 53 359 entreprises informel à soutenir.

Soit un total partiel de 265 336 000 USD en faveur de 53 359 petites et micro-entreprises informelles.

D’où, un budget prévisionnel cumulé de 530 672 000 USD en faveur de 106 718 petites et micro-entreprises du secteur formel et informel inclus.

A ce niveau de l’étude, nous disons ceci:

«Le gouvernement de la RDC aura besoin de mobiliser en termes de garanties d’Etat un minimum de 500 millions USD -ou équivalent- pour assurer le soutien à la relance de 100 000 PME et TPE congolaises à l’issue de la guerre sanitaire contre la pandémie du Covid-19».

° Cas des nano-entreprises

Les nano-entreprises sont de façon générale des entreprises initiées pour le besoin de la survie -ou débrouillardise- des familles. Les entrées quotidiennes des nano-entrepreneurs suffisent souvent à peine à nourrir leurs foyers. Ce secteur est prédominé par les femmes et les jeunes. Dans cette catégorie se retrouve les vendeurs ambulants, les vendeuses à étalage à même le sol, les mamans maraichères, etc.

Concernant le traitement de cette catégorie particulière, nous estimons le besoin financier de soutien à la relance des activités des nano-entrepreneurs à «entre 10 à 100 USD».

Vu la très grande fragilité de cette catégorie, nous suggérons que ses derniers soient pris en charge par le «Fonds de solidarité national» créer par le Chef de l’Etat et dont la nomination de personnalités religieuses au conseil d’administration à réjouis plus d’un.

A Kinshasa, par exemple, avec le confinement de la commune de la Gombe, il va sans dire que la faillite des nano-entrepreneurs exerçants au Marché central communément appelé «Zando» est plus qu’une évidence. On estime à 15 500 le nombre de vendeurs du Marché central Zando.

C’est ainsi que dans le cadre des prévisions, nous nous sommes proposés de planifier un minimum de 200.000 bénéficiaires sur toute l’étendue de la RD-Congo. Chaque bénéficiaire -nano-entrepreneur- pouvant avoir un besoin financier allant de 10 à 100 USD pour relancer de ses activités.

D’où, en considérant une moyenne de 200.000 bénéficiaires ayant reçu un maximum de 100 USD chacun -«de don»- pour relancer leurs activités, ceci nous amène à estimer le besoin minimum pour la relance des activités des nano-entreprises à 20 millions USD.

Pour clôture cette réflexion sur le cas des nano-entreprises, nous tenons à rappeler que dans le cadre de la contribution intellectuelle à la mobilisation des «fonds sociaux» par le Fonds de solidarité nationale, nous avions évalué en son temps qu’il était possible de mobiliser entre 20 à 50 millions USD moyennant des stratégies appropriées que nous avions exposées dans notre troisième tribune intitulé «Proposition d’une collecte de fonds de solidarité patriotique en faveur de la lutte contre le Covid-19 en RDC» disponible dans le magazine en ligne www.zoom-eco.net.

Comme vous l’avez constaté, le programme de soutien à la relance des activités des PME et des TPE congolaises vise à booster la sortie de crise des petites et des micro-entreprises par la mise place d’un mécanisme de garantie d’Etat. Nous avons évalué à 500 millions USD le minimum de garantie à émettre par l’Etat congolais pour soutenir un minimum de 100 000 petites et micro-entreprises à la fois du secteur formel et informel.

Cependant, une question pertinente se pose:

° Quelle est la capacité du système bancaire congolais à financer l’économie congolaise?

Tel est la dernière question à laquelle nous voulons répondre avant clôturer cette tribune.

Pour trouver des éléments de réponse à cette question, nous avons pris la peine d’analyser le «Rapport annuel 2018» publié par la Banque centrale du Congo -BCC- au mois de décembre 2019 et disponible dans le site officiel www.bcc.cd.

Vous connaissez bien le principe qui dit: «c’est l’épargne qui génère le crédit».

A la lumière de ce principe financier bien connu, nous allons donc nous intéresser à la situation des dépôts et des crédits bancaires pour l’année 2018 dans le rapport annuel de la BCC. Ainsi, en 2018, l’activité bancaire de la RD-Congo a été dynamique dans un contexte de stabilité macro-économique, en dépit des incertitudes intérieures induites par l’organisation des élections.

Ci-dessous, vous trouverez quelques éléments marquants de l’activité bancaire pour l’année 2018 que nous avons prélevée dans rapport de la BCC pour vous.

° Situation de l’encours global des crédits

En 2018, le total des crédits alloués par les Banques commerciales de la RD-Congo à des particuliers ou des entreprises de la catégorie crédit à décaissement comprenant les crédits à moyen terme et les crédits d’engagement font un total de 5 243,5 milliards de CDF, soit l’équivalent de 3,18 milliards USD au taux de 1 650 CDF pour 1 USD.

° Situation de l’encours global des dépôts

L’encours global des dépôts bancaires a atteint 8 241,3 milliards de CDF en 2018, soit l’équivalent de 4,66 milliards USD au taux de 1650 FC pour 1 USD.

En effet, les dépôts des particuliers, des entreprises privées et des pouvoirs publics subordonnés ont représenté respectivement 36,4%, 28,9% et 24,4%.

En guise de conclusion de ce sous-point du point 10 consacré à l’évaluation quantitative du budget a alloué au programme de soutien à la relance des activités des PME et TPE congolaises, nous comprenons aisément qu’avec une moyenne globale de dépôts située à environ 4 milliards USD, le secteur bancaire congolais est bien à même de faire face au financement de la relance des activités des petites et micro-entreprises que nous avons évalué à 500 millions USD pour 100 000 entreprises des secteurs formel et informel dans la mesure où le gouvernement de la RD-Congo consent de mettre en place les garanties nécessaires.

Recommandations

Avant de clôturer cette cinquième tribune, nous souhaitons formuler les trois recommandations suivantes:

° Primo: Le projet de loi des finances 2020 à 10 milliards USD en cours d’exécution par le gouvernement de la RD-Congo ne peut subsister face à la guerre sanitaire contre le Covid-19; un dicton du domaine de la stratégie militaire dit: «aucun plan ne survit au contact avec l’ennemi». Ceci dit: un «collectif budgétaire» est inévitable. Soumis au Parlement dès que possible par le gouvernement, le collectif budgétaire permettra de: traduire la nouvelle orientation de la politique économique et budgétaire du gouvernement  -et s’adapter à la conjoncture économique. Mais pour cela, le gouvernement devra préparer son «plan de relance de l’économie du pays après la guerre sanitaire contre le Covid-19». A travers cette tribune, nous espérons avoir apportée notre contribution patriotique à ce débat passionnant;

° Secundo: Cet état de choses rend l’idée de la mise place d’une «Task Force économique» plus que nécessaire en complément à la «Task Force sanitaire» déjà mis en place au sein du cabinet du Chef de l’Etat. Il est important que des réflexions stratégiques profondes, au niveau de la présidence et du gouvernement, soient menées dès maintenant, pour être efficace. L’avenir du pays en dépend!

° Tertio: il est important pour le gouvernement de la RD-Congo de ne pas perdre de vue que cette pandémie du Covid-19 à engendrer deux chocs économiques: celui de l’offre et celui de la demande. Pour assurer la réussite du «programme de soutien à la relance des activités des PME et TPE congolaises» qui par essence vise à relancer l’offre, il sera utile, dans une approche keynésienne, que le gouvernement pense à stimuler la demande en étant le «premier demandeur»; et ce, à travers, par exemple, le développement des marchés publics à la portée des PME et TPE mais surtout, s’assurer de continuer à payer régulièrement les salaires des fonctionnaires de l’Etat.

Pour finir, c’est toujours un plaisir et un honneur pour nous de contribuer de façon patriotique à la construction de ce grand édifice qu’est la République démocratique du Congo.

Par les temps qui courent, chaque réflexion compte!

Albert Einstein disait:

«La science toute entière n’est rien d’autre qu’un affinement de la pensée quotidienne».

Patrick T. ONOYA