Kokonyangi, le bourreau des maraîchères de Kingabwa

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Le ministre de l’Urbanisme et Habitat, Joseph Kokonyangi Witanene, député élu de Pangi dans la province du Maniema, a créé le scandale en signant un arrêté portant attribution des 500 parcelles à nos 500 députés nationaux à Kingabwa, commune de Limete, en plein cœur de la capitale de la République Démocratique du Congo. Triple problème: le gouverneur André Kimbuta Yango, lui-même député national élu de la ville de Kinshasa, avait précédemment mis ce site marécageux à la disposition des maraîchères, la mesure du ministre de l’Urbanisme et Habitat est contestée par certains députés nationaux et le terrain est l’objet d’une querelle entre ces maraîchères et un particulier.

Le 20 mars, sur les antennes de la Top Congo Fm, Joseph Kokonyangi est allé jusqu’au bout de sa logique laissant entendre que «tous les 500 députés, sans distinction de partis, vont bénéficier de cette récompense du gouvernement», justifiant «qu’il fallait récompenser nos parlementaires, notamment les députés nationaux, pour le travail qu’ils ont accompli durant cette législature».

A en croire le ministre, il s’agit «d’une décision hautement politique qui vise à récompenser les députés qui ont durement travaillé durant toute la législature» et la démarche n’a aucune autre motivation.

Aude-là de son caractère discriminatoire -les 108 sénateurs, parlementaires comme les députés, semblent ne pas être concernés-, la mesure du député élu de Pangi risque d’être recalée pour trois raisons. La première: le gouverneur de la ville de Kinshasa André Kimbuta Yango, lui-même député élu de la ville de Kinshasa, avait offert ce site marécageux aux femmes maraîchères de Kingabwa. La deuxième: le bourgmestre de la commune de Limete, Douglas Nkulu, opposé à cette décision ministérielle, a rappelé qu’il «existe une loi sur l’aménagement et la protection des terrains marécageux qui ne permet pas que ce terrain fasse aujourd’hui l’objet d’un lotissement». La troisième raison est liée au fait que ce terrain est l’objet d’un conflit foncier entre les maraîchères et un particulier.  Kokonyangi a cependant préféré botter en touche, évoquant l’ordonnance du Chef de l’Etat N°17/025 du 17 juillet 2017 fixant les attributions des ministères qui stipule entre autres que le ministre de l’Urbanisme et Habitat est en charge des espaces urbains.

Populisme sans scrupule!  

Si le bourgmestre Nkulu, convaincu que «le gouverneur de la ville et le Chef de l’Etat sont du côté des faibles», des électeurs, a laissé entendre qu’il ne se pliera qu’aux textes légaux et non à des déclarations dans les médias, Kokonyangi voit le front du refus s’élargir quand certains collègues députés n’acceptent pas de cautionner son équipée.

«La population est en train de souffrir et on ne peut pas laisser les députés que nous sommes, avec des émoluments et des indemnités de sortie qui nous donnent accès à l’immobilier, contribuer à aggraver les souffrances des femmes pendant le mois que le monde leur dédie. Moi, je n’ai pas besoin d’entrer en conflit avec nos électeurs qui vivent déjà dans la précarité et exploitent ce site pour essayer de supporter leurs familles», a déclaré mardi 20 mars à AfricaNews Floribert Luboto, député PALU élu de Masimanimba, dans le Kwilu.

Avis largement partagé par un autre député MP élu du Mont-Amba, circonscription qui couvre ce site de Kingabwa. «A cette allure, le gouvernement se verrait contraint d’offrir 500 parcelles à 500 députés à la fin de chaque législature, en plus de six mois d’indemnité de sortie. Et le fossé entre les élus riches et les populations pauvres se creuserait davantage», a-t-il asséné, prenant le contrepied de Kokonyangi qu’il a qualifié de «bourreau de nos électeurs, notamment des femmes maraîchères de Kingabwa».

Elue MLC de Basoko, Eve Bazaiba Masudi, a elle aussi été extrêmement sévère avec Kokonyangi. «N’importe quoi! Populisme sans scrupule!», s’est écriée la Secrétaire générale du parti bembiste sur les Réseaux sociaux avant d’interroger: «A quand la récompense pour les fonctionnaires de l’Administration publique pour le travail qu’ils abattent tous les jours? Et les médecins, les enseignants et autres?»

Au-delà de cette série de questions pertinentes, Bazaiba a surtout voulu savoir ce que Kokonyangi compte faire de ces femmes maraîchères qui nourrissent les populations et surviennent au quotidien de leurs familles grâce à ce terrain de Kingabwa. Jusque-là, l’intrépide secrétaire général adjoint de la Majorité présidentielle en prend pour ses casseroles alors qu’on imagine mal qu’il ait pris cette initiative sans penser à des dividendes persos.

Il reste de savoir si, à l’instar de leurs quatre collègues opposés à ce cadeau empoisonné, tous nos 500 députés sauront eux-aussi trancher dans le sens de l’intérêt commun.

YA KAKESA     

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