Justice

Affaire Dr. Rahman Padiyath de l’hôpital du Cinquantenaire: lecture dépassionnée

«Notre consœur a commis une erreur. On ne peut pas être aux urgences et passer son temps à faire autre chose que ce pour laquelle on est là. C’est une faute médicale. Ailleurs, cette faute est sanctionnée sévèrement. On ne jette pas des fleurs à quiconque a fait cette faute. Ici, on a l’impression c’est le cas», a fustigé le Dr. Mumbile Kapanga, speaker de la conférence de presse du personnel de cette formation médicale, abasourdi de voir une faute professionnelle soit passée sous silence au profit d’une hystérie collective frisant la stigmatisation…  

L’Hôpital du Cinquantenaire, cet important complexe sanitaire au service des RD-Congolais depuis 10 ans, est au cœur de l’actualité à la suite de l’interpellation, jeudi 18 mars, puis détention à Makala de son Directeur général, le Dr. Hazeeb Rahman Padiyath, sujet indien. Son interpellation a suscité colère et indignation dans le chef du personnel de l’Hôpital, abasourdi de constater que la «négligence», due à une «faute médicale grave», soit passée sous silence.

«Notre consœur a commis une erreur. On ne peut pas être aux urgences et passer son temps à faire autre chose que ce pour laquelle on est là. C’est une faute médicale. Ailleurs, cette faute est sanctionnée sévèrement. On ne jette pas des fleurs à quiconque a fait cette faute. Ici, on a l’impression que c’est le cas», a fustigé le Dr. Mumbile Kapanga, speaker de la conférence de presse tenue vendredi 19 mars dernier dans le bâtiment administratif de l’Hôpital du Cinquantenaire. «Même si on est femme, un être fragile, et même si c’est le mois de la femme, est-il autorisé d’aller violenter quelqu’un dans la chambre où est gardé son enfant malade alors que cette personne, c’est la même qui vous a donné du travail?», s’est-il interrogé, avant d’insister sur le fait que l’Etat de droit doit s’appliquer de la même manière aussi bien aux RD-Congolais qu’aux expatriés ayant choisi la RD-Congo comme seconde patrie. «L’Etat de droit ne s’applique pas seulement à nous qui sommes RD-Congolais. Il doit s’appliquer à quiconque a choisi notre pays comme lieu de résidence ou lieu où il cherche à s’épanouir. La justice doit s’appliquer à tous de la même façon», a martelé le Dr. Mumbile, dénonçant, par ricochet, la vitesse avec laquelle le Dr. Hazeeb Rahman Padiyath a été conduit à la prison de Makala.

«Jeudi, le Dr. Rahman a été gardé au cachot parce qu’on devrait poursuivre l’interrogatoire. Ça se passe où? Le Dr. Rahman, c’est un responsable qui a une adresse. Il pouvait être convoqué le lendemain. A l’heure où nous parlons, il est à Makala. A-t-il été jugé? Est-ce qu’un médecin, responsable d’une institution, qui voit un autre médecin commettre une erreur, qui n’est pas négligeable, et qui sanctionne, doit-il aller en prison?», a-t-il dénoncé, non sans épingler: «Si vous ne voulez pas d’une personne parce qu’il est Directeur général d’une institution, il vaut mieux le lui dire plutôt que de le discréditer et de discréditer l’Hôpital, fruit d’un partenariat public-privé. On ne doit pas utiliser un incident pour en faire le procès d’un homme ou d’une institution. Ce n’est pas de la justice».

Loin de se laisser faire, l’Hôpital du Cinquantenaire entend «se battre pour non seulement dénoncer ce mal mais aussi pour que la justice soit faite», tant ce complexe sanitaire a «confiance en notre pays, un Etat de droit» et a foi «qu’à tout moment si on doit rendre justice, ce sera une justice juste, fondée sur le droit. Pas une justice biaisée». Une réaction du personnel qui pousse à faire une lecture dépassionnée du cas du Dr Hazeeb, objet d’une hystérie collective frisant la stigmatisation.

Retour sur les faits tels que vécus

Pourtant, les faits, rien que les faits commandent à tous une attitude objective, impartiale. Tout est parti de l’altercation entre le Dr. Hazeeb Rahman Padiyath, DG de l’Hôpital du Cinquantenaire, et le Dr. Huguette Ngomb Matand, médecin stagiaire et assistante commise au service des urgences. Jeudi 4 mars 2021, le bloc des urgences de l’Hôpital du Cinquantenaire a accueilli «un nourrisson de 16 mois dans un état clinique grave». Pour vite intervenir et sauver cette vie humaine, une équipe multidisciplinaire, en alerte, constituée des spécialistes des urgences -parmi lesquels le Dr. Huguette Ngomb-, d’un pédiatre, de l’intensiviste, du directeur médical, des généralistes et infirmiers des urgences, a été montée.

«Pendant que l’équipe des urgences, conduite par le Dr. Kabuce, et l’équipe de pédiatrie, conduite par le Dr. Mbayabo, stabilisaient le nourrisson, le Dr. Ngomb s’était mise à l’écart avec toute inconscience et désinvolture concentrée sur son téléphone, pendant que tout le personnel de l’équipe multidisciplinaire était en alerte autour du nourrisson, prête à intervenir à tout moment», ont raconté les témoins oculaires de l’incident, essentiellement composés du personnel du service des urgences, signataires d’une déclaration datant du vendredi 12 mars 2021. Et de poursuivre: «le Directeur général présent aux urgences, s’étant indigné du comportement irresponsable de Dr. Ngomb, lui a confisqué son téléphone et lui a demandé de quitter le lieu comme elle n’était pas intéressée au cas de nourrisson, car son comportement était susceptible de mettre la vie du nourrisson en danger».

Le feu s’est attisé davantage lorsque «le lendemain matin -en date du 5 mars 2021-, le Dr. Ngomb est allée suivre le Directeur général en chambre VIP où était gardé en observation le nourrisson reçu la veille pour récupérer son téléphone, en tentant de brutaliser le Directeur général». Il aura fallu «l’intervention des autres membres du personnel de soutien» pour maitriser la situation.

A la suite de cette altercation, le Dr. Huguette Ngomb Matand a porté l’affaire à la justice, se disant victime de «maltraitance» de la part du médecin Directeur général de l’Hôpital Cinquantenaire. Pour le personnel, témoins oculaires, le Dr. Ngomb porte des «fausses allégations pour dissimuler ses erreurs et rejeter la faute au Directeur général».

Au-delà de la passion…

Certains observateurs, plutôt que de se laisser emporter par la passion, ont fait une lecture modérée de l’affaire, faisant remarquer que le Dr. Ngomb s’est rendue coupable d’une faute professionnelle grave pour s’être permise de pianoter sur son téléphone pendant qu’une vie humaine était en danger. Du point de vue éthique et déontologie, cette faute, estiment-ils, mérite une sanction sévère au regard notamment de la sacralité de la vie humaine, consacrée par des textes juridiques aussi bien nationaux qu’internationaux. En ce sens, le personnel de l’Hôpital du Cinquantenaire a appelé à infliger une sanction appropriée selon la loi au Dr. Ngomb, fustigeant ainsi l’attitude affichée au bloc des urgences.

Il est ahurissant pour ces observateurs de constater qu’en lieu et place de Dr. Ngomb, c’est plutôt le Directeur général, le Dr. Rahman Padiyath, qui s’est fait cueillir par la justice et conduit avec célérité à Makala alors que sa fuite n’est pas à craindre, car responsable d’une des plus grandes institutions hospitalières de la République ayant une adresse physique bien connue.

LOI

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