Abbé Nshole: «Il n’y a pas de raison que Katumbi ne rentre pas en RD-Congo»

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La question sur le retour en RD-Congo de Moïse Katumbi Chapwe, candidat déclaré à la présidentielle de décembre 2018 pour le compte de la plateforme électorale «Ensemble pour le changement», est au cœur d’une grande polémique au pays entre l’Eglise catholique et la Majorité présidentielle -MP. Evoquant cette fois la question de la nationalité, la MP estime que Moïse Katumbi ne remplit pas les conditions pour postuler à la présidentielle à la fin de l’année en cours. Pour le Secrétaire général de la Conférence épiscopale nationale du Congo -CENCO- qui est intervenu sur la radio allemande Deutsch Welle, «il n’y a pas de raison que Katumbi ne rentre pas en RD-Congo».  Lors de son tout récent passage aux Nations unies dans le cadre des consultations sur le nouveau statut à accorder à la Mission de l’ONU pour la stabilisation au Congo -MONUSCO-, l’abbé Donatien Nshole a évoqué le volet décrispation politique de l’Accord du 31 décembre 2016, «sans lequel les élections de décembre 2018 porteront les germes d’un conflit latent».

Après la sortie en pompe, le 12 mars 2018 en Afrique du Sud, de son mouvement électoral «Ensemble pour le changement», Moïse Katumbi Chapwe prépare sereinement ses valises pour battre campagne dans son pays, la RD-Congo, en vue de la course présidentielle de décembre 2018. Mais à la Majorité présidentielle -MP-, on évoque déjà la question de la nationalité pour barrer la route au patron de TP Mazembe. Ce, après l’affaire des mercenaires américains et la condamnation pour «spoliation d’un immeuble à Lubumbashi».

L’Eglise catholique qui a choisi de militer ouvertement en faveur de l’intérêt du peuple RD-congolais, fustige déjà cette nouvelle démarche du pouvoir. Sur la radio allemande Deutsch Welle, l’abbé Donatien Nshole, Secrétaire général de la CENCO qui revenait des Nations unies dans le cadre des consultations sur le nouveau statut à accorder à la MONUSCO, a évoqué le volet décrispation de l’Accord du 31 décembre 2016, «sans lequel les élections de décembre 2018 porteront les germes d’un conflit latent».

Devant le Conseil de sécurité, l’abbé Nshole, qui a par ailleurs pris une part active dans la conclusion, en décembre 2016, de l’Accord de la Saint-Sylvestre, s’est appesanti sur la nécessité pour le Conseil de sécurité de presser le pouvoir de Kinshasa à poser des actes concrets dans le sens de la décrispation politique. Il s’agit, a indiqué le SG de la CENCO, de lever tous les verrous «apparemment artificiels» qui continuent à obstruer la libération de certains prisonniers politiques et le retour sans conditions de Moïse Katumbi en RD.Congo.

A travers les ondes de la radio allemande, Deutsch Welle, l’abbé Nshole a rappelé que «ce n’est pas la CENCO qui a mis le nom de Moïse Katumbi parmi les cas emblématiques» de la décrispation politique. «Ce sont les parties au dialogue qui ont demandé à la CENCO de s’y pencher. Et la CENCO a mis en place une commission d’enquête qui a bien travaillé. Compte tenu des conclusions de cette commission d’enquête, dûment mandatée par les parties au dialogue du Centre interdiocésain, il n’y a pas de raison que Moïse Katumbi ne rentre pas au pays», a-t-il expliqué.

Si, par ailleurs, le SG de la CENCO apprécie des «gestes appréciables» du pouvoir dans le sens de la décrispation, il pense néanmoins qu’il y a encore beaucoup à faire dans cette perspective. Selon lui, les mesures sélectives de décrispation ne vont pas dans le sens d’apaiser les tensions au pays. «Il y a des cas qui restent. On n’a pas intérêt à revenir dans une autre crise dont le plus grand perdant est le peuple RD-congolais», a-t-il signifié. Visiblement, pour l’Eglise catholique, le retour de Katumbi en RD-Congo est le thermomètre par lequel on jugera réellement la volonté du pouvoir à faciliter la tâche à tous les prétendants aux élections de décembre 2018.

Les recommandations de la CENCO à l’ONU

A New-York, des réunions ne cessent de se multiplier sur le nouveau statut à accorder à la MONUSCO au terme de son mandat qui expire le 31 mars 2018. Certes, l’ONU devrait-elle reconduire ce mandat, en donnant à sa mission en RD-Congo plus de moyens afin qu’elle s’implique réellement dans le processus électoral. Au siège de l’ONU, tout devrait se clôturer le 27 mars 2018 par l’adoption d’un nouveau mandat de la MONUSCO, censé entrer en vigueur dès le 1er avril prochain.

Présent à ces assises, l’abbé Donatien Nshole a porté haut la voix de l’Eglise catholique RD-congolaise quant aux moyens à mettre en œuvre pour sortir la RD-Congo de la crise. Il a recommandé aux Nations unies de s’impliquer à fond dans ce sens pour aider la RD-Congo à réussir l’alternance au terme des élections de décembre 2018. Pour l’abbé Nshole, ce passage réellement démocratique par les urnes est le seul moyen de donner au peuple RD-congolais des gouvernants capables de faire face à la crise multiforme qui ronge le pays.

Le prêtre a insisté sur l’impérieuse nécessité de mettre en œuvre l’intégralité des dispositions de l’Accord de la Saint-Sylvestre et de respecter le calendrier électoral. Cependant, l’Abbé Nshole a mis en garde l’ONU contre toute complaisance à ce niveau qui serait une bombe à retardement. «Les élections qui nous ramèneraient à la case de départ seraient un gâchis que la communauté internationale doit éviter», a-t-il averti.

A la fin, l’abbé Donatien Nshole est aussi revenu sur le renforcement du mandat de la MONUSCO en indiquant que cette dernière doit être dotée de moyens juridiques et matériels nécessaires pour la protection des civils, des personnes vulnérables et de leurs biens dans les zones où il y a des attaques et des violences récurrentes.

Selon des sources bien informées, le retour de Moïse Katumbi et la libération des prisonniers politiques, dits «emblématiques», sont classés au Conseil de sécurité de l’ONU parmi les dossiers chauds de ce mois de mars. A New York, on tient non seulement à ce que la RD-Congo réussisse les élections de décembre 2018, mais aussi l’on voudra aussi s’assurer que tous les acteurs politiques vont postuler en toute liberté.

Laurent OMBA

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