Zuma s’en va, Ramaphosa arrive

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Les choses se sont déroulées très vite, sans chercher à tirer en longueur la succession de Jacob Zuma à la tête du pays de Nelson Mandela. L’Afrique du Sud a un nouveau Président élu jeudi 15 février 2018 au Parlement pour succéder à l’ancien Président Jacob Zuma, ayant démissionné à la veille, à la demande de son parti, l’ANC. Cyril Ramaphosa, jusque-là vice-président de la République et président de l’ANC va achever le deuxième mandat de Zuma qui allait prendre fin l’année prochaine. Ce changement à la tête du pays était devenu une préoccupation majeure, car il fallait à tout prix redorer l’image du parti ternie par l’ancien Président éclaboussé par plusieurs scandales de corruption.

 

Sa résistance a été de longue durée. Jacob Zuma a échappé à plusieurs motions de défiance avant que son propre parti l’ANC ne le prenne en grippe pour le pousser à la démission. Alors que l’actualité semblait quelque peu ternie par la triste nouvelle de la mort du chef de l’Opposition zambienne Morgan Tsvangirai, le président sud africain Jacob Zuma a crevé l’écran en annonçant sa démission dans un message télévisé très attendu dans son pays et sur tout le continent. L’homme qui a été élu le 9 mai 2009, n’a pas voulu engager un bras de fer avec l’ANC au point d’encourir le risque d’être évincé par les députés à l’Assemblée où son parti détient la majorité absolue.

 

Une démission très attendue par l’ANC pour redorer le blason terni

Quelques heures avant que le parlement se penche sur une motion de censure contre lui, Jacob Zuma s’est exprimé en ces termes : «Je vous annonce ma démission en tant que Président de la République, avec effet immédiat». Et de poursuivre : «Aucun leader ne devrait rester au delà de la volonté de son peuple ou parce qu’il a peur de ce qui pourrait lui arriver ensuite. C’est grâce à la nomination de l’ANC que j’ai été élu président. Je suis endetté envers ce parti. Je respecte tous ses leaders, son combat contre des années de brutalité de la minorité blanche», a souligné Zuma après que son parti excédé ait exigé sa démission dans les 48 heures. Jacob Zuma reconnait qu’il a servi comme président et comprend parfaitement qu’il a gouverné grâce au soutien de son parti. Sa démission trouve son fondement dans le fait qu’il respecte les préceptes de la Constitution sur la manière dont le président quitte le pouvoir.

C’est à quelques heures seulement de l’ultimatum lui lancé par l’ANC pour démissionner mercredi 14 février 2018, sinon le parti le ferait via les députés à l’Assemblée, que Jacob Zuma a finalement cédé sous la pression de son parti. Il a jeté l’éponge tard mercredi soir et quitte ainsi le pouvoir à reculons, miné par les soupçons de corruption qui ont entaché son mandat.

 

Quand l’espoir des plus pauvres s’estompe…

«Ce sont finalement les affaires qui auront fait tomber le Président sud-africain Jacob Zuma. Il quitte donc la présidence un an avant la fin de son deuxième mandat, embourbé dans les scandales, son image fortement entachée», a rapporté «RFI».

Et de poursuivre: «et pourtant en arrivant au pouvoir, Jacob Zuma représentait l’espoir des plus pauvres. Fils d’une femme de ménage, il ne reçoit aucune formation scolaire, et rejoint l’ANC à l’âge de 17 ans, alors qu’il est un garçon de courses. Des années de lutte contre l’apartheid, il sera emprisonné sur Robben Island aux côtés de Nelson Mandela pendant dix ans. C’est là qu’il apprendra à lire». Puis: «A sa sortie de prison, il rejoint la lutte armée, s’exile, s’occupe des services de renseignements au sein du mouvement. A la fin de l’apartheid, son ascension au sein de l’ANC, devenu parti au pouvoir, est rapide: responsable ANC du Kwazulu-Natal, ministre provincial, il devient vice-président du mouvement aux côtés de Thabo Mbeki».

Puis encore: «En 2007, alors qu’il est accusé d’avoir touché des pots-de-vin dans une affaire de vente d’armes, il réussit tout de même à évincer Thabo Mbeki de la direction du parti avec le soutien de l’aile gauche du parti et les syndicats. Deux ans plus tard, il devient chef de l’Etat».

«L’aile gauche de l’ANC se méfiait de Thabo Mbeki, perçu comme trop distant, trop intellectuel. Zuma au contraire était un homme du peuple ; il était simple, il souriait, il était respectueux. Les gens n’étaient pas intéressés par ses scandales financiers, par les histoires de pots-de-vin dans une affaire de contrat d’armes. Les gens savaient ce que ça voulait que dire d’avoir des dettes. Zuma a grandi avec rien. Son père était un policier qui est mort quand il était très jeune. Il a quitté l’école très tôt pour aller s’occuper des chèvres de la famille. Sa réussite, il la doit à sa volonté de fer. Les gens aimaient ça. Et d’ailleurs si vous allez dans le fin fond du Kwazulu-Natal aujourd’hui, vous trouverez encore des gens qui l’aiment bien», a confié le biographe Jeremy Gordin à «RFI».

Zuma a passé neuf ans au pouvoir sur fond de tumultes politiques. Au centre de scandales après scandales, en tacticien éprouvé, le successeur de Thabo Mbeki est parvenu à naviguer entre les écueils, et à survivre à plusieurs motions de défiance déposées contre lui au Parlement.  «Mais en 2016, l’étau se resserre. La plus haute Cour du pays le reconnaît coupable d’avoir violé la Constitution. C’est le scandale Nkandla: l’utilisation de 18 millions d’argent public pour rénover sa résidence privée», se souvient-on. Il n’est à oublier que la goutte d’eau qui fait déborder le vase: un rapport officiel qui met en cause ses relations controversées avec une riche famille d’hommes d’affaires, d’origine indienne, les Guptas et qui recommande une enquête judiciaire. «A partir de ce moment, le vent tourne, la contestation s’amplifie et les appels à sa démission se multiplient y compris au sein de son propre parti», note «RFI».

Au finish, l’homme a été lâché par son propre parti et il a démissionné. Véritable leçon de démocratie, car l’homme n’est pas au dessus des institutions, y compris son parti qui l’a propulsé à la magistrature. Dès que Zuma a présenté sa démission mercredi soir, les choses n’ont pas tardé, il a été aussitôt remplacé par le vice-président Cyril Ramaphosa, élu président au Parlement jeudi 15 février.

Ramaphosa dans ses nouveaux habits du Président sud africain 

Le nouveau président est considéré comme un vétéran de la vie politique sud-africaine rétabli en hommes d’affaires milliardaire. Sa richesse est estimée à environ 383 millions d’euros. Il était jusque là le nouveau président du Congrès national sud-africain -ANC-, parti au pouvoir depuis 1994 avec l’élection de Nelson Mandela comme le premier président élu démocratiquement à la fin de l’apartheid. C’est également un animal politique rompu. Il était vice-président dans le gouvernement dirigé par Jacob Zuma, à qui il succède à la tête de l’ANC menacé par l’éclatement et éclaboussé par des scandales de corruption. Le parti lui avait confié pour mission de redorer son blason en perte de vitesse dans les urnes.  Dans les années 1960, le jeune écolier à Soweto, Cyril Ramaphosa, avait confié à un ami qu’il serait un jour Président, rapporte «Jeune Afrique» citant Ray Hartley qui vient de publier la biographie «Ramaphosa, l’homme qui sera roi». Et d’ajouter: «malgré sa très courte victoire face à son adversaire Nkosazana Dlamini Zuma, Cyril Ramaphosa est désormais bien placé pour devenir le Président de l’Afrique du Sud après les législatives de 2019, si l’ANC, qui détient les rênes de la nation ‘’arc-en-ciel’’ depuis la fin de l’apartheid, il y a 23 ans, remporte le scrutin». Le destin de l’histoire l’a conduit à la présidence avant même la tenue des élections l’an prochain. Déjà, il part favori.

Le nouveau Président d’Afrique du Sud n’a pas oublié qu’il avait déjà été candidat à la présidence du parti dans les années 1990.

«Les caciques de l’ANC lui avaient finalement préféré Thabo Mbeki, qui succèdera à Mandela à la Mahlamba Ndlopfu House, l’équivalent de l’Elysée française. C’était une défaite d’autant plus humiliante que Ramaphosa était considéré à l’époque comme le dauphin de Nelson Mandela, se souvient Georges Lory, spécialiste de l’Afrique du Sud. Le Président Mandela qui avait vu Ramaphosa à l’œuvre lors des négociations avec les Afrikaners -1991-1993- sur la question de la transition démocratique, disait de lui qu’il était parmi les plus doués de la nouvelle génération», rapporte «Jeune Afrique». Et de préciser: «contrairement aux Zuma ou aux Mbeki, Ramaphosa n’a jamais été contraint à l’exil. Issu par ailleurs de la petite communauté Venda, il craignait moins la répression que les combattants appartenant aux Zoulou ou les Xhosa, les ethnies majoritaires. Né en 1952, fils d’un père policier et d’une mère femme au foyer, le nouveau chef de l’ANC a grandi à Soweto, berceau de la lutte populaire contre la ségrégation raciale. Il était encore au lycée quand il a rejoint des mouvements étudiants militants animés par les idéaux de la Conscience noire de Steve Biko. Il sera condamné en 1974 à plusieurs mois d’isolement en cellule, avant d’être de nouveau jeté en prison en 1976, après les émeutes de Soweto».  Depuis, il a poursuivi sa lutte au sein de l’ANC jusqu’à ce jour où il a été lu Président  de la République pour achever le mandat de Zuma.

Octave MUKENDI

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