Prorogation de l’Etat d’urgence: une motion incidentielle de Lokondo motive le vote

L’Assemblée nationale a prorogé, lundi 6 juillet, de 15 jours, l’Etat d’urgence sanitaire en RD-Congo. L’adoption de ce projet de loi, présenté par le vice-ministre de la Justice, Bernard Takahishe, l’a été grâce à la motion incidentielle du député Henri-Thomas Lokondo qui a invité ses collègues à donner la chance à cette sixième prorogation. Parce que les députés ne voulaient plus proroger mais tenaient à la rigueur des gestes barrières en vue de sauver l’économie du pays déjà en récession à cause de l’état d’urgence.Outre l’intervention de l’élu de Mbandaka, la plénière a été motivée par les arguments avancés par le député Félix Kabange.

Auparavant Henri-Thomas Lokondo était contre la prorogation.Du haut de la tribune, l’élu de Mbandaka a regretté l’absence d’un plan d’actions dugouvernement pendant les 15 jours sollicités. «Je prends la parole pour réaffirmer ce que j’avais dit la fois passée. Mme la présidente de l’Assemblée nationale, notre Assemblée. Votre introduction de ce débat a été claire comme l’eau de roche. Je me suis posé la question de savoir si le vice-ministre de la Justice avait retenu, parce que nous sommes maintenant à la sixième prorogation, tout ce que nous avons dit avant pour nous faire ce genre de discours. C’est-à-dire que le vice-ministre venait ici, il ne venait pas pour  nous convaincre mais pour nous vaincre. Parce que le vice-ministre n’a pas convaincu». Et de poursuivre: «C’est gênant quand vous lisez l’exposé des motifs. On nous demande de proroger de 15 jours encore. Je veux bien. Mais le vice-ministre ne nous a pas dit ce que le gouvernement va faire dans quinze jours concrètement et qu’il n’a pas fait pendant trois mois. Quand le Président de la République a eu l’intelligence de mettre en place l’état d’urgence parce qu’il y avait une pandémie. Et quand nous avons suivi à travers le monde, la France a déclenché l’état d’urgence sanitaire, nous avons accepté. Et nous avons évolué avec tous les pays du monde. Et ceux-là que nous avions imités se rétractent pour dire qu’il fallait tenir compte de la situation économique de leurs pays pour ne pas continuer avec l’état d’urgence mais se limiter aux mesures barrières».

Pour le député Lokondo, la commission multisectorielle mise en place par l’Assemblée nationale a présenté un rapport qui explique bien la situation économique du pays. «La fois passée, nous avions dit que notre commission a fait un rapport clair parce qu’ils ont contacté beaucoup de gens notamment la FEC qui a dit que plus de 95% des entreprises du pays travaillent maintenant en panne sèche». Et de poursuivre: «Nous avions également rappelé que le comité de politique monétaire de la BCC s’était réuni pour faire un rapport selon lequel notre économie est maintenant en récession à cause de l’état d’urgence tel qu’il a été conçu. Alors, il faut mettre en balance deux choses. Vous avez le problème sanitaire, parce que tous nous sommes conscients et l’économie du pays en  moule qui peut entrainer la pauvreté ou beaucoup de maladies».

Se référant à l’OMS ou aux propos du Secrétaire général de l’ONU lors d’une intervention à New York, rapportant que «nous devons apprendre à vivre avec cette pandémie», Lokondo estime que cette phrase-là a un contenu.«Cela veut dire que nous devons prendre des dispositions pour laisser l’économie fonctionner, les avions et les bateaux circuler et sensibiliserintensément les gens pour qu’ils comprennent la nécessité absolue des gestes barrières», a-t-il suggéré. Et de renchérir:«Nous allons continuer à ajouter des jours mais jusque quand? Vous n’avez pas dit. Soyons conséquent. Nous allons requalifier les choses pour supprimer l’état d’urgence et on intensifie les mesures barrières et laisser les gens travailler et circuler. Et comme madame la présidente l’a dit, le peuple n’en veut plus. Et comme nous disons le peuple d’abord».

Venu défendre le projet de loi portant prorogation de l’état d’urgence sanitaire, le vice-ministre de la Justice, issu de l’UDPS, n’a pas été à la hauteur, selon certains observateurs. Ces derniers estiment qu’il n’avait pas la maîtrise de la matière sur l’état d’urgence. «A l’Assemblée nationale comme au Sénat, son tâtonnement était grandement décrié. Que des temps morts pendant la lecture de son texte. Au Sénat, le président Alexis ThambweMwamba lui avait demandé de s’asseoir et laisser les sénateurs voter le texte», fustigent ces observateurs.

Tino MABADA