Juvénal Munubo: «j’attends l’enveloppe qui sera allouée à la sécurité dans le budget 2020»

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La province du Nord-Kivu est en proie à l’insécurité depuis plusieurs années. Voilà pourquoi le député national Juvénal Munubo Mubi décide d’être très regardant sur l’enveloppe que le gouvernement va allouer à la Défense, mieux à la sécurité, dans le budget 2020. «Je vais axer mes analyses sur la question sécuritaire, connaitre quelles sont les allocations prévues pour la sécurité. C’est pour moi un axe majeur qui fera que je reste dans la commission Défense et sécurité de l’Assemblée nationale pour examiner correctement cette question», a souligné cet élu du Nord-Kivu, précisément du territoire de Walikale. Dans un entretien accordé, mardi 24 septembre,  à «AfricaNews», il a fait savoir que sa plaidoirie portera également sur la réhabilitation des infrastructures pour sortir la circonscription de Walikale du joug du sous-développement. Il s’agit des routes, des écoles et des hôpitaux qui se trouvent actuellement dans un état de dégradation très avancé. Entretien.

Vous étiez élu député national en 2011, puis réélu en 2018. Quel est votre secret?
Mon secret? C’est d’abord le maintien de contact avec ma base électorale du territoire de Walikale. Je n’ai pas coupé de contact avec ce territoire, ni changé mon numéro de téléphone. Et ma voix ne s’est pas éteinte quand il fallait faire parvenir les besoins de mon territoire au Parlement -besoins des routes, d’énergie, de sécurité. Tout cela a été un facteur de succès pour renouveler mon mandat. Cependant, je dois être clair en révélant qu’il n’y a pas eu de grandes réalisations avec l’ancien régime. Nous allons voir cette fois-ci ce que le régime de Félix Tshisekedi fera. J’étais et je demeure dans l’Union pour la nation congolaise -UNC- parti politique qui fait partie de la coalition au pouvoir. Au gouvernement actuel, nous allons adresser les mêmes préoccupations pour que quelque chose soit réalisée. Vraiment, je ne vais pas me taire. Je continuerai à jouer mon rôle de député, celui de porter les problèmes de Walikale au gouvernement, faire des suivis dans l’espoir que notre plaidoyer puisse rencontrer la sensibilité de ceux qui dirigent le pays.

Depuis un certain temps vos interventions se focalisent sur la situation sécuritaire au Nord-Kivu. Comment se présente le climat actuellement?
Il faut savoir qu’il y a beaucoup de groupes armés locaux et étrangers encore actifs dans cette province, ma chère province. C’est le cas des ADF Nalu, qui est un groupe armé très actif dans la zone de Béni. C’est un groupe qui s’est islamisé jusqu’à devenir de plus en plus des terroristes. Puis les FDLR qui restent également actifs et dont leur chef a été tué il y a quelques jours. Enfin, il y a encore les Maï-Maï. Pour mettre fin à cette insécurité qui mine le Nord-Kivu, il faut d’abord afficher clairement une volonté politique, restaurer l’autorité de l’Etat sur l’ensemble du territoire national. C’est de la responsabilité du gouvernement. Voila pourquoi nous attendons du nouveau régime les actions dans ce sens. La tâche nous sera facile si on mettait les militaires dans de bonnes conditions de vie et de travail et si on veille sur le commandement. Je souhaiterai constater sur terrain la réalisation de toutes ces actions. Par rapport aux groupes armés étrangers, ADF et FDLR,  je pense que la solution est simplement militaire. Mais, il faut avoir aussi une bonne collaboration avec la MONUSCO et les FARDC.  Je crois que s’il y a une bonne collaboration entre les FARDC et la MONUSCO, s’il y a une motivation suffisante pour les militaires et une bonne collaboration  entre les  FARDC  et la population locale, nous allons mettre fin à la guerre. Pour les groupes locaux comme les Maï-Maï, on peut y mettre fin à travers le programme de  Désarmement, démobilisation et réinsertion -DDR- parce que ces jeunes gens  sont dans l’armée un peu comme désorientés. C’est un problème d’encadrement de la jeunesse. C’est pourquoi, il faut concevoir un programme attrayant pour que ces jeunes quittent la brousse pour être utiles dans la société. Utiles dans la société pour leur apprendre des métiers et les encadrer à travers différentes activités capables de les motiver à abandonner les armes.

En termes de priorités, sur quels axes comptez-vous vous battre pour rencontrer les attentes de Walikale lors de l’examen du budget 2020?
Je vais axer mes analyses sur la question sécuritaire. Je vais chercher à connaitre quelles sont les allocations prévues pour la sécurité. C’est pour moi un axe majeur pour lequel je vais rester dans la commission Défense et sécurité de l’Assemblée nationale. Autre chose, ce sont des routes parce qu’il n’existe pas de développement sans routes. Je vais plaider pour que l’axe routier Goma-Masisi-Walikale soit réhabilité. Long d’environ 250 Km, il relie la ville de Goma au territoire de Walikale. L’autre axe routier qu’il faut réhabiliter est celui qui part de Bukavu à Walikale. En dehors des routes et de la sécurité, il y a également le problème de l’énergie. Ici, il est important qu’on érige une centrale hydroélectrique étant donné que l’électricité est la base du développement. Car on ne peut pas développer des petites usines de transformation s’il n’y a pas d’électricité. A tous ces éléments, j’ajouterai l’éducation qui exige la construction et la réhabilitation des écoles. Bref, la priorité reste la sécurité, les routes, l’énergie, l’éducation et la santé.

La gratuité de l’enseignement de base qui est constitutionnelle est devenue une réalité. Quel est votre point de vue quand beaucoup d’écoles attendent encore des frais de fonctionnement?
La gratuité est une bonne chose parce qu’elle est recommandée par la Constitution depuis 2006 dans l’article 43 qui stipule que l’enseignement de base doit être gratuit dans les établissements publics. C’est une bonne chose que le Président de la République ait enfin concrétisé cette loi. Mais ce qu’il faut faire, c’est mieux de parler d’une reforme. Je pense qu’il ne suffit pas seulement de dire que l’enseignement devient gratuit mais il faut que l’Etat compense normalement tout ce que les parents payaient avant. Qu’il puisse aussi s’assurer que les enseignants seront payés régulièrement, avec un salaire consistant surtout. Attendons voir dans le budget 2020 les propositions que le gouvernement va nous présenter.

Propos recueillis par Naomi MUSASA

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