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Katumbi tance Tshisekedi pour le sponsoring de clubs européens: «Un affront aux souffrances du peuple congolais»

Exilé à l’étranger, l’opposant Moïse Katumbi a adressé une lettre ouverte au président Félix Tshisekedi, dénonçant vigoureusement le projet de sponsoring de clubs européens par le gouvernement de la République, estimé à plus de 43 millions de dollars. Pour le président d’Ensemble pour la République, cette initiative est une provocation envers un peuple meurtri par la crise humanitaire et l’effondrement des services publics.

Dans une lettre au ton ferme, Moïse Katumbi n’a pas mâché ses mots. L’ancien gouverneur du Katanga et figure de proue de l’opposition institutionnelle s’indigne du projet de sponsoring de clubs de football européens par l’exécutif national, évoquant une décision «irresponsable et moralement inacceptable».

«Ce projet est un affront aux souffrances du peuple congolais. Alors que plus de 7 millions de déplacés internes vivent dans des conditions inhumaines et que 25 millions de nos compatriotes souffrent de la faim, engager 43 millions de dollars dans une campagne de visibilité à l’étranger est une provocation», écrit-il.

Katumbi dresse un tableau sombre de la situation sociale: des enfants qui meurent de faim, des soldats sous-payés, des écoles délabrées et 65 % de la population sans accès à l’eau potable. Pour lui, «l’urgence en RDC est humanitaire, pas médiatique».

Un projet opaque et illégitime

Le président du TP Mazembe dénonce également l’opacité du processus: «Ce sponsoring,
non inscrit dans le budget national, non débattu au Parlement, et décidé sans transparence, manque cruellement de légitimité démocratique». Il y voit une illustration du «fossé criant
entre les priorités de ceux qui gouvernent et les besoins de ceux qui subissent».

Un football local à l’abandon

Katumbi, fin connaisseur du monde sportif, regrette que cette manne ne bénéficie pas au football congolais, aujourd’hui à l’agonie. Il rappelle que le championnat national a été interrompu faute de budget, incapable de mobiliser 600 000 dollars pour son achèvement.

«On trouve des millions pour des clubs européens richissimes, mais rien pour sauver nos clubs historiques comme Sanga Balende, qui n’ont même plus les moyens de transporter leurs joueurs», s’insurge-t-il. Il critique une logique qui privilégie l’image à l’étranger au détriment des réalités locales: «Voir le nom du Congo sur un short européen vaut-il plus que nourrir nos enfants? Ce n’est plus de la gouvernance, c’est du fétichisme publicitaire financé par le Trésor public», tacle-t-il.

Un appel à la raison

La lettre se conclut sur un appel solennel au président Tshisekedi, pour recentrer l’action publique sur les besoins essentiels des Congolais: «La gouvernance ne se mesure pas à la grandeur des ambitions publicitaires, mais à la capacité à soulager la souffrance, à reconstruire l’école, à soigner les malades. Le Congo n’a pas besoin de publicité hors sol. Il a besoin de solutions concrètes». Katumbi exhorte ainsi le chef de l’État à faire preuve de «conscience et de responsabilité», et à «choisir le peuple».

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