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Tribune – Guy Loando: «L’après Covid-19 se prépare dès maintenant!»

Le sénateur RD-congolais Guy Loando Mboyo projette l’après Coronavirus. Au-delà d’être une catastrophe inextinguible qui endeuille brutalement le monde, l’Afrique et même la RD-Congo, l’élu de la Tshuapa pense que cette pandémie est une opportunité pour repenser l’ordre des priorités et transformer en profondeur le pays. «Quoi qu’il en soit, il y aura un après Covid-19 avec toutes les conséquences imaginables et nous devons nous y préparer dès maintenant», prévient Guy Loando. Pour lui, après la pandémie du Covid-19, qui frappe de plein fouet le monde, la RD-Congo, à l’instar de plusieurs autres pays, devra choisir entre l’action transformatrice ou l’inanition autodestructrice. Ci-dessous, la tribune de Guy Loando sur l’après Covid-19 en RD-Congo.

Christian BUTSILA


Esquisse de réflexion sur la RDC Post-Covid19

Par l’Honorable sénateur Guy LoandoMboyo

«L’instant de la crise peut donc constituer le Kairos, autrement dit: le moment opportun pour mettre au clair un diagnostic et redessiner l’avenir»

De la colonisation, en passant par la fin de la guerre froide et la crise économique de2008, l’Afrique en général et la République démocratique du Congo en particulieront toujours subi les différentes crises majeures qui ont émaillé la planète
précédemment sans en anticiper l’après. Prévenir les risques,c’est savoir envisagerla suite des événements à partir d’uncertain nombre des scénarios envisageables.

Au-delà d’êtreune catastrophe inextinguible qui endeuille brutalement lemonde, l’Afrique et même notre pays qui en a perdu quelques-uns de ses dignesfilles et fils, cette pandémie est une opportunité pour repenser l’ordre de nospriorités et transformer en profondeur notre pays.

Cette esquisse de réflexion sur notre Congo post-Covid-19, est un appel àcontribution de toutes les intelligences de ce pays sur la manière dont notrefutur commun doit être envisagé, car le monde va profondément changer aprèscette crise et notre pays à l’instar de plusieurs autres, devra choisir entre l’actiontransformatrice ou l’inanition autodestructrice.

La pandémie du Covid-19 qui frappe de plein fouet le monde et qui s’estsubrepticement invitée chez nous en République démocratique du Congo marqueun bouleversement important qui ouvre une ère d’incertitudes et de déséquilibresmajeurs. Notre pays a, dès la découverte des premiers cas, répondu à la crisesanitaire par des mesures d’urgence inédites en temps de paix dans le cadre de lamise en œuvre de l’état d’urgence décrété par Son Excellence Félix-AntoineTshisekedi Tshilombo, Président de la République, à savoir:
-Fermeture des frontières aux passagers;
-Isolement de la capitale Kinshasa du reste du pays;
-Interdiction des rassemblements et réunions de plus de vingt personnes;
-Fermeture des écoles, universités et églises.

A ce jour, malgré toutes les projections des scientifiques, personne n’est à mesure de prédire avec exactitude la fin de cette pandémie ou combien de temps cette crise va durer. Quoi qu’il en soit, il y aura un après Covid-19 avec toutes les conséquences imaginables et nous devons nous y préparer dès maintenant.

A quoi ressemblera la RDC après cette crise?

Telle est la grande question que nous devons tous nous poser gouvernants etgouvernés, sans en avoir la prétention dedétenir la vérité suprême sur la suite desévénements.

Le système sanitaire, le cadre macroéconomique, le droit du travail, la bonnegouvernance, le système éducatif, la sécurité alimentaire sont les points sur lesquelsj’apporterais ma perspective du lendemain.

• La santé n’a pas de prix

Sur le plan sanitaire, malgré les efforts louables du Professeur Jean-JacquesMuyembeet son équipe de riposte pour ralentirla propagation du virus, noussavons aujourd’hui que cette crise a un effet révélateur sur le faible niveau derésilience des structures de santé face aux épidémies et situation d’urgence.

L’évaluation externe du Règlement Sanitaire International a montré que les capacitésminimales du pays à prévenir, détecter et riposter rapidement aux menaces pour la santé Publique sont encore faibles. La revue des épidémies connues depuis 2016 arelevé que l’investigation et la réponse était tardive et inadéquate suite à l’absence oumieux,l’impréparation des équipes d’interventions rapides et du manque de prépositionnement des kits répondant au design des épidémies potentiels et le déficit decoordination de la surveillance et de la riposte.

Pour le cas actuel du Covid-19, les structures sanitaires sont dépassées par lesquelques malades hospitalisés, et il paraît alors évident que cette pneumonie virale nepourrait être prise en charge à grande échelle à cause de notre système de santé
précaire. Les appareils d’assistance respiratoire, par exemple manquent cruellementdans de nombreux hôpitaux et notre capacité à procéder à des tests de dépistagemassif reste limitée; nous n’avons pas encore atteint 200, en termes de dépistage journalier.

L’apparition de l’épidémie du Covid-19 constitue également d’une remise enquestion pour l’élite dirigeante de notre pays;confinée chez elle en raison de lafermeture des frontières et de la surcharge exponentielle des structures sanitaires des
pays occidentaux se rendant compte qu’il sera impossible de se faire évacuer en casd’urgence sanitaire comme il en était le cas pour plusieurs alors qu’elle a œuvré audélitement de notre système de santé. Il devient clair que nous devons y consacrer plus de ressources, à ce titre, les sociétésd’assurances établies en RDC doiventassumer leur mandat social en investissant dans le développement des structures
sanitaire de qualité.

Cette crise aura eu le mérite de démontrer que la santé devra dorénavant êtreplacée comme secteur stratégique etprioritaire pour le développement du paysconformément au Plan national de développement sanitaire recadré pour la période 2019-2022. Pour cela, nous devrons répondre à différents défis post-Covid-19:

° Sur les 8.266 centres de santé que comptent notre pays seuls 1006 sontconstruits en matériaux durables, ce qui représente 12%, et, le secteur a unefaible capacité à assurer la maintenance des infrastructures et équipementacquis, due à l’absence des unités de maintenance compétentesopérationnelles à différents niveaux. Il sied à cette fin d’accroître l’enveloppe du budget de l’État alloué à la santé publique qui est de 5 à 15 %,afin d’investir davantage dans le développement des infrastructures sanitairesviables.

° Création d’emplois durables dans le secteur de la santé: il se pose unproblème de déséquilibre dans l’organisation des filières et dans la répartitionéquitable des professionnels de santé. Selon l’OMS, le ratio du nombre demédecins par 1000 habitant pour la RDC est de 0,2 au lieu 2,2 de moyenne
mondiale, nous plaçant dans le rang des 54 pays au monde qui connaissent une pénurie aiguë de prestataires de services de santé. Cela étant dû auxmauvaises conditions de travail, l’insuffisance des mesures incitatives et lenon-paiement des salaires pour certains et la modicité pour ceux qui en sont
bénéficiaires. En 2017, sur l’effectif de 161.966 agents, 47.052 sont bénéficiaires de salaire soit 29% des agents. Quant à la prime de risque106.838 agents toutes catégories confondues en sont bénéficiaires soit 65,9%.

° Diminution de l’exportation des médecins à l’étranger pour la gestion de nospropres hôpitaux en proposant des conditions de travail optimales au niveaulocal et le recours aux professionnels de la santé disséminées dans la diaspora
congolaise, etc.

° Investissement dans l’industrie pharmaceutique afin de répondre aux besoins croissants de la population.

Le pays présente des fortes chances de sortir renforcé de cette crise, à condition delimiter les dégâts, penser à l’avenirnotamment en capitalisant sur l’expérienceacquise dans la lutte contre le virus Ebola.

Mais la grande réforme sanitaire Post-Covid-19 à objectifsocial urgent reste la miseen place d’un système de couverture de santé universelle -CSU- telle que prévue par
la loi n°18/035 du 13 décembre 2018 fixant les principes fondamentaux relatifs à l’organisation de la santé publique en RD-Congo et figurant parmi les cibles dutroisième Objectif de développement durable -ODD- relatif à l’accès aux soins.

Le défi ici revient à mettre en œuvre des stratégiestechniquement faisables etpolitiquement acceptables pourassurer un équilibre entre les 3 dimensions de laCSU, à savoir la population à couvrir, les services à offrir, et le niveau d’allègement de la charge financière des personnes couvertes.
Les discussions ont déjà commencé au niveau dugouvernement dans ce sens.

Son implémentation passe inéluctablement par l’adoption auParlement d’une loi sur le régime d’assurance maladieuniverselle.

• Réinventer l’économie congolaise

Sur le plan économique, les agitateurs du chiffon rouge prédisent à l’unanimité queles effets pervers du Covid-19 sur les économies africaines risquent d’annuler lesprogrès accomplis récemment sur le plan du développement.

La RDC a, d’ores et déjà baissé à 1% les prévisions 2020 du taux de croissancefixé initialement à 4,4%, le FMI table d’ailleurs sur un taux de croissance négatif de –
2,2%, et à cette baisse de croissance s’ajoute un resserrement de la marge demanœuvre budgétaire qui nous oblige à compter sur l’aide cruciale des partenairesinternationaux au développement pour répondre aux besoins de financement. La
dynamique mondiale de l’allégement de la dette pour les pays les plus vulnérablesdont 20 millions USD pour notre pays est à saluer à cet effet.

Il convient essentiellement d’utiliser la politiquemacroéconomique pour protéger lamain d’œuvre, atténuer les pertes économiques et favoriser la reprise des activités.A ce titre, je salue les mesures économiques qui ont été prises par le gouvernement pour contenir les chocs économiques internes et externes découlant de cette crisesanitaire.

Mais notre pays est improprement intégré aux chaînes de valeurs globales. Il estsurtout exportateur de matières premières et importateur de produits intermédiaireset finis.

En effet, plus de 90% de ses exportations sont des matières premières -minerais et pétrole- et 40% le sont à direction de la Chine, ce qui rend son économie trèsdépendante à la fois de l’évolution du cycle des matières premières et de la demande
chinoise. En dépit des efforts encourageants du gouvernement, la question de la diversification de l’économie et de l’indépendance économique, financière et logistique de notre pays reste clairement posée quant à sa capacité de faire front à
des crises comme celle du Covid-19.

Demain se posera donc la question des transformations structurelles à mettre enœuvre au sein de notre économie, afin d’augmenter la résilience économique etsociale des populations aux chocs extérieurs, tant du côté de la demande sociale enmatière de santé, d’éducation, de formation et d’emplois; que du côté de l’offre enbiens et services, supposant la hausse des capacités productives dans leur ensemble.

Il faudra «se déconnecter» de l’économie mondiale globalisée. En d’autres termes,il s’agira de faire du développement autocentré, c’est-à-dire, faire en sorte que ladensité des flux économiques internes du pays et de la sous-région soit supérieure àcelle des flux économiques qui leurs sont externes. L’avantage réside dans le fait quece scénario permet d’intervenir au plus tôt pour limiter les conséquences négatives des crises, quelles qu’elles soient économiques ou sanitaires.

Le Congo doit se préparer à trouver sa place dans le nouvel ordre économiqueinternational qui pourrait se mettre en place après cette crise.

Le pari que la RDC devra gagner sera premièrement celui de bâtir un systèmefinancier à même de garantir le financement des activités économiques et dedévelopper un véritable marché local.

Aussi, le secteur informel faisant office de «maquis» pour la survie de ceux que lesecteur formel n’a pas pu intégrer ou a rejetés, l’enjeu sera d’intégrer cette économiequi représente 70% des interactions économiques dans le système financier formel.

En outre, les productions agricoles d’exportation -coton, café, cacao, sucre, thé et caoutchouc- qui occupaient une part non négligeable des exportations congolaisesdans les années 80 sont aujourd’hui réduits à une portion congrue et, les cultures
vivrières -manioc, plantain, maïs, arachide, et riz- peinent à satisfaire la demandelocale. Le maïs importé occupe désormais une place importante dans lesconsommations des ménages urbains.

Notre pays fort de ses 80 millions d’hectares de terres arables, d’un climat généreux, d’une bonne densité du réseau hydrographique, et d’une main d’œuvre abondante, se
doit d’investir dans l’agroalimentaire afin de vaincre l’extrême pauvreté et la famine à l’horizon 2030.

S’agissant du droit du travail, tous les chiffres convergents vers une haussesubstantielle du chômage de masse, car plusieurs Congolais risqueront de perdre leurtravail ou leur revenu du fait des répercussions du Covid-19.

L’Etat doit prendre des mesures de soutien à l’emploi pour protéger l’emploi et aiderles PME à préserver leur activité mis à mal par la crise sanitaire en mettant en place
des dispositifs de soutien à la trésorerie des entreprises, par l’octroi de prêts garantisdans des conditions avantageuses. C’est ainsi que nous préserverons des milliersd’emplois vitaux à la vie des Congolais.

• Pour une bonne gouvernance au service du peuple

La République est un mot creux si elle ignore les conditions concrètes de la vie desgens. Elle ne peut qu’être sociale. Mais l’impératif post-Covid-19 exige uneRépublique d’un genre nouveau avec un nouveau type de gouvernance car les
congolais ont de moins en moins confiance en leur dirigeants, ils ont ras-le-bol del’opacité qui caractérisent la gestion de la chose publique dans notre pays.

Il est temps de prendre des mesures nécessaires afin de rendre transparente etfiabiliser l’action financière de l’Etat pour que tout soit clair et accessible à tous.Seule cette transparence pourra recréer la crédibilité du peuple en ceux qui sont
chargés de présider aux destinées de l’État.

Et pour cela, la gestion de la respublica doit migrer vers une culture d’entreprise enresponsabilisant d’un côté les gestionnaires de l’Etat et de l’autre côté, lesparlementaires. Tout celui qui gère la chose publique doit s’attendre à une sanctionen cas de mégestion ou des malversations.

Cette nouvelle gouvernance que j’appelle de tous mes vœux, est celle répondant auxstandards internationaux en matière de gestion des finances publiques, et celasuppose aussi une gestion budgétaire basée sur une approche managériale pour
d’avantage d’efficacité. Cette gestion managériale du Budget de l’Etat, instauréedepuis des décennies dans les Etats modernes a pour but d’axer le processusbudgétaire sur le résultat et la performance afin d’éviter d’exécuter des dépenses nonessentielles et ainsi, renforcer la crédibilité budgétaire c’est-à-dire la mobilisationeffective par les régies financières de toutes les recettes prévues dans le Budget.

Mais avec une pression fiscale d’à peine 10% sur une moyenne régionale de 20%, legouvernement éprouve d’énormes difficultés à réaliser ses prévisions en termes de
recette budgétaire et surtout à les canaliser vers le Trésor de l’Etat dans un contextesécurisé contre le coulage des recettes.

Ainsi, il faut numériser les opérations fiscales et financières pour sécuriser etfiabiliser la traçabilité des deniers publics en mettant en place un logiciel de gestiondes finances publiques reliant l’ensemble des acteurs financiers de la comptabilité
publique des ministères et de leurs services déconcentrés -gestionnaires, comptables,ordonnateurs, contrôleurs financiers. A l’instar de chorus qui est utilisé enFrance depuis 2009.

Pour mieux mobiliser les recettes fiscales et non fiscales, faudrait-il continuer àavoir plusieurs régies financières ou immigrer vers une seule Direction générale des Finances?

Dans le processus de mobilisation des sources de financement pour son programme, l’Etat doit chercher d’autres modes de financement de son budget, notamment àtravers le recours aux appuis budgétaires extérieurs et à l’emprunt intérieur. Il faut reconnaître les efforts du gouvernement dans la mise en place avec succès desadjudications des Bons du trésor qui ont suscités un engouement attestant que lemarché financier local revit.

Les autres modes novateur de financement d’infrastructures, tel que le PartenariatPublic-Privé, en sus de la coopération bilatérale et multilatérale ne sont pas ànégliger.

Cependant pour ce qui est du recours aux financements internationaux, noussuggérons la création d’une agence composée d’experts qui accompagneront l’Etatpour les stratégies de lever des fonds.

S’agissant des dépenses publiques, dans le cadre des efforts visant à améliorer latransparence et la responsabilisation dans l’utilisation des ressources publiques, il estimpératif de mettre fin au système de gestion sur base de caisse sans contrôle à priori et rationnaliser le recours aux procédures d’urgences ainsi que de dépenses horschaine ne respectant pas le circuit normal de la dépense publique à savoirl’engagement,l’ordonnancement, la liquidation et le paiement.

Afin d’éviter la dictature budgétaire caractérisée par le fait que le ministère duBudget puisse opérer des coupes de façon unilatérale dans les prévisions des autresministères, institutions et services publics émergeant du budget de l’État, il estimpérieux d’instaurer les arbitrages budgétaires c’est-à-dire un cadre d’échange entre le ministre du Budget et un autre ministre concerné pour échanger autour de laprogrammation et les moyens y afférents. En cas de désaccord, le Premier ministre tranchera pour le plafond tendanciel. Cet exercice instaurera la cohésion au niveaudu gouvernement et empêchera aux ministres et autres responsables d’institutions et services publics de l’État de venir solliciter des réajustements au niveau duParlement.

Dans le même registre de la transparence, je propose que les prérogatives de la Cour des comptes soient renforcées pour qu’elle joue réellement son rôle, celui de jugerles acteurs de la comptabilité publique, de contrôler et certifier les comptes de l’Etatafin qu’on ait des comptes publics sincères.

C’est la cour des comptes qui doit en principe alimenter le débat public sur laréalisation ou non des projets publics. Je suggère ainsi son indépendance du contrôledu Parlement.

L’actuelle loi ordinaire sur les finances publiques -LOFIP-, doit être muée en Loiorganique sur les lois des finances pour des raisons évidentes de sécurité juridique.

La transparence dans l’exécution du budget passe également par le respect desprocédures de passation des marchés publics; à ce titre, j’invite le gouvernement à serassurer par le biais de l’autorité de régulation des marchés publics ainsi que de ladirection générale de contrôle des marchés publics de la stricte observance dansl’avenir des principes sacro-saint de passation des marchés à savoir la transparencedes procédures de passation des marchés publics, l’égalité de traitement des
candidats soumissionnaires et de la prise en compte del’expertise et des compétences nationales, et que lesattributions des Marchés, puissent être exempts
de toute forme de corruption et de la pratique peuconventionnelle derétrocommission. Le recours abusif aux marchés publics de gré à gré souventeffectué avec des entreprises douteuses est également à proscrire.

Plus que jamais il est temps de mettre l’Homme congolais au centre de nos priorités,de mettre la patrie avant nos partis politiques et de privilégier la méritocratie, il esttemps d’être à la hauteur de ce grand pays et de son peuple courageux et travailleur et de prendre part à cette grande volonté manifestée par le régime actuel à travers degrandes réformes déjà apportées, telle que la gratuité de l’enseignement primaire.

L’opportunité nous est donnée comme jamais auparavant de réformer l’État aulendemain de cette pandémie. Ne serait-il pas temps d’enclencher les différentesréformes constitutionnelles et législatives vitales à notre pays?

Les réformes législatives à venir doivent être précédées des études approfondiespour dégager les effets positifs et ceux négatifs dans la population, ce qui est uneapproche de la recherche de la légitimité préalable.

Pour l’efficacité de l’action législative, je suggère la création d’une Sessiond’évaluation parlementaire -SEP-, un cadre d’interaction entre les parlementaires etles membres du gouvernement. Cela permettra aux parlementaires d’évaluer la
réalisation des actions du gouvernement, c’est une sorte de conférence deperformance. Elle évalue le résultat de chaque programmation. Il faut équiper lesparlementaires avec les Notes d’Exécution Parlementaires -NEP.

La coalition gouvernementale est, à cet effet, appelée en toute responsabilité et ce, enconcertation avec les groupes politiques minoritaires à définir le cadre de cesréformes et de les faire aboutir pour l’intérêt de tous.

• Vers un nouveau modèle social

Sur le plan social, les mesures de distanciation sociale dont la fermeture des écoles,des églises, des débits de boissons, des restaurants et de restrictions surl’organisation des funérailles ont profondément transformé les modes de sociabilité
de plusieurs Congolais.

Ces différentes mesures jettent une lumière crue sur les inégalités sociales dans notre pays, avec d’un côté des citoyens bien lotis capables de faire face à l’impact socio-
économique du virus et de l’autre côté une grande majorité des citoyens vivant dansla précarité et ne pouvant se payer le luxe de se mettre à l’arrêt aux risques demourir tout simplement de faim que de la pandémie.
Les millions d’élèves et d’étudiants qui ont été forcés de quitter leur école ou université dans l’ensemble du pays, sont l’exemple éloquent de comment lesrépercussions du Covid-19 peuvent vous affecter différemment selon que vous êtes
riches ou pauvres.

Avec un impact profond sur les familles, les communautés et l’apprentissage, lesenfants les plus marginalisés, frappés par la pauvreté et vulnérables en seront les plusaffectés en n’ayant pas accès à l’enseignement à distance comme mis en place dans de nombreux pays au monde.

Le Covid-19 amplifie en effet les difficultés auxquelles les enfants sont déjàconfrontés pour recevoir une éducation de qualité, d’où l’urgence d’investir dans lenumérique et aussi dans la formation des enseignants afin de permettre aux jeunes
d’accéder aux nouveaux outils d’apprentissage.

Le pouvoir public doit examiner la possibilité de maintenir les restrictions adoptéessur l’organisation des funérailles, afin d’épargner à plusieurs familles de sepaupériser davantage lors de la perte d’un être cher. Réguler les nuisances sonores
dans les quartiers résidentiels occasionnées tant par les bars que par les églises. Unequestion de civisme.

Le Peuple congolais attend de ses gouvernants à qui il a confié le soin de forger lesgrandes reformes non seulement du quinquennat mais de l’avenir et de les assortir du talisman de la justice: justice dans l’effort de développement et justice dans laredistribution de ses richesses, oui les richesses de notre pays appartiennent aupeuple et ce dernier exige que l’élite congolaise mutualise les efforts sur des sujets
cruciaux de l’ère Post-Covid-19 afin de conduire lechangement tant attendu.

Tel un saut dans l’inconnu, le changement peut faire peur, peur parce que l’on ne saità quoi s’attendre. Cela n’est pas nouveau, la question est existentielle. Mais pour y
parer, il faut s’y préparer dès maintenant et sans tarder, en discuter, projeter moultscénario et agir. Au-dessus de tout, braver la peur et avoir confiance en nous,confiance en notre volonté commune de bâtir, au cœur de l’Afrique. Construire un Etat de droit et une Nation puissante et prospère, fondée sur une véritable démocratiepolitique, économique, sociale et culturelle.

Honorable Guy LOANDO MBOYO

Sénateur élu de la Province de la Tshuapa & Avocat au Barreau de Kinshasa/Gombe

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