72 heures après la marche du 25 février, le Centre de santé et Maternité Lisanga se relève de son choc

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72 heures après la répression sanglante et mortelle de la marche pacifique des chrétiens, le dimanche 25 février, le personnel du Centre de santé et maternité Lisanga de la paroisse Saint Benoit de Lemba se relève de son choc. Les activités à la paroisse, au centre de santé et à la maternité ont repris normalement, mais un climat de méfiance règne, car les responsables de ces structures ont peur et se disent en insécurité.

Mardi 27 févier, vers 9 heures, nous avons franchi la grille de la paroisse Saint Benoit, le secrétariat était ouvert pendant que les autres activités étaient tenues comme à l’accoutumée étant donné que la messe de 6 heures avait été déjà dite.

Ici, le secrétaire n’a pas voulu nous donner une information quelconque sur ce qui s’est passé dimanche, estimant qu’il appartient au curé de parler. Et le curé n’était là. Pour mettre le secrétaire en confiance, nous avons dû nous présenter en détail, car il craignait pour sa sécurité alléguant que les gens non autrement identifiés chercheraient à obtenir des informations sur les horaires de responsables de la paroisse. «Le curé n’est pas là. Vous ne pourrez pas entrer en contact avec lui maintenant, car il n’a pas de téléphone sur lui, celui qu’il avait a été perdu lors de la répression de la marche du dimanche», a confié le secrétaire. Et nous avons compris la peur qui l’animait. De la paroisse, nous nous sommes dirigés vers le Centre de santé et maternité Lisanga séparé de la paroisse par un mur. Nous voulions vérifier les rumeurs qui circulaient selon lesquelles les bébés ont trouvés la mort, asphyxiés par les gaz lacrymogènes lancés par les policiers le jour même de la marche. Le responsable du Centre de santé nous a conduits auprès de la Sœur responsable de la maternité. Cette dernière a également fait appel à une femme accoucheuse pour nous relater ce qu’elle a vécu ce dimanche-là.

Craignant pour leur sécurité, elles ont caché leurs identités et ont refusé d’être photographiées. «Nous avons peur de la Police. Nous savons que nous sommes recherchées. Alors, nous ne voulons pas que nos images soient présentées dans les médias. Nous allons juste vous parler et nous rassurer que vous n’êtes pas envoyés pour nous espionner», ont-elles lâché. Et nous leur avons fait comprendre que le rôle du journaliste n’est pas d’espionner quelqu’un mais plutôt d’obtenir le témoignage de ceux qui ont été témoins d’un élément comme celui de la répression de dimanche.

C’est alors qu’elles nous ferons confiance après nous avoir identifiés comme journaliste. Et le récit commence. «Après messe, vers 9 heures, les manifestants ont voulu sortir dans l’enclos de l’Eglise. Ici à la maternité, nous avions 11 bébés de 48 heures et plus de 5 femmes enceintes qui attendaient. Deux autres femmes étaient déjà en plein travail pour accoucher», a confié la sage-femme. Puis: «Du coup, nous avons entendu de détonation des gaz lacrymogènes et crépitements d’armes. Immédiatement, nous avons fermé les portes. Mais les fidèles pourchassés à la paroisse ont commencé à franchir le mur qui sépare la maternité et l’église pour se réfugier et la situation a généré». Puis encore: «la Police est arrivée devant les portes de la maternité, elle a lancé des gaz lacrymogènes qui ont atteint les bébés et les femmes en plein travail d’accouchement. Nous avons été envahies par la fumée toxique de ces gaz. Immédiatement, les bébés qui ont aspiré ces gaz ont changé de couleur de peau et sont devenus pâles. Nous les avons transférés ailleurs. Mais dans cette confusion, les femmes ont fui et nous sommes restés seulement avec celles qui étaient enceintes». Aux dires de cette infirmière, il n’y a eu aucun bébé qui est mort sur place lors des événements.

«Le seul mort qu’il y a eu, c’est Rossy Tshimanga Mukendi. Lorsqu’il a été atteint par balles, les fidèles l’ont amené ici au Centre de santé et maternité. Nous avons dit que ce cas n’est pas à notre compétence et immédiatement nous avons appelé l’ambulance qui l’a transporté. Il est allé mourir», a-t-elle témoigné.

Le matin de ce mardi 27 février, le Centre de santé et la maternité ont été bondés du monde comme d’habitude. Selon la Sœur religieuse responsable de la maternité, la surprise a été totale. «On nous avait dit que la marche était pacifique, nous étions surpris d’entendre des coups de feu à balles réelles au point de saboter les lieux comme la maternité», s’est-elle plaint.

Et d’ajouter: «l’hôpital est une ambassade où tout le monde peut s’abriter sans être inquiété en cas de danger. Nous regrettons que la Police se soit attaquée à la maternité où il y a des bébés, c’est un crime non justifié contre l’humanité. Les bébés ont aspiré les gaz toxiques». Selon elle, tout le personnel était sous le choc. «Nous étions sous le choc. Mais, aujourd’hui, le travail a repris. Nous ne souhaitons que ce genre d’attaque se répète dans des structures sanitaires dans notre pays», a-t-elle réclamé.

Notons que le Centre de santé et maternité Lisanga est une structure sanitaire de la paroisse Saint Bénoit de Lemba. La maternité a été créée depuis 2007 et totalise aujourd’hui 11 ans. Les statistiques font état de 100 naissances par mois dans cette structure. «Les femmes nous font confiance, car nous donnons des soins de bonne qualité», a déclaré la Sœur responsable. En dépit de la reprise des activités, du côté du Centre de santé et de la maternité, tout le monde parlait de la répression de dimanche sans oublier les voisins de ladite paroisse. La commune de Lemba est devenue l’un de centre de répression depuis l’appel des marches pacifiques lancé par le Comité laïc de coordination -CLC. Lemba est l’une des communes de la ville de Kinshasa qui regorgent plusieurs paroisses catholiques.

Octave MUKENDI

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