
Le récent discours de l’ancien Président Joseph Kabila a résonné comme un rappel solennel des fondements que notre vie politique semble avoir négligés. Dans un climat empreint de confusion idéologique, de querelles stériles et d’alliances éphémères, sa prise de parole s’est distinguée par sa profondeur, son sens des responsabilités et son attachement indéfectible à la stabilité de la République.
Ce discours n’avait rien d’un appel à la confrontation, encore moins d’une revanche politique. Il s’agissait d’un propos posé, lucide, dénué de passion personnelle, mais riche d’enseignements pour une classe politique souvent encline à l’amnésie stratégique. Après des années de silence, Joseph Kabila n’a ni injurié ni accusé. Il a élevé le débat, diagnostiqué avec clarté et invité à une introspection collective sur les principes républicains et les acquis démocratiques. Hélas, en face, certaines réactions confirment les carences de notre maturité politique.
Que dire de ces anciens proches collaborateurs, jadis chantres du kabilisme, qui aujourd’hui renient publiquement leur passé par opportunisme? Leur empressement à désavouer ce qu’ils incarnaient hier révèle non seulement une profonde incohérence, mais aussi une absence criante d’idéal politique. Beaucoup ont bâti leur carrière sous son ombre, bénéficié de sa protection, parfois même de son indulgence. Aujourd’hui, incapables de débattre sereinement, ils se réfugient dans des attaques ad hominem, croyant prouver leur loyauté nouvelle à travers l’outrage. Une attitude regrettable et déroutante, surtout de la part de ceux qui doivent leur ascension à l’homme qu’ils dénigrent désormais.
Il est tout aussi préoccupant de constater la fébrilité avec laquelle certains membres du gouvernement ont réagi. Comme si une simple déclaration d’un ancien chef d’État suffisait à déstabiliser leur assise. Or, un pouvoir solide et légitime n’a pas peur de la parole d’un ancien; il l’écoute, la respecte, même s’il choisit une autre voie. La maturité politique se mesure à la capacité d’écouter ses adversaires, de débattre sans sombrer dans l’animosité, de bâtir sans effacer le passé.
Le discours de Joseph Kabila n’est pas une menace pour la République, mais un appel à la vigilance et à la préservation de ce qui fait sa solidité institutionnelle. Aujourd’hui, notre démocratie a davantage besoin de sérénité que de surenchère, d’idées plus que d’invectives, de bâtisseurs plutôt que de courtisans. Le ton posé et digne de Joseph Kabila devrait servir d’inspiration à tous ceux qui aspirent à un sursaut d’intelligence politique dans un espace trop souvent noyé sous le vacarme.
Par Deograce Diur, Analyste politique et politologue de formation