Rossy Mukendi sur les traces de Dechade Kapangala

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Les deux dernières marches pacifiques initiées par le Comité laïc de coordination -CLC-, une structure du laïcat catholique de la RD-Congo, ont occasionné la mort de plusieurs personnes, dont Thérèse-Dechade Kapangala Mwanza et Rossy Mukendi Tshimanga. Les deux victimes ont la particularité d’avoir trouvé la mort par balles respectivement dans l’enceinte des paroisses Saint François de Sales de Kintambo et Saint Benoit de Lemba.

Aspirante à la vie religieuse et fille d’un officier de la Police nationale, Dechade a été tuée le dimanche 21 janvier 2018. Pendant que les larmes n’ont pas encore séché et que moult questions trottent dans les méninges sur l’usage disproportionné de la force par les agents de l’ordre dans les lieux de culte, voici que Rossy Tshimanga, 36 ans, vient de tirer sa révérence dans des conditions similaires.

Assistant à l’Université pédagogique nationale -UPN-, sportif et activiste au sein du mouvement citoyen «Collectif 2016», Rossy Tshimanga laisse derrière lui une veuve et deux enfants. Sa cadette, née en novembre dernier, ne connaîtra jamais son père.

Avant qu’il ne soit fauché par les balles, Rossy Tshimanga a aussi légué à la postérité toute une philosophie. «Le peuple gagne toujours», sa pensée de prédilection est sur toutes les lèvres et relayée avec une forte propension sur les réseaux sociaux à travers lesquels Rossy, la veille de sa mort, a livré un témoignage poignant. «Nous allons colorer le sol congolais rouge de notre sang, pourvu que nos enfants ne vivent pas esclaves demain. Quand la mort viendra, je partirai fier d’avoir défendu un idéal. Le peuple gagne toujours», a-t-il posté samedi 24 février 2017 quelques temps avant la coupure d’Internet intervenue vers 22h.

Acteur politique, Rossy Tshimanga l’a aussi été. Il est mort en assumant les fonctions de coordonnateur fédéral Mont-Amba du Mouvement des jeunes révolutionnaires du Congo -MRJCO-, parti politique dirigé par John Mbaya Ntita. Joint au téléphone par «AfricaNews», John Mbaya a dénoncé avec la dernière énergie le meurtre de ce cadre de son parti et a demandé qu’une enquête indépendante soit diligentée afin de sanctionner les bourreaux de Rossy.

Aussi, a-t-il martelé que la lutte pour laquelle Rossy Tshimanga a versé son sang, doit être poursuivie. Pour baliser et aplanir le chemin du processus électoral, John Mbaya Ntita a suggéré la tenue d’une table ronde afin que «les acteurs politiques conviennent de la tenue des élections dans un climat apaisé, car, au vu de ce qui se passe, le peuple n’a pas confiance aux autorités illégitimes et illégales», a-t-il expliqué.

Les déclarations du père de Rossy

Avec un cœur déchiqueté et meurtri, Fernand Ignace Tshimanga, le père de Rossy, a tenu à s’exprimer au sujet du meurtre de son fils. Au micro de «TV5», il a déclaré: «Le sang de mon fils criera vengeance qu’il vente, qu’il pleuve ou qu’il neige». Et de faire savoir: «Il était devenu l’espoir de toute la famille».

Outre Fernand Ignace, plusieurs personnalités ont commenté la mort de Rossy. Sur facebook, Claudel André Lubaya a posté: «D’un cœur plein de chagrin, je rends hommage à un frère de lutte, Rossy Tshimanga Mukendi, tué par une balle au flanc droit tirée par la horde maudite au service d’un pouvoir sanguinaire. Tu as combattu les mains nues, arme idéale de liberté. Tu as échangé ta vie pour notre liberté parce que, comme tu le disais, le peuple gagne toujours. Repose en paix, camarade. Chatouille les pieds de tes bourreaux. Eux, les oppresseurs des idées ferventes. Eux, les violeurs, les pillards. Eux, les tortionnaires du peuple congolais. Ils payeront un jour, leur basse cruauté».

A l’instar de Lubaya, Martin Fayulu n’a pas eu des mots tendres au sujet du meurtre de Rossy. «Nous pleurons Rossy Mukendi, victime de trop du régime illégitime de Kabila, contre lequel nous exigeons des poursuites étant donné que les auteurs de cet assassinat sont très bien connus. Le sang de Rossy crie justice», a déclaré le président de l’Ecidé tout en demandant à la Cour pénale internationale -CPI- de s’activer.

D’autres propos acerbes ont été proférés par l’artiste musicien Lexxus Legal. «Pas très d’humeur à te rendre hommage, je ne pense pas que tu sois en paix. Comment le serais-tu d’ailleurs?», s’est interrogé le rappeur. Et de poursuivre: «c’est dommage que la mort fasse de présentation. Mon humilité restera arrogante face à la bravoure de ton parcours. Tu es ‘une source de motivation pourtant la vague de ta mort me décourage. Te dire ‘‘vas en paix’’ serait tourmenter ton esprit guerrier. Vas seulement, fais ce que t’as toujours su faire. Le combat continue».

Tokis Kumbo, le bourreau de Rossy aux arrêts

Lundi 26 février 2018, la Police nationale a présenté à la face du monde le brigadier Tokis Kumbo comme l’auteur du meurtre de Rossy Mukendi Tshimanga. Lors de cette séance, le porte-parole du Commissariat provincial de Kinshasa, Alphonse Landu Mavinga, a annoncé l’arrestation de Tokis Kumbo «pour avoir tiré des balles en caoutchouc à moins de 20m de la victime». «Ce policier en agissant ainsi voulait défendre son commandant d’unité, en la personne du Commissaire supérieur adjoint Carine Lokeso Koso devant une foule hostile qui les agressait avec Willy Scom Mutampa qui s’en est sorti avec une blessure grave à la tête», a explicité Alphonse Landu Mavinga. Il a rassuré au passage que le policier incriminé sera déféré devant l’autorité compétente pour «violation des consignes». Le bilan de la Police nationale au sujet de cette chaude journée du 25 février fait état d’un mort et de 9 blessés, dont 3 policiers.

Eric Boloko, le martyr oublié du 25 février 2018

L’appel à la marche du 25 février 2018 a connu une mobilisation particulière étant donné que même à l’intérieur du pays des chrétiens catholiques se sont déployés dans la rue. A Mbandaka, le territoire de Mgr Fridolin Ambongo, vice-président de la CENCO et évêque coadjuteur de Kinshasa, la comptabilité macabre indique un mort: Eric Boloko. Du haut de ses 18 ans d’âge, ce jeune écolier de l’Institut Moteyi de Mbandaka, qui se préparait à affronter les épreuves de l’Examen d’Etat, a été abattu par le major Celeo Bondeke alors qu’il regagnait le toit familial après la marche.

Ce major affecté à l’escadron fluvial de Mbandaka et hors service ce dimanche-là, a utilisé son arme à feu pour tirer à bout portant sur Eric et son ami qui se trouvaient à quelques encablures de l’Eglise protestante de Kadelu, au croisement des avenues Ipeko et Révolution. Sur place, Eric Boloko a succombé. Au lendemain de l’assassinat d’Eric, son bourreau a été jugé lors d’une audience foraine et a été condamné à faire la prison à perpétuité. En plus de cette peine, le major Bondeke est sommé de payer une amende évaluée à USD 150.000.

Laurent OMBA

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