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Enrôlement: déficit de kits, lenteur et mauvaise qualité de la carte, ça craint!

Les opérations d’identification et d’enrôlement des électeurs, en prévision des joutes électorales de décembre 2023, ont commencé le samedi dernier dans les dix provinces de la première zone opérationnelle. Des sérieux couacs ont été signalés dès le premier jour. Lenteur, mauvaise qualité de la carte, déficit de kits, etc. autant de maux décriés au point de susciter doute et crainte quant à la capacité de la Commission électorale nationale indépendante -CENI- à enrôler les 20 millions d’électeurs attendus dans l’aire opérationnelle 1 en l’espace de 30 jours seulement.

La CENI de Denis Kadima est-elle en train d’échouer à son premier test grandeur-nature? D’aucuns sont tentés de répondre par l’affirmative au regard des témoignages des personnalités ayant obtenu leur carte d’électeur et des réalités observées dans les différents centres d’inscription. Mardi 27 décembre 2022, deux personnalités, pas de moindre, ont accompli leur devoir civique en se faisant enrôler: le Cardinal Fridolin Ambongo, archevêque métropolitain de Kinshasa, et Martin Fayulu, l’une des principales figures de l’Opposition. Leurs impressions et témoignages sont loin de faire les affaires de la CENI.

«J’ai seulement constaté que la qualité de la carte est on dirait une copie. L’image est en noir et blanc, contrairement à celles qu’on avait avant. J’ai eu comme l’impression qu’en 2005 la carte avait meilleure qualité. Au fur et à mesure qu’on avance, la qualité diminue. Ce serait bien que la CENI veille à cela», a dit le Cardinal Ambongo à sa sortie du centre d’inscription de Saint Raphaël à Limete. Sa réaction a revigoré des quolibets et des critiques déjà acerbes contre la «qualité médiocre» de la nouvelle carte d’électeur. Cependant, certains observateurs se veulent prudents et croient que la CENI prépare son plan de fraude en délivrant expressément la carte d’électeur avec une photo de mauvaise qualité.

«Certains RD-Congolais, notamment dans les grandes villes, participent aux opérations d’enrôlement uniquement pour bénéficier d’une carte d’électeur -seule carte d’identité en RD-Congo. Ce procédé de la CENI vise à les décourager pour les remplacer ensuite par des électeurs fictifs», a estimé Igor Ntumba dans un tweet posté le mardi 27 décembre 2022. La lenteur. C’est l’autre tendon d’Achille de la CENI de Denis Kadima depuis le début des opérations d’identification et d’enrôlement des électeurs. Tryphon Kin-Kiey Mulumba d’abord et, ensuite, Martin Fayulu l’ont déploré après avoir passé successivement 29 et 22 minutes dans un bureau d’inscription afin de se faire enrôler. Ça sent mauvais. La fraude ou le glissement est peut-être dans l’air. Quoi que ces deux concepts ne font cependant pas partie du vocabulaire de la CENI, à en croire Denis Kadima. Pas assez pour empêcher Kin-Kiey Mulumba de se «poser des questions sur la suite».

Fayulu, lui, est allé droit au but en imposant à la CENI de «tout faire pour que tout RD-Congolais en âge de voter puisse s’enrôler». Le leader d’ECIDé a déploré en outre que «plusieurs centres dans l’aire opérationnelle 1 ne sont toujours pas encore ouverts, faute de kits». Ce son de cloche est similaire à celui de l’archevêque de Mbandaka-Bikoro, Mgr Ernest Ngboko, qui a fustigé, au terme de son enrôlement le mardi 27 décembre au Lycée Esengo, des problèmes de logistique auxquels font face les centres d’inscription à Mbandaka, chef-lieu de la province de l’Équateur. A cette allure, il est impossible d’enrôler tous les électeurs, a-t-il affirmé.

«Si à Mbandaka c’est comme cela, alors à l’intérieur, là où il n’y a même pas de route pour déployer le matériel, un mois je crois que c’est insuffisant. C’est vraiment irréaliste! Je crois que l’État congolais va en tenir compte. Autrement, beaucoup de citoyens ne vont pas voter», a prévenu le prélat catholique. La veille, un surprenant trio, composé de Denis Mukwege, le célèbre médecin RD-congolais réputé pour ses actions en faveur des femmes victimes de viol, ainsi que de Martin Fayulu et Augustin Matata Ponyo, deux candidats déclarés à la présidentielle de 2023, a donné de la voix à travers une déclaration conjointe abondamment commentée dans l’opinion.

Dans cette déclaration, les trois personnalités ont alerté sur le risque de fraude électorale, non sans remettre en cause l’indépendance de la CENI et de la Cour constitutionnelle, les deux institutions habilitées à proclamer les résultats des élections. «L’impréparation, le non-équipement de plusieurs centres d’inscription et l’amateurisme constatés dans le chef de plusieurs agents affectés dans ces centres préfigurent le chaos électoral qui nous attend en 2023», ont déploré Mukwege, Matata et Fayulu, dénonçant, dans la foulée, «le caractère non-inclusif du processus électoral en genèse».

Et d’enchaîner: «alors qu’il est impératif de mettre définitivement fin aux crises récurrentes de légitimité à la base de l’instabilité politique et sécuritaire actuelle du pays, le manque d’indépendance de la CENI et de la Cour constitutionnelle ainsi que la promulgation d’une Loi électorale non-consensuelle et taillée sur mesure ne pourront accompagner des élections générales dignes d’une démocratie en 2023, lorsqu’il apparaît évident que le régime en place a confectionné un dispositif de fraude massive». Au-delà d’exiger la recomposition «urgente» de la CENI et de la Cour constitutionnelle, le trio a rappelé à la Centrale électorale que son rôle est «d’organiser des élections transparentes et non de préparer la fraude». Denis Kadima qui jure sur l’organisation des élections dignes de ce nom, va-t-il réussir son pari?

Laurent OMBA

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