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Matete creuse l’espoir, la Regiseso lance la rénovation du réseau d’eau à Kinshasa

Matete, Debonhomme. L’odeur de la terre fraîchement retournée flotte dans l’air. Déployés le long de la deuxième principale avenue du quartier, des ouvriers encapuchonnés manient pelles et marteaux‑piqueurs, traçant des tranchées où vont s’enfouir de nouvelles tuyauteries. Présents lundi 16, mardi 17, mercredi 18 et jeudi 19 mars, ils incarnent la matérialisation d’un vaste projet promis depuis les bureaux ministériels: la rénovation du réseau de distribution d’eau de Kinshasa, lancée en application de la nouvelle Politique nationale du service public de l’eau -PNSPE.

Chiffrée à 10 milliards de dollars et conçue sur dix ans, la PNSPE, présentée par le ministre Aimé Sakombi Molendo fin 2025 et adoptée par le Conseil des ministres, couvre l’ensemble de la chaîne, de la production au transport puis à la distribution. Sur le terrain, à Debonhomme, les pelles et les bancs de tuyaux ne sont pas que des images: elles symbolisent l’espoir d’une ville qui aspire à voir couler l’eau de façon fiable et continue. La logique du plan est limpide: traiter les pertes d’eau à la source en remplaçant des conduites usées, réparer des branchements anarchiques et moderniser des segments critiques du réseau. Pour les habitants, ce sont des promesses concrètes qui s’échangent dans la rue, l’idée d’un robinet qui fonctionne plus souvent que la veille, la fin des réserves improvisées et l’allègement des corvées.

La PNSPE affiche deux objectifs globaux et chiffrés: améliorer la gouvernance du service public de l’eau et atteindre, d’ici 2035, un accès universel correspondant à 90 % de couverture en zones urbaines et 70 % en zones rurales. Pour financer cet ambitieux calendrier, le gouvernement prévoit la création d’un Fonds national de l’Eau. Ses ressources viendront du budget de l’État, des redevances liées aux usages de l’eau, des contributions des partenaires, de financements climatiques et d’investissements privés via des partenariats public‑privé.

Instrument central de cette mécanique: l’Autorité de régulation du service public de l’eau -ARSPE-, dont l’opérationnalisation est présentée comme essentielle pour garantir une tarification économiquement viable et attirer des capitaux. Sans cadre régulateur crédible, préviennent déjà certains techniciens, les flux financiers risquent de rester fragmentés et la maintenance de long terme compromise.

Au‑delà des aspects techniques et financiers, la PNSPE pose une question politique et sociale majeure: qui paiera et comment seront réparties les responsabilités? Le ministre Sakombi Molendo a défendu le plan comme «un instrument stratégique et fédérateur» capable d’accélérer la réduction de la pauvreté et de soutenir le développement durable. Mais sur le terrain, la réussite suppose la convergence de plusieurs volontés: États, institutions locales, bailleurs, opérateurs et citoyens.

À Matete, le spectacle est encourageant: rubans de chantier, tuyaux neufs et travailleurs à l’œuvre donnent une preuve tangible d’avancement. Reste que la métropole en expansion exige l’alignement d’un puissant triptyque -financement pérenne, institutions efficaces et discipline citoyenne- pour que les premières tranchées ne restent pas de simples signaux mais deviennent les fondations d’un service public rénové. Si ces maillons tiennent, Kinshasa pourrait amorcer une transformation durable de son approvisionnement en eau. Sinon, même les images les plus prometteuses de chantiers risquent de se dissoudre dans les eaux troubles d’un défi trop longtemps différé.

KISUNGU KAS

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