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Un vent violent secoue la coalition: les politiques gâchent la fête du 30 juin

Comme chaque année depuis 1960, les RD-Congolais vont célébrer ce 30 juin 2020 la fête de l’indépendance. Et comme en 1960, après la crise qui a éclaté entre les hommes politiques au pouvoir, notamment Joseph Kasa-Vubu, Président de la République issu de la minorité, et Patrice Lumumba, le Premier ministre nanti de la majorité au Parlement, plongeant le pays dans un long chaos et empêchant ses populations de savourer leur accession à la souveraineté nationale et internationale, les politiques, les mêmes, sont en train de gâcher la célébration du 60ème anniversaire de l’indépendance. Cette foisci, ils sont sur le point de saboter la première passation pacifique et civilisée du pouvoir de l’histoire du pays.

Après une semaine tumultueuse caractérisée par les violences autour du siège du Parlement perpétrées par des manifestants opposés à l’examen des trois propositions de loi dédiées à la réforme judiciaire, initiées par deux députés du FCC, regroupement politique du Président de la République honoraire Joseph Kabila, mais jugées suspectes par l’UDPS, parti dont est issu Félix Tshisekedi, en poste depuis le 24 janvier 2019, la Nation a eu droit à un Conseil des ministres agité le vendredi 26 juin. A la base: les propositions de loi controversées en examen à la Commission PAJ de l’Assemblée nationale. «Il y a des invectives entre les ministres CACH et les ministres FCC. Le Président Félix Tshisekedi a dénoncé le manque de sincérité de la part de son ministre de la Justice, Célestin Tunda ya Kasende, accusé d’avoir transmis les avis du gouvernement à l’Assemblée nationale sans mettre le Chef de l’Etat au courant et à l’insu du Conseil des ministres», ont rapporté les médias dans la journée, déplorant la chienlit. Il y a de l’électricité dans l’air.

Le 27 juin, le vice-Premier ministre en charge de la Justice, Tunda ya Kasende, est interpellé et conduit à l’office du Procureur général près la Cour de cassation. Séisme. Des ténors du FCC ont fait le déplacement du Parquet général, où Tunda a subi une longue audition avant de regagner sa résidence, sur les hauteurs de Binza, après une escale au QG du PPRD à Gombe. Autour de lui, des figures de la direction politique du parti conduites par le Secrétaire permanent Ramazani Shadari. «On ne sait pas pourquoi le VPM de la Justice a été interpellé par le Parquet. On ne sait pas et nous ne savons pas là où nous allons.

Pour interpeller un ministre, le Parquet doit requérir l’avis de l’Assemblée nationale», a vociféré Shadari avant de poursuivre: «Nous avons l’impression comme si on cherche à étouffer la démocratie… Nous avons l’impression comme si on veut instaurer, petit à petit, une dictature plus forte que celle de Mobutu. Nous disons, nous PPRD, non et nous allons résister contre cette dictature… S’ils ne veulent plus de la coalition, nous l’avons dit haut et fort que nous allons vers les conséquences constitutionnelles. Cela signifie mettre en place la cohabitation et que le FCC gère la République et le FCC sera responsable de ses actes devant le peuple». Fête pourrie! Le même jour, le Premier ministre Sylvestre Ilunga Ilunkamba a convoqué ses vice-Premiers ministres et ministres d’Etat. A l’issue de cette réunion d’urgence à la Primature, le Chef du gouvernement a fait lire un communiqué par son porte-parole, Albert Lieke, rappelant le Président de la République à l’ordre.

La vidéo du compte rendu n’a pas pu être diffusée sur les antennes de la télévision publique en exécution d’un ordre venu de la Présidence de la République, ont rapporté plusieurs sources. Tout en dénonçant une arrestation «brutale et arbitraire» du vice-Premier ministre et ministre de la Justice et une violation des règles élémentaires d’un Etat de droit, le Premier ministre a, entre autres, sommé le Président de la République «de saisir le Conseil supérieur de la magistrature pour l’ouverture d’une action disciplinaire à charge des magistrats qui ont procédé à l’arrestation du ministre de la Justice».  Ilunga Ilunkamba a surtout souligné que «cet incident grave et sans précédent est de nature à fragiliser la stabilité et le fonctionnement harmonieux des institutions, et à provoquer la démission du gouvernement».

En face, pas de réaction officielle jusque-là. Mais, officieusement, des lieutenants du Président de la République ont réclamé la démission annoncée. Le député provincial UDPS de Kinshasa, Peter Kazadi a eu ces commentaires sur Twitter: «Encouragements à nos vaillants magistrats décidés de se libérer de pesanteurs politiques. Vous êtes un pouvoir établi par notre peuple au même titre que tous les autres. Ne vous laissez plus jamais vous subjuguer par des influences des politiques véreux. Le peuple est avec vous». En attendant l’adresse télévisée du Chef de l’Etat à la nation, le 30 juin 2020 a un goût amer. Véritablement amer et les RD-Congolais sont obligés de célébrer les 60 ans d’indépendance dans l’amertume. La fête est pourrie… par la crise au sommet de l’Etat, entre la coalition FCC-CACH, secouée par un vent violent, susceptible de replonger le pays dans les violences comme en 1960. Comme d’habitude, les leaders politiques vont expliquer qu’elle est l’œuvre des «provocateurs». Comme de coutume, ils vont se rejeter la responsabilité.

Mais comme à l’accoutumée, ce sont eux qui ne transigent rien pour leurs intérêts égoïstes, donnent le ton aux manifestations de rue avec leurs partisans et s’en vantent sans gêne. Ils vont montrer leurs muscles et leur force, provoquer les pillages et détruire davantage le tissu socioéconomique déjà en lambeaux, mis à mal par les effets néfastes de la Covid-19. Comme l’histoire se répète toujours, ils finiront par s’accorder autour du partage des postes politiques… au détriment des masses populaires paupérisées qu’ils prétendent tous servir avant de se vautrer dans une autosatisfaction indécente et de ne présenter que les pages sans taches de leur mandat. Sans sursaut d’orgueil, ils seront toujours rattrapés par ce sempiternel sinistre décor: les difficultés économiques et sociales pour la population, la désillusion pour les jeunes, l’absence de perspective politique et le désenchantement général. L’année 2020 risque de ressembler à 1960 si les politiques n’y prennent garde, si la coalition au pouvoir ne joue pas son rôle historique, comme l’avait recommandé il y a quelques mois Vital Kamerhe.

«Nous devons tout faire pour maintenir l’alliance Tshisekedi-Kabila», avait insisté en novembre 2019 le clairvoyant Directeur de cabinet du Chef de l’Etat, aujourd’hui en prison, à l’écart de la scène, convaincu à l’époque que ceux qui occupent des fonctions importantes au sein de l’Etat ont entre leurs mains une force non négligeable, à laquelle s’ajoutent leur leadership et leur aura, qu’ils doivent s’interdire d’utiliser pour allumer le feu. Il n’est donc pas juste et responsable d’attiser le feu pour un manquement discutable imputable au ministre PPRD de la Justice alors que quatre mois plus tôt, son collègue UDPS de l’Agriculture, Kasonga Mukuta, a presque fait pareil sans scandaliser personne, après avoir envoyé à la présidente de l’Assemblée nationale la copie de la lettre portant observations de son ministère sur la proposition de loi adressée au Premier ministre, sans examen préalable en Conseil des ministres.

Avant Kasonga, sa collègue UDPS des Affaires étrangères, Tumba Nzeza, a usurpé les compétences de Félix Tshisekedi en révoquant trois ambassadeurs nommés par ordonnance présidentielle, à l’insu du Conseil des ministres. Son camp politique s’est tu dans toutes les langues malgré les contestations du FCC, contraint de fermer les yeux. Tumba Nzeza n’a jamais été blâmée ni trainée devant le Parquet. Lire en page 4 l’interview de Vital Kamerhe accordée à Jeune Afrique.

Achille KADIMA MULAMBA

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