Retrait suspect de la plainte contre Kibali Goldmines, Mumba, Kithima et Mpela indexés par les travailleurs de la SOKIMO

0

La masse laborieuse n’y va pas sur le dos de la cuillère. Pour elle, si le retrait de la plainte contre Kibali Goldmines à la Cour internationale d’arbitrage de la Chambre de commerce international parvenait à s’opérer, ce serait à l’avantage des individus qui auraient perçu des pots de vin. Ce, au détriment de 3000 agents et travailleurs de Société minière de Kilo-Moto qui comptent à ce jour 84 mois d’arriérés de salaire. A Moto, dans la province du Haut-Uélé, la délégation syndicale va plus loin. Elle indexe sans tergiverser Annie Kithima, Présidente du conseil d’administration, et Augustin Mpela, directeur général ad intérim de la SOKIMO, qui plus est, un retraité qui attend paiement de son décompte final et de ses arriérés de salaires. Elle invite le Procureur général de la République à considérer la lettre adressée, le 18 juin 2019, au DG a.i., dont copie lui est réservée, comme «une plainte et d’ouvrir une action judiciaire» à charge de ceux-ci pour «avoir détruit les intérêts de l’Etat RD-congolais et de la SOKIMO au profit des sociétés multinationales». Dans ce pays miné par la corruption, où la puissance de l’argent enterre tout patriotisme et rend aveugles, aphones et souvent paraplégiques les autorités, qui pourrait entendre ces cris d’alarme? Jusque-là, les démarches menées par les syndicats pour attirer l’attention du Président de la République sur les magouilles orchestrées à la SOKIMO semblent être étouffées par ses collaborateurs, à moins que ce ne soit lui-même le Chef d’Etat n’y accorde aucun intérêt. 

Colère généralisée à la SOKIMO lorsque les travailleurs ont découvert, le mercredi 12 juin courant, une lettre de la Cour internationale d’arbitrage de la Chambre de commerce international, datée du 29 mai 2019, révélant le retrait de la plainte à charge de Kibali Goldmines déposée le 18 décembre 2018 au Tribunal de commerce de Kinshasa-Gombe, impliquant, en cas d’absence d’objection, le retrait des demandes auprès de cette Cour internationale dans un délai de 10 jours, déjà consommé. La réaction ne s’est pas fait attendre. Le 18 juin, ils ont écrit au conseiller de la Cour internationale d’arbitrage de la Chambre de commerce international. «La représentation de la masse laborieuse rejette toute démarche tendant à mettre fin à cette action judiciaire de grande importance». Entre autres raisons évoquées: «dénonciation du non-paiement des droits -dividendes, droit d’épuisement des minerais- dus à la SOKIMO par la société Kibali Goldmines depuis le début de sa production en 2013»; et «le manque de qualité du DG a.i. Mpela, demandeur du retrait devant la cour». Le 19 juin, le secrétariat de la Cour accuse réception. «Nous invitons les demandeurs à soumettre tous commentaires à cet égard et, ce, pour le 1er juillet 2019 au plus tard», souligne-t-il. Et de préciser: «il appartient au Tribunal arbitral de se prononcer sur toute éventuelle demande». Une petite victoire pour la masse laborieuse de SOKIMO qui met Augustin Mpela et ses commanditaires dans de sales draps.

De l’initiative de la plainte

La démarche auprès de la justice nationale et internationale avait été initiée par le Directeur général Upio Kakura Wapol, suspendu. Grief contre Kibali Goldmines: «Incertitude sur les informations comptables à sa -ndlr: SOKIMO- disposition qui ne lui permettait de se prononcer utilement et de manière éclairée sur l’éventuelle nécessité de procéder ou non à une recapitalisation de Kibali Goldmines et sollicitation du Tribunal de commerce qu’il nomme un expert aux fins de procéder à un examen de la situation comptable de Kibali Goldmines». Pour Upio, l’objectif était de permettre la relance de la SOKIMO, notamment en recouvrant ses dividendes et autres avantages auprès de la société commune Kibali Goldmines, qui produit plus ou moins 3 tonnes d’or par mois, dans laquelle la SOKIMO détient 10% des parts. Un audit réalisé par le cabinet international MAZAR estimait à USD 350 millions la somme qui revenait à la SOKIMO. Curieusement, à en croire une correspondance des syndicalistes, le calcul de ces dividendes sont aujourd’hui tombé en dessous de USD 3 millions. Voilà qui sent la magouille, la corruption, quand on sait qu’Upio Kakura avait refusé USD 50 millions proposés par Kibali Goldmines comme accompte sur les dividendes et autres avantages liés au contrat d’amodation.

Suspension…? Règlement des comptes?

Malheureusement pour Upio, et certainement pour les agents, il sera mis hors-jeu. Opposé à Wivine Mumba, ministre du Portefeuille, dans la vente des actions de la société Mungbwalu goldmines -MGM-, dans laquelle la SOKIMO détient 13,7%, à Vector Resources à hauteur d’USD 250 millions, parce que la SOKIMO n’y a pas été associée et n’en a pas tiré profit, le DG Upio sera suspendu pour trois mois. Et donc aurait dû recouvrer ses fonctions depuis le 21 mars 2019. Mais cela n’est toujours pas fait. Pour la délégation syndicale de Moto, Mumba a tout simplement réglé des comptes à ce DG un peu trop gênant. «Voyant l’incorruptibilité de la personne du DG Upio Kakura, sa hargne à vouloir à tout à prix relancer la SOKIMO», affirme-t-elle dans une lettre datée du 18 juin adressée à la ministre du Portefeuille avec comme objet: «Notre indignation». Dans la même missive, la délégation syndicale accuse la ministre de vouloir saper les intérêts de la SOKIMO. «Vous vous êtes précipitée de le suspendre illégalement pour le remplacer par Mpela…, en lui confiant la mission de saper toutes les démarches entreprises de relance, entre autres le retrait de la plainte de la SOKIMO SA à charge de Kibali Goldmines à la Chambre de commerce international». Et d’enfoncer: «au lieu de protéger la SOKIMO et ses intérêts, vous vous êtes permis au contraire de perpétuer le bradage de ses concessions minières, exigeant à la direction générale de conclure des contrats léonins». Puis d’interroger: «où sont partis les 15% sur les 35 des parts de la SOKIMO dans la joint-venture Giro Goldfield à Giro? A quoi ont servi les USD 250 millions de la vente de la concession AKR à Mungwalu qui a couté le départ du DG Upio Kakura à la tête de la SOKIMO».

Une gestion sur fond de mensonge!

Pour la masse laborieuse de la SOKIMO, la gestion du DG a.i. Mpela, poulain de Mumba, est fondée sur le mensonge. Elle en veut pour preuve un SMS envoyé par le DG a.i. à l’un d’entre eux le 11 juin 2019 à 16 h8’ -heure de Bunia- dont le contenu a été, selon eux, fidèlement retranscrit: «Le retrait de la plainte contre Kibali n’existe pas. C’est comme ça que le paiement de dividendes est envisagé. Pas pour longtemps». Les syndicalistes martèlent que Mpela n’avait jamais exprimé le désir de retrait de la plainte dont il a ignoré l’existence devant la masse laborieuse. «Nous avons déjà un acquis sur les dividendes que Kibali Goldmines nous doit incessamment», avait-il promis aux travailleurs à Kilo et à Moto. A la même date du 18, la délégation syndicale de Moto a aussi lancé un «cri d’alarme» à l’endroit de la présidente de l’Assemblée nationale, Jeanine Mabunda. Les syndicalistes l’invitent à trouver une solution au problème de la SOKIMO. «Si réellement vous êtes une maman RD-congolaise et bienveillante, qui peut oublier ses intérêts d’actionnaire dans Kibali Goldmines, de tout mettre en œuvre, non seulement pour sortir la SOKIMO de cette situation misérable dans laquelle elle croupit il y a dix ans, mais aussi pour appliquer les articles 36 et 58 de la Constitution de la RD-Congo à sa faveur». Cette correspondance a plutôt l’air d’un réquisitoire. Mabunda était, en 2008, ministre du Portefeuille et avait, à ce titre, sous sa tutelle l’Office des mines de Kilo-Moto. «Vous êtes arrivée à faire signer à la SOKIMO des contrats léonins avec Kibali Goldmines, prétextant apporter une bouffée d’oxygène, c’est-à-dire des capitaux frais pour sa relance», rappellent-t-on. Et d’ajouter: «après l’avoir dépouillé de tous ses gisements et mines en plein exploitation, la SOKIMO fut privée de beaucoup des droits liés à cette joint-venture, en l’obligeant de vendre 20% de ses parts sur les 30% qu’elle possédait pour qu’elle devienne minoritaire dans cette société commune». Si dans l’opinion la SOKIMO parait avoir perdu de sa superbe, elle est à en juger par ce qui s’y trame, un véritable vivier pour des individus suffisamment bien placés pour s’y servir en lieu et place de l’Etat RD-congolais et de la masse laborieuse. Le fait que Barick Gold a racheté à hauteur d’USD 18 milliards les parts de Rand Gold dans la société commune Kibali Goldmines, prouve clairement que cette dernière produit énormément des capitaux et a un potentiel très attrayant. Inaction de l’Etat RD-congolais est la preuve d’une complicité. Le ver est dans le fruit!Hugo Robert MABIALA

REPONDRE

Veuillez saisir votre commentaire
Veuillez saisir votre nom