
Deux mois après l’injonction du vice-Premier ministre en charge de l’Intérieur et sécurité, Jacquemain Shabani, pour la levée de la suspension du contrôle non intrusif -scanner- au poste de Mutaka, dans la province du Lualaba, la gouverneure Fifi Masuka tarde à s’exécuter. Dans ce télégramme envoyé le 21 mars, le VPM Shabani s’était pourtant montrer clair. «Je vous enjoins de lever la mesure, prise par votre lettre du 23 août 2023, de suspension de contrôle non intrusif par scanner au regard de la nécessité», a ordonné le patron de la territoriale.
Depuis deux ans, cette mesure «unilatérale» de Fifi Masuka paralyse les activités opérationnelles du Programme de contrôle de la production et de la commercialisation des Bois -PCPCB-, un service du gouvernement central placé sous les tutelles technique du ministère de l’Environnement et administrative du ministère des Finances, créé en 2016.
Trois mois avant cette mesure, ce dossier a été débattu en Conseil des ministres, lors de la réunion du 12 mai 2023. Le gouvernement central avait alors décrit le scanner de Mutaka comme un moyen de «renforcer le contrôle de la nature des produits transportés par camion et évacués» en dehors du Lualaba. En clair, ce système de contrôle vise à «décourager tout trafic illicite de minerais et de bois précieux», en plus de servir «à des fins sécuritaires et pour une meilleure maitrise des flux des produits transportés».
Depuis octobre 2024, le prestataire privé AIDEL SARL du Groupe Ledya, chargé de mettre en œuvre ce projet et qui a investi dans l’acquisition des équipements et le déploiement du système de contrôle à travers le pays, a initié des démarches pour la levée de la mesure de le gouv’ Masuka. En effet, cette suspension préjudicie la société qui a été autorisée d’encaisser, en contrepartie, un paiement direct auprès des transporteurs, des frais de passage au scanners au taux de 100 dollars pour tout véhicule de transport des marchandises, bâché et/ou conteneurisé, pointant vers l’exportation.
Le 4 février, soit quatre mois après avoir saisi la cheffe de l’exécutif provincial, AIDEL SARL a finalement obtenu une réponse. Selon cette correspondance, ce blocage serait conséquence d’une mission d’enquête décidée au niveau central. «Il m’est difficile de donner une suite favorable à votre demande, sous réserve de l’examen d’autres aspects pertinents nécessaires à la prise de décision», a écrit Fifi Masuka.
Très vite, cet argument a été battu en brèche après la saisine de Daniel Mukoko Samba, VPM de l’Économie nationale, par la société AIDEL. Mukoko Samba a rappelé avoir déjà cerné les zones d’ombre autour de ce poste de contrôle après avoir obtenu les «clarifications» de diverses parties prenantes au projet, dénonçant au passage la «décision initiée unilatéralement» par la gouverneure Masuka. «Après analyse, il s’est avéré qu’il n’y aucune dangerosité liée à l’usage du scanner à ce poste frontalier», a écrit le VPM de l’Économie nationale dans une correspondance adressée le 10 mars à son collègue de l’Intérieur.
Mukoko Samba a, en même temps, rappelé le «caractère économique, sécuritaire» mais aussi «l’impérieuse nécessité de garantir la maîtrise des flux des minerais, des bois, voire d’autres produits prohibés et sensibles exportés».
Malgré toutes ces avancées et cette injonction claire du patron de la territoriale, Masuka semble avoir choisi le bras de fer, en ne donnant aucune suite. Au contraire, la «dame de fer» du Lualaba s’est inscrit dans une vraie logique d’«insubordination notoire envers sa hiérarchie et à l’ensemble du gouvernement de la République». «La fraude se va grandissante avec soupçon qu’elle en est acteur, en cette période de problèmes sécuritaires sensibles et où le pays est interpellé sur le problème de bonne gouvernance et assainissement du climat des affaires», a dénoncé une source bien renseignée sur le dossier. Tout juste quelques semaines avant la suspension du PCPCB, des cas d’exploitation illégale des minerais ont été signalés en amont du site du contrôle de Mutaka, dans les mines de Kinsafu et Kisankala.
Aller au contenu PDFPendant ce temps, le PCPCB, un service national, se retrouve dans l’asphyxie alors que ses comptes ouverts dans les livres de la Sofibanque sont gelés depuis des mois sur demande de Fifi Masuka. Dans cette affaire, l’insubordination de Masuka va bien au-delà du seul VPM de l’Intérieur et s’étend vers le VPM de l’Économie nationale en plus des ministres de l’Environnement et des Finances.
WIDAL
