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Kinshasa s’inspire de Pékin pour repenser son système pénitentiaire

Le gouvernement de la République Démocratique du Congo explore une voie résolument moderne pour transformer un appareil pénitentiaire qui peine à répondre aux exigences de sécurité et de réinsertion. Le déplacement du ministre d’État, ministre de la Justice et Garde des Sceaux, Guillaume Ngefa Atondoko Andali, à Pékin s’inscrit comme une étape symbolique dans une logique de dialogue et d’échange technique. L’objectif est clair: tirer les leçons d’un modèle perçu comme efficient afin d’améliorer les conditions de détention tout en renforçant les mécanismes de réinsertion sociale.

Accompagné d’une délégation composée notamment de l’ambassadeur de la République Démocratique du Congo en Chine, François Balumuene, et du député Albert Iwondo Ilonga, le ministre a franchi des portes habituellement hermétiques. Cette immersion, inscrite dans une dynamique de coopération bilatérale, marque une première dans les archives diplomatiques entre Kinshasa et Pékin et ouvre la voie à une intensification des échanges sur les pratiques pénitentiaires. Au-delà du symbole, la réalité des protocoles rigoureux sur place rappelle le poids des enjeux sécuritaires et opérationnels. Aucun outil de communication n’est autorisé et des dispositifs de surveillance de pointe assurent le contrôle des flux et des mouvements, avec en toile de fond l’observation d’un robot chargé de signaler toute intrusion.

Pourtant, derrière la haute technicité, le récit se poursuit dans l’intimité des lieux: des briques grises et des couloirs où s’organisent, sous une discipline apparente, des vies en quête de réinsertion. Les dortoirs, les services médicaux et les ateliers de formation professionnelle témoignent d’une architecture pénitentiaire conçue pour concilier rigueur et accompagnement. La rééducation par le travail, telle qu’elle se déploie dans une salle dédiée où les détenus récitent des poèmes et participent à des activités formatrices, illustre une vision où l’humain demeure au cœur des préoccupations.

«Transformer le détenu en citoyen», résume Li Taosuo, directeur de l’établissement. «Notre objectif est une rééducation par le travail, avec un accès à la santé et à l’instruction pour préparer la réinsertion», explique-t-il, insistant sur l’importance des mécanismes de remise de peine.

Une doctrine pénitentiaire assumée

C’est dans ce contexte que le ministre a précisé sa vision. Guillaume Ngefa a d’abord rappelé le rôle central de l’administration pénitentiaire: «La prison et le service pénitentiaire sont une composante essentielle de l’action du ministère de la Justice. Ils incarnent à la fois la protection de la société, l’autorité de l’État et notre responsabilité envers les personnes privées de liberté. À travers cette visite, nous voulons renforcer notre coopération judiciaire et approfondir notre diplomatie judiciaire».

Sanctionner pour transformer

Le Garde des Sceaux a ensuite développé la philosophie qui guide son action: «C’est une opportunité d’échanges mutuels, fondée sur la confiance, l’écoute et la volonté de bâtir des solutions communes. Notre philosophie pénitentiaire repose sur un principe clair : sanction et correction. La peine doit protéger, mais elle doit aussi transformer. Nous croyons à la rééducation par l’éducation, par le travail et par l’acquisition de compétences permettant une réinsertion digne et durable».

Vers une coopération structurée

Avant de conclure, le ministre a insisté sur les perspectives concrètes ouvertes par cette mission: «Cette rencontre ouvre la voie à l’établissement d’un mécanisme structuré de coopération, tant dans le système judiciaire que dans le système pénitentiaire. Ensemble, nous pouvons renforcer nos pratiques, moderniser nos approches et promouvoir un modèle plus humain, plus efficace et conforme aux standards internationaux. Je salue chaleureusement les responsables de la prison pour la qualité de leur accueil et pour leur engagement quotidien au service d’une justice plus juste et plus respectueuse des droits fondamentaux».

Un cadre stratégique pour Kinshasa

Pour Guillaume Ngefa, ce modèle représente une référence pratique, adaptée au contexte de la République Démocratique du Congo. Les défis restent lourds: surpopulation carcérale, infrastructures vieillissantes, accès insuffisant aux soins et à la nutrition, ainsi que des fragilités sécuritaires persistantes. Le ministre a salué la transformation numérique du système pénitentiaire chinois -digitalisation des dossiers, surveillance électronique, intégration des services- comme une piste à considérer pour Kinshasa.

«Nous souhaitons explorer des partenariats concrets pour moderniser et mieux organiser nos prisons», a-t-il déclaré. En somme, cette visite acte l’ouverture d’une coopération judiciaire et pénitentiaire durable avec Pékin, visant à convertir un système critiqué en un levier de réhabilitation sociale et de cohésion nationale.

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