
Dans une étude magistrale alliant droit et histoire, le Professeur Bob Bobutaka, figure de proue de l’archivistique en RD‑Congo, analyse les fondements juridiques de la colonisation belge. Entre le Traité de cession de l’État indépendant du Congo -EIC- et la Charte coloniale, il propose une relecture audacieuse d’un patrimoine qu’il juge «commun» aux deux nations. Le passé ne meurt jamais, il s’archive. C’est le constat qui ressort de l’article scientifique du professeur Bob Bobutaka, intitulé «Légistique et archivologie: traité de cession de l’État indépendant du Congo à la Belgique et charte coloniale belge».
Pour ce chercheur de renom, les archives de la colonisation ne sont pas de simples reliques poussiéreuses, mais les outils d’une véritable ingénierie de domination qui mérite une analyse interdisciplinaire profonde. Au cœur de sa réflexion: deux documents pivots. Le Traité de cession de 1907 et la Charte coloniale de 1908. Selon Bobutaka, ces textes constituent l’ossature légale ayant permis de transformer une propriété privée du roi souverain en une colonie belge.
L’auteur utilise la légistologie -la science de la rédaction des lois- pour démontrer comment le droit a été mis au service de l’appropriation d’un territoire. Mais l’originalité du Professeur réside dans l’usage de la légistosociométrie: il ne se contente pas de lire la loi, il en mesure l’impact social et politique dévastateur sur la structure même de la société RD‑congolaise.
L’archivologie: une science au carrefour des savoirs
Bobutaka refuse d’enfermer l’archive dans le seul domaine de l’historien. Pour lui, l’étude des archives coloniales nécessite une approche plurielle: la politologie pour comprendre les rapports de force; la mémoirologie pour soigner les traumatismes hérités; l’africanologie pour replacer le Congo au centre de son propre récit.
Il martèle un principe fort: les archives coloniales constituent un patrimoine commun entre le colonisateur et le colonisé. Cette vision rejoint son récent plaidoyer dans son ouvrage «Chef de l’État africain, le premier archiviste de son pays», publié en 2025, où il définit la gestion documentaire comme un «acte de souveraineté».
Hénoc AKANO
