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RDC : 100 millions de Mumi, une affaire régulière

La Police judiciaire des parquets a abandonné les poursuites à l’encontre de Dieudonné Lokadi, directeur général honoraire de la Direction générale des impôts -DGI-, interpellé pendant deux jours dans le cadre d’une enquête sur le détournement présumé d’un montant de 100 millions de dollars payés en 2015 par la société minière Mutanda Mining -MUMI- au titre d’avance sur impôt.

«L’ancien gestionnaire a apporté les preuves que ces sommes, payées au titre d’avance sur impôts à la demande du gouvernement, ont été directement versées au Trésor public sur ordre de la hiérarchie», a soutenu une source proche de l’enquête. Lokadi rentré libre chez lui, certaines langues ont confié que le Parquet s’intéresse désormais à l’ancien ministre des Finances, Henri Yav Mulang, et au gouverneur de la Banque centrale du Congo -BCC-, Déogratias Mutombo, tous deux invités cette semaine pour être entendus. Mais les invitations lancées à ces deux cadres font réagir dans les milieux des finances, où d’autres cadres affirment, sans vouloir faire obstruction aux investigations judiciaires en cours: «comme l’ancien directeur général de la DGI, l’ex-argentier national et le gouverneur ne sauraient être suspectés dans ce dossier.

Pour la simple raison qu’il s’agit d’un dossier régulier et que cet argent a quitté directement les banques de Mutanda Mining pour la Banque centrale du Congo», expliquent-ils. De manière chronologique, ces cadres bien au courant de ce dossier affirment que sous Kabila et Matata, le gouvernement, contraint de rechercher les financements des élections et des réponses à la crise sécuritaire à l’Est, a logiquement négocié les avances sur impôts auprès des sociétés minières afin d’éviter de recourir à la planche à billets et de créer la surchauffe sur les marchés. A cet effet, le ministère des Finances, la DGI via sa direction des grandes entreprises et Mutanda Mining ont signé un protocole d’accord le 7 janvier 2015. Mutanda Mining a payé en deux tranches: 20 millions de dollars via la BCDC par l’attestation de paiement 2/2015/DGE et 80 millions de dollars à la BCC par le truchement de la Banque des règlements internationaux -BRI. Un code Swift émis par la banque UBS l’atteste.

Selon les informations recoupées, ces sommes ont été logées dans un sous-compte créé par la BCC dans le compte général du trésor. Pour sa part, la DGI a demandé et obtenu de la BCC une note de crédit en francs congolais en vue de faire les imputations suivantes: 86 millions de dollars en avril 2015, à raison de 16 millions de dollars en cash et 70 millions en imputation crédit suivant la quittance n°8728/IBP du 24 avril 2015; de 15 millions de dollars, soit 37,5 milliards CDF suivant la quittance n°17207/Acompte provisionnel du 31 juillet 2015 et 37,5 milliards CDF suivant la quittance/récépissé n°17770 du 30 novembre 2015.

Ces paiements ont été du reste certifiés dans le rapport ITIE pour l’exercice 2015. Que trois responsables soient convoqués pour un dossier dont la clarté et la traçabilité sont indiscutables, voilà qui fait dire à certains analystes que certains fonctionnaires zélés s’emploient à dévoyer l’Etat de droit prôné par le Président Félix Tshisekedi, tout en mettant en garde contre ces initiatives frisant les règlements des comptes. Aussi d’autres observateurs encouragent le gouvernement à accélérer les pourparlers tendant à l’aboutissement du projet d’informatisation de la chaine de la recette en vue de décourager d’éventuelles mauvaises interprétations des opérations fiscales et financières.   

Natine K.

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