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Afriland First Bank les poursuit à Paris, Global witness et PPLAAF rattrapées par les pratiques de corruption

A Kinshasa, une autre plainte sera déposée dans les prochaines heures contre les agents complices de falsifications…

Global witness et Plateforme de protection des lanceurs d’alerte en Afrique -PPLAAF-, deux ONG internationales officiellement engagées dans la lutte en faveur de la bonne gouvernance, de la transparence, ont été traduites en justice par la filiale RD-congolaise d’Afriland first bank pour des actes de compromission. Neuf griefs sont retenus à charge de ces deux ONG: vol, abus de confiance, chantage, corruption privée, dénonciation calomnieuse, recel, violation du secret bancaire, faux et usage de faux, circonstance aggravantes de bande organisée. La plainte a été déposée le mercredi 1er juillet 2020 à Paris auprès du Procureur de la République. La banque va déposer une autre plainte à Kinshasa, dans les prochaines heures, contre les agents locaux complices de falsifications, ont rapporté des sources jeudi.

Afriland first bank se considère comme étant «victime, depuis le mois de mars 2020, de harcèlement de la part de ces deux organisations qui l’ont menacée très explicitement de publier des faits parfaitement diffamatoires et ont tenté d’obtenir d’elle des informations confidentielles et protégées par le secret bancaire».

A Afriland, l’on est convaincu que certains documents, en possession de Global witness et de PPLAAF, ont été volés par d’anciens salariés dont deux, notamment Koko Lobanga Gradi et Malela Navy, réputés très proches, ont «précipitamment» quitté la banque «sur un mode identique» en concomitance avec la disparition de certains fichiers relevant du secret bancaire.

Ainsi, en portant plainte pour vol et/ou abus de confiance, Afriland bank s’attend à ce que les enquêtes judiciaires déterminent «la manière dont les ONG GW et PPLAAF ont pu entrer en contact avec ses salariés et ont pu, ou pas, provoquer directement les délits de vol et/ou d’abus de confiance au regard des autres infractions préalables commises par ces ONG» ainsi que «le niveau de connaissance de ces deux salariés dans le projet délictueux commis en bande organisée, leur ôtant encore une fois toute protection au titre de la bonne foi».

S’agissant de l’infraction de chantage, la plainte d’Afriland renseigne que «le courrier du 12 mars 2020 menace clairement de porter atteinte à l’honneur et à la considération de la banque si des secrets, notamment bancaires, ne sont pas révélés aux deux ONG signataires des lettres». L’infraction de chantage pousse davantage ses racines dans la conversation téléphonique entre un journaliste israélien, acteur du projet de publication, et sieur Abu, «menacé de porter un faux témoignage contre Afriland bank».

Dans le chapitre de la corruption privée, Me Eric Moutet, conseil d’Afriland first bank, se fondant sur les témoignages écrits et devant notaire des ONG africaines, fait noter qu’il est de coutume pour Carina Tertsakian, enquêtrice sénior de Global witness, de proposer très explicitement de payer des informations susceptibles d’être obtenues illégalement et mettant en cause un client de la banque et de corrompre fonctionnaires et agents de banque. «Le journaliste israélien, travaillant sur le projet de leaks en lien avec Global witness et la PPLAAF contre la Banque notamment, en conversation avec Tzahi Abu, promet à ce dernier une impunité de publication si ce dernier consent à lui remettre un faux témoignage incriminant un client de la banque», relève cet avocat à la Cour d’appel de Paris, insistant que la demande a été formulée à plusieurs reprises.

Global witness et PPLAAF sont également poursuivies pour «faux et usage de faux» au regard du «faux témoignage réclamé par le journaliste en Israël et destiné à nourrir le dossier de publication du rapport» de ces ONG. La même conversation donne lieu à l’infraction de «dénonciation calomnieuse» étant donné qu’elle a consisté «à la fabrication du faux témoignage destiné à accuser notamment la banque Afriland first bank CD». Cela constitue, d’après Me Moutet, le délit, la connaissance de la fausseté des faits dénoncés.

S’agissant de la «violation du secret bancaire», la plainte transmise au procureur de Paris soutient que les anciens collaborateurs d’Afriland ont violé ce principe en transmettant à des tiers des informations confidentielles; avant de renchérir qu’au sujet de «la complicité et/ou recel», GW et PPLAAF «sont reprochables au regard des méthodes de menaces, d’intimidation, de chantage, de corruption privée, de vol/abus de confiance, de violation du secret bancaire, faux et usage de faux révélés tant par des ONG congolaises que par les propos tenus par un journaliste et par les lettres cosignées les 10 et 12 mars 2020 travaillant sur le projet de leaks ou que ce soit au titre du recel avec circonstance aggravante de bande organisée». 

Dans son communiqué relatif à la plainte déposée contre les deux ONG, Afriland a conclu «à la falsification des fichiers dans la mesure où les affirmations de Global Witness et PPLAAF se trouvent contredites par des éléments de preuves irréfutables, communiqués au Procureur de la République» à Paris. Afriland a affirmé disposer des «documents troublants, attestant de pratiques tout à fait singulières dans la recherche de preuves à travers l’expression de menaces explicites envers des tiers, propositions financières à des agents privés, manipulations de témoignages et chantage à la publication dans des organes de presse à diffusion internationale» et s’attend à «une enquête judicaire avec toutes les garanties de transparence et d’équilibre dans la recherche de la preuve» et à la «répression sévère» de telles pratiques une foi confirmées.

Bien que GW et PPLAAF ont levé l’option de publier un «rapport relatif à l’un des clients de la banque», Afriland, considérant que les menaces de ces ONG ont été mises en exécution, en a rejeté le contenu et s’est réservé la possibilité de réclamer la réparation du préjudice causé devant toutes les juridictions compétentes. Voici que les ONG pourtant réputées pour leur combat officiel en faveur de la transparence, se déconsidèrent avec ces pratiques contraires à leurs missions. 

Laurent OMBA

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