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RAM: Les faits qui donnent raison à Katumbi

Le financement et l’attribution des marchés des universités à Mbuji- Mayi, Kananga et Bunia, les contradictions entre le ministre Muhindo Nzangi et Isabelle Kibassa ainsi que les révélations sur les identités des entreprises contractantes en disent long sur la mafia autour de cette taxe illégale

Moïse Katumbi a justifié son départ de l’Union sacrée entre autres par son refus de cautionner le prélèvement de la taxe RAM auprès des utilisateurs des téléphones portables, une escroquerie planifiée selon le candidat président de la République et plusieurs organisations de défense des droits des consommateurs. La hauteur des fonds récoltés, leur utilisation, et leur affectation n’ont jamais été clarifiées ni tracées. Mais la Présidence de la République et le gouvernement ont puisé dans cette taxe pour financer la construction des universités dans quelques villes du pays.

Ces marchés sont au cœur d’une nouvelle controverse. Des enquêtes menées par la journaliste Sonia Rolley complétées par «AfricaNews» aident à lever le coin de voile sur ce nouveau dossier qui met le régime dans des eaux troubles. Selon justement les informations de Sonia, «la RAM était collectée par 5C Energy dont l’un des actionnaires est le partenaire d’affaires de ceux des sociétés ZS Africa et SRP Construction ayant obtenu pour 120 millions de dollars des marchés financés par la RAM officiellement sur appel d’offres restreint».

Plusieurs sources lui ont dit que ZS Africa et SRP Construction font un même groupe. Il s’agit, en fait, d’une entreprise créée en mars 2021 comme sa sœur ZS Africa par Philips Rudolf. D’autres sources en attribuent la paternité au RD-Congolais Taty Zombwesa et au sujet israélien Shapiro Shmaya. Les animateurs de ces sociétés et leurs associés indiens ont concrètement obtenu pour plus de 70 millions de dollars le marché de rénovation de l’Université de Bunia -22 millions de dollars- et l’INBTP -50 millions de dollars. Ces marchés sont confirmés par deux attributions de marchés provisoires publiés un an plus tard sur le site de l’ARMP. Il faut leur rajouter les marchés très controversés de l’Université de Kananga et de l’Université officielle de Mbuji-Mayi, d’où le scandale a été révélé.

Et la députée honoraire belge Isabelle Kibassa dans tout ça?

La révélation l’est d’abord par Denise Mukendi Dusauchoy, journaliste free-lance, influenceuse et communicatrice proche des cercles du Pouvoir. Elle est ensuite renforcée par les contradictions entre le ministre de l’ESU Muhindo Nzangi, et Isabelle Kibassa Maliba, sœur du ministre des PT-NTIC, couvrant donc le secteur RAM, Augustin Kibassa Maliba, et belle-sœur du président de la République Félix Tshisekedi dont elle a épousé l’aîné, Jean-Claude Tshisekedi, comme l’a fait savoir un jour l’ancien gouverneur Hubert Kabasu Babo. Sur son blog, Isabelle Kibassa se présente comme députée provinciale du Brabant wallon Économie, Agriculture, Tourisme, Enseignement, Folklore.

Mère de famille nombreuse, Congolaise d’origine, Tubizienne d’adoption -de la ville de Tubize en Belgique-, elle dit avoir grandi dans le giron politique de sa terre natale au cœur de l’UDPS, déjà à l’International Socialiste, ce qui l’a conduite tout naturellement à adhérer au parti socialiste de Belgique. C’est cette citoyenne belge, une députée honoraire belge, qui se retrouve dans un marché de construction de l’Université officielle de Mbuji-Mayi, financé par la RAM, où apparaît le consortium A One Builder des cousins Dhrolia en partenariat avec SRP Construction. Que vient-elle faire dans tout ça? En attendant une réponse officielle claire à Kinshasa et à Bruxelles, Isabelle Kibassa semble avoir la maîtrise du dossier.

À propos du coût, elle parle de 42 millions de dollars. Elle le dit de manière très audible dans une vidéo devenue virale sur la toile, se plaignant de la lenteur des travaux, demandant qu’on arrête de jouer avec l’argent du contribuable congolais, alors que le ministre Muhindo Nzangi évoque, lui, 17 millions de dollars et un préfinancement. Mais l’attribution provisoire signée de la main de ce dernier affiche plutôt 48 millions de dollars pour les deux universités!

Arnaque d’Etat!

Interrogé par la journaliste Sonia qui le cite, le ministre Muhindo Nzangi dit «ne pas rentrer dans les détails mais respecter les procédures et faire le suivi» notamment à Kinshasa «chaque mois». «Ils font du bon travail», dit-il. A Mbuji-Mayi, les retards seraient dus à des «problèmes d’approvisionnement», souligne-t-il. Lucide, Sonia de noter dans un tweet une autre contradiction dans le chef du Pouvoir. «À l’époque en tout cas de lancement des travaux à Mbuji-Mayi, un représentant de l’Etat affirmait que le gouvernement avait financé la première tranche des travaux, il n’était pas question de préfinancement».

Dans ses affirmations, Muhindo Nzangi ne saura jamais dire à la communauté nationale que toutes les sociétés bénéficiaires de ces marchés ou presque échappent au fisc. Surtout pas après les nouvelles informations obtenues par «AfricaNews» auprès des sources à la Direction générale des impôts -DGI- et au ministère des Finances, selon lesquelles ces entreprises qui brassent les centaines de millions opaques issus de la RAM et qui devraient se retrouver dans les fichiers de la Direction des grandes entreprises -DGE- se font prendre en charge par les centres d’impôts synthétiques disséminés dans les communes de la capitale, entre autres à Barumbu et Kinshasa, pour bien minorer leurs chiffres d’affaires et mieux entretenir la fraude fiscale.

La Présidence et des ministres qui attribuent des marchés publics à des sociétés qui trichent avec l’Administration fiscale, c’est incompréhensible! Où est passé le ministère des Infrastructures? Pourquoi ne l’a-t-on pas associé? Où est également passé le ministre des Finances? Sait-il dire à l’opinion combien a-t-on mobilisé dans le cadre de la RAM et dans quel sous compte du Trésor public ces fonds sont logés? «Voilà comment de l’argent issu de l’arnaque contribue à voler l’Etat et à enrichir des investisseurs véreux et leurs parrains tapis dans les rouages du pouvoir», tempête un magistrat à la Cour des comptes, ajoutant que les secrets sont dans la rue.

Avec le débat électoral qui arrive, ces faits constituent de vraies armes pour descendre et envoyer dans les cordes l’Union sacrée. Indubitablement, ils donnent raison à Moïse Katumbi, opposé à la taxe RAM depuis son lancement, et qui a fini par claquer la porte. Sur Twitter, Papy Mbaki, cadre de la Jeunesse du parti Ensemble pour la République, assène: «@moise_katumbi et Ensemble avaient raison de ne pas cautionner la taxe illicite RAM, sa gestion opaque d’attribution des marchés de réhabilitation des infrastructures universitaires symbolise l’arnaque d’État contre le peuple. Ça doit changer en 2023».

ONGs indignées

Pour sa part, le président de l’ONG ASADHO, Jean-Claude Katende, a ces mots pour s’en prendre au Régime: «Dans le projet Tshilejelu, il y avait déjà des alertes de détournement des fonds depuis le début. Pourquoi on n’avait pas mis l’IGF pour suivre les dépenses? Pourquoi on se rend compte des détournements que quand le Président de la République est sur place? Qui fait le suivi pour le Président de la République? Avec ce qui vient de se passer avec les projets du Kasaï où il y a eu des détournements de 102 millions de dollars, est ce que le programme de 145 territoires va réussir? J’ai des doutes sérieux. Si les gens qui ont détourné ces 102 millions de dollars ne sont pas arrêtés, le pays est sur une mauvaise voie». Katende, indigné, attend voir les arrestations pour les détournements des fonds publics dans les projets du Kasaï.

«S’il n’y a aucune réaction des autorités, nous comprendrons tous que c’est la politique du régime: les détournements!», tape-t-il. Estimant que l’affaire UOM relève de la corruption, l’ONG Le Congo n’est pas à vendre -CNPAV- interroge à son tour: «Quid de l’impunité et du silence du Président sur les projets inachevés et le détournement?». Contestée pour son caractère illégal, la taxe RAM a été créée, selon l’ARPTC, pour offrir la connexion Internet rapide à 112 sites, lutter contre le vol des téléphones mobiles et la circulation des appareils contrefaits, vérifier la conformité des appareils mobiles, assurer la sécurité physique et des données personnelles. Convoqué en septembre 2021 à l’Assemblée nationale, le ministre Augustin Kibassa, frère de sa sœur Isabelle, avait assuré aux députés nationaux que le dispositif RAM avait «permis l’accompagnement de la gratuité de l’enseignement», avec la distribution de wifi gratuit dans des écoles et universités.

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