Tshisekedi: son message du 30 juin diversement interprété

La veille du 60ème anniversaire de l’indépendance de la RD-Congo, Félix-Antoine Tshisekedi, Président de la République, contraint de célébrer dans la méditation son 2ème 30 juin en raison de crise sanitaire due à la Covid-19, s’est adressé à la nation via les médias publics. Son message, long d’une quarantaine de minutes, a diversement été reçu dans l’opinion tant nationale qu’internationale.

Pour les uns, le message du Chef de l’Etat a pué l’odeur d’une mise en garde contre les caciques du FCC, regroupement politique de Joseph Kabila qui, de l’avis des tshisekedistes, mettent le bâton dans les roues du Président de la République, déterminé à instaurer l’Etat de droit longtemps rêvé en RD-Congo. Cette thèse est épousée par la filiale africaine d’Euronews, se référant à certaines bribes de l’allocution du Président RD-congolais. Ce dernier a déclaré: «Aucune majorité politique ou parlementaire, d’où qu’elle vienne, ne peut outre passer les principes fondateurs de la République… Je n’accepterai sous aucun prétexte des réformes dans ce secteur qui, par leur nature et contenu, viendraient porter atteinte à des principes fondamentaux régissant la justice».

Par cette déclaration, le Président Tshisekedi, comme son parti et leurs militants, auteurs des manifestations violentes quelques jours seulement avant le 30 juin 2020, s’est fermement opposé aux propositions des lois consacrant une réforme judiciaire, œuvres de deux élus FCC, Minaku et Sakata.

A la suite de certaines organisations de la Société civile, dont la CENCO, et de quelques leaders politiques, qui se recrutent essentiellement au sein de Lamuka et de CACH, Félix Tshisekedi, se vantant des avancées enregistrées pour l’indépendance du pouvoir judiciaire, réalisées au prix de sacrifices extrêmes, a martelé que ces avancées «ne peuvent être annihilées par des manœuvres d’arrière-garde qui s’observent chez certains de vouloir légiférer pour déposséder le Conseil supérieur de la magistrature du pouvoir judiciaire qu’il détient pourtant par la Constitution».

S’en prenant aux bonzes du FCC, qui, selon des échos, tiennent mordicus à faire passer les lois Minaku-Sakata, le Chef de l’Etat, sans les citer nommément, a souligné, noir sur blanc, que «les réformes judiciaires doivent être dictées, non pas par le souci de s’assurer une protection d’une personne ou d’un groupe de personnes, mais plutôt par le souci d’apporter plus d’efficacité et d’efficience au fonctionnement de la justice».

Un père loin d’être rassembleur

A l’opposé, les autres observateurs ont estimé que dans les guéguerres opposant le FCC et le CACH, qui sont pourtant dans une coalition, le Président de la République, loin d’être un père rassembleur dans son discours à la nation, a choisi son camp. «Nous avons vu, en lieu et place d’un chef au-dessus de la mêlée, un leader transcendant et rassembleur, un chef de parti prêt à en découdre avec le camp de ses ennemis politiques», a constaté le média en ligne signal.org. Puis: «On a vu un Chef de l’Etat prendre ouvertement partie pour une institution de la République contre une autre, et cela de manière publique, alors qu’il existe des canaux institutionnels pour le faire».

Au-delà de critiquer et de saluer la détermination du Président de la République de restaurer les valeurs morales et éthiques dans la gouvernance du pays, ce média a invité Félix-Antoine Tshisekedi à «se mettre au-dessus de toute passion et de toute posture partisane, pour intégrer tous les spectres politique et social du pays dans ce nouveau train qu’il s’est engagé de conduire jusqu’à la gare 2023».

Laurent OMBA