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UNISIC: Serge Nguya Katembwe décrypte la charte graphique de la RD-Congo, il signe une enquête inédite sur l’emblématique et l’identité du pays

À l’UNISIC, le mémoire de DEA de Serge Nguya Katembwe, soutenu le 2 avril 2026 et couronné de la plus Grande Distinction, dissèque les symboles qui écrivent et effacent l’histoire visuelle de la République Démocratique du Congo.Les symboles ne sont pas de simples ornements. Ils sont des stratégies politiques. C’est la thèse centrale, brute et provocatrice, que porte Serge Nguya Katembwe dans son mémoire de DEA.

Par une lecture sémiotique fine et une relecture historique des emblèmes nationaux -armoiries, drapeaux, devises-, l’auteur propose une plongée inédite dans les mécanismes par lesquels se construit, se déconstruit puis se rebâtit l’image de la République Démocratique du Congo.

Un itinéraire historique et sémiotique

L’enquête remonte aux origines troublées du territoire: de l’État Indépendant du Congo -1885-1908- à la colonisation belge -1908-1960-, puis à l’indépendance, aux expérimentations identitaires du Zaïre -1967-1997- et aux recompositions post-1997, jusqu’à la stabilisation symbolique de la Constitution de 2006. À chaque phase, Katembwe isole les codes plastiques, iconographiques et textuels -couleurs, animaux, motifs, devises- pour montrer comment ces choix graphiques servent la légitimation du pouvoir et la représentation publique de l’État.

La discontinuité plutôt que la continuité

L’un des apports majeurs du mémoire est la notion de «discontinuité sémiotique». Là où certains récits nationaux cherchent la continuité pour forger un mythe fondateur unique, la trajectoire congolaise est ponctuée de ruptures: chaque régime invente ou réinvente sa charte graphique pour marquer une rupture ou affirmer une supériorité idéologique. Ces changements sont loin d’être anodins: ils traduisent la recomposition du pacte social -qui est inclus, qui est marginalisé, quelle histoire est célébrée ou effacée.

Méthode: voir, comparer, interpréter

Le travail adopte une méthode tripartite -iconographique, plastique, textuelle- qui permet de dépasser l’anecdotique. L’analyse iconographique interroge «que représente‑t‑on?», l’approche plastique scrute le «comment» visuel -formes, palette, composition-, et l’examen textuel dissèque les devises et leurs inflexions discursives. Croisées, ces lectures révèlent trois fonctions récurrentes des emblèmes: légitimer le pouvoir, diffuser une idéologie, et façonner une image internationale -nation branding.

Emblèmes comme instruments de pouvoir

Katembwe montre comment animaux, feuillages, couleurs et formules verbales ont été systématiquement instrumentalisés. Sous la colonisation, les signes imposent une vision extérieure et hiérarchisée.

À l’ère zaïroise, l’emblématique se fait outil de personnalisation du pouvoir et de rupture radicale avec le passé colonial. Après 1997, la recomposition symbolique répond au besoin de stabilisation et de réassurance nationale. Partout, ces signes opèrent comme des appareils rhétoriques: ils fabriquent des récits, prescrivent des comportements et organisent la mémoire collective.

Image nationale et nation branding

Au‑delà des usages internes, l’étude interroge la réception internationale des symboles. Une charte graphique fragmentée obscurcit l’image extérieure d’un État qui peine à se présenter de manière cohérente sur la scène mondiale. Dans un contexte où l’image pèse sur les investissements, la diplomatie et le soft power, la multiplicité des signatures visuelles fragmente le «nation brand» de la République Démocratique du Congo et complique la reconnaissance d’un récit national stable.

Implications pratiques et politiques

Les conclusions dépassent le cadre académique: elles s’adressent aux décideurs publics, designers institutionnels, communicateurs et éducateurs civiques. Deux trajectoires s’imposent comme choix politique: maintenir une pluralité symbolique qui reflète la diversité historique, ou promouvoir une charte graphique plus uniforme, susceptible de fédérer et consolider un récit national partagé. Le mémoire invite à traiter la conception des symboles non comme un détail esthétique mais comme une décision de gouvernance.

Une contribution majeure aux sciences sociales congolaises

Par sa rigueur méthodologique et son interprétation engagée, le mémoire de Serge Nguya Katembwe enrichit la réflexion sur les relations entre image et pouvoir dans l’ex-Zaïre. Plus qu’un inventaire d’emblèmes, son travail est une mise en garde : la souveraineté nationale se joue aussi sur le terrain du symbolique. En distinguant cette recherche par la plus Grande Distinction, l’UNISIC souligne l’importance d’un champ longtemps négligé et lance un signal clair: comprendre la fabrique des images, c’est aussi pouvoir mieux la maîtriser.

YA KAKESA

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