Covid-19 à Kinshasa: Qui a exigé 1 million de dollars à Ngobila?

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Une importante somme d’argent exigée au gouvernement provincial, des lignes vertes longtemps injoignables se retrouvent saturées dès leur lancement… : des langues déliées font des révélations sur le confinement total avorté de la capitale

Le monde entier est actuellement frappé par la pandémie du Coronavirus, causant des milliers de morts dans tous les continents. La RD-Congo n’est malheureusement pas épargnée avec, à ce jour, 68 cas testés positifs dont 67 dans la seule ville de Kinshasa, 6 morts, 3 guéris et plus de 2000 cas contacts -selon les derniers rapports de l’Institut national de recherche biomédicale -INRB. Pour barrer la route à ce virus mortel et vu l’état d’urgence proclamé par le Président Félix-Antoine Tshisekedi, le gouverneur Gentiny Ngobila Mbaka a, jeudi 26 mars, décidé de décréter un confinement total intermittent à Kinshasa, siège des institutions. Cette mesure allait durer trois semaines à dater du samedi 28 mars 2020 en raison de 4 jours de confinement suivis de 2 jours d’approvisionnement et ainsi de suite.

A la surprise générale, le gouv’ Ngobila est revenu sur sa décision 24 heures plus tard. Pour justifier le «report» du confinement, le porte-parole du gouvernement provincial de Kinshasa a indexé la spéculation des prix constatée sur le marché. Aussi, le gouverneur a voulu «prévenir» toute velléité de troubles dans la capitale susceptible de créer l’insécurité.

Néanmoins, cette volte-face de l’autorité urbaine suscite une interrogation majeure. Est-ce que l’Hôtel de ville de Kinshasa peut-il prendre une telle mesure sans l’aval de la hiérarchie au niveau national, c’est-à-dire du gouvernement central ou de la Présidence de la République? Il y a des vérités qui dérangent les Kinois. Selon certaines langues déliées désormais, à un moment donné des préparatifs de la riposte contre le Coronavirus, le gouvernement central a jugé bon d’écarter la ville de Kinshasa, prétextant que le gouvernement provincial devait agir en tant qu’exécutant futur. «Refusant de courber l’échine, la province de Kinshasa s’est montrée autonome à travers des initiatives prises dans le cadre d’un caucus. C’est plus tard que la ville a été récupérée dans les commissions nationales du Secrétariat technique de la lutte contre la pandémie à coronavirus», révèlent-elles, ajoutant que, pour cautionner les mesures de confinement total, certaines autorités au niveau national ont exigé à la ville de Kinshasa une somme de plus d’un million de dollars. Une enveloppe qui devrait servir à l’accompagnement de la mise en œuvre du confinement en termes de motivation et achat d’équipements de protection de la Police et des Services de sécurité. Qui ont bien pu avoir le courage d’exiger une telle somme pour le déploiement des policiers déjà pris en charge par l’Etat? Réponse: «des affairistes tapis dans l’ombre qui ont cru venu le moment de se faire du beurre sur le dos de la population et de la pandémie» alors que «tout le budget d’investissement de Kinshasa est retenu au niveau du gouvernement central». Selon certaines indiscrétions, quelques acteurs dans certaines sphères du Pouvoir ont jugé que la population risquait de mourir de faim pendant la période de confinement. D’où il fallait barrer la route à la mesure envisagée par le gouverneur. Alors que, selon experts, les trois semaines de confinement avec intermittence devaient permettre de rompre la chaine de contagion du Coronavirus. Car, selon des épidémiologistes, d’ici le mois d’avril, on franchirait la barre de 60.000 cas non identifiés par l’INRB au regard des moyens limités. Et, ajoutent-ils, sans oublier une période d’hécatombe épidémiologique qui arrive. Le samedi 28 mars, la ville de Kinshasa était quasiment déserte. Preuve que la population kinoise était préparée pour le confinement. Si aujourd’hui l’opinion ne semble pas le reconnaitre, un jour on attribuera le mérite à Gentiny Ngobila Mbaka d’avoir voulu préserver les Kinois, à travers cette mesure, de cet ennemi invisible.

Des lignes vertes saturées

Par ailleurs, il faudrait retenir que les numéros verts publiés par le gouvernement central sont le fruit d’une réunion entre le ministre national de la Santé publique et les opérateurs télécoms. Au cours de cette rencontre, il était entendu que le gouvernement central mette en place un call center qui impliquait des frais financiers. Chose que l’Exécutif central n’a pu faire à temps. Ce n’est que le dimanche 29 mars que les lignes ont été ouvertes avec une saturation dès les premiers instants. Et pourtant, la ville de Kinshasa en a fait la vulgarisation depuis l’annonce et s’est confrontée aux doléances d’inactivité de la ligne durant plusieurs jours.

Derrière la crise sanitaire, l’ombre d’une crise économique

Sur le volet économique, les opérateurs économiques alertent! Selon eux, le pays connaitra une baisse significative des ressources et «l’argent ne va plus circuler». «La Banque centrale n’a que trois semaines de réserves de change pour pouvoir couvrir l’ensemble des importations du pays. Qu’adviendra-t-il si la surveillance épidémiologique ne se fait pas correctement?», préviennent-ils, faisant savoir qu’à ce jour, la RD-Congo a connu une inflation de 0, 609% au niveau national et 0,637% à Kinshasa, à la dernière semaine du mois de mars. En cumul, poursuivent-ils, l’inflation a atteint 1,655% au niveau national et 1,632% à Kinshasa. «L’inflation annualisée se situe à 6,785% au niveau national et 6,689% à Kinshasa. En glissement annuel, elle a atteint 5,285% au niveau national et 4,660% à Kinshasa. A la fin mars 2020, l’inflation mensuelle est de 0,884% au niveau national et 0,838% à Kinshasa», concluent-ils.

KISUNGU KAS