Mumba et Kithima au cœur d’un scandale à la SOKIMO

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Une enquête réalisée dans les couloirs de la Société minière de Kilo-Moto -SOKIMO- met au grand jour un complot organisé contre les intérêts de l’Etat RD-congolais. Des documents officiels: correspondances, mémos des syndicats adressés au Président de la République, échanges entre membres du gouvernement et avec le gouverneur de l’Ituri, pointent du doigt Wivine Mumba Matipa, ministre du Portefeuille, et Annie Kithima Nzuzi, présidente du Conseil d’administration de la SOKIMO, comme actrices clés dans une affaire de bradage du patrimoine de la SOKIMO à Kilo, dans la province de l’Ituri. Le 24 décembre 2018, alors que le pays est en pleine fièvre des élections générales, se conclut la vente des actions de la société Mungbwalu gold mining – MGM-, dans laquelle la SOKIMO détient 13,7%, à Vector Resources. «Près de USD 250 millions seraient volatilisée sans que la SOKIMO en bénéficie», renseigne la direction syndicale de base de Kilo. La transaction a été rendue possible grâce à l’implication de la ministre de Portefeuille, la présidente du Conseil d’administration de la SOKIMO et son DG a.i. Augustin Mpela, alors que l’instance attitrée conformément à l’article 27 des statuts constitutifs de la SOKIMO, le DG de l’entreprise, Upio Kakura Wapol, qui a pourtant démontré l’illégalité de cette démarche, avait été frappé, quelques jours avant la conclusion de l’affaire, d’une suspension pour refus de signer les documents relatifs à cette transaction. Hasard? Pas du tout, soufflent nos sources qui font remarquer que cette cession qui donne à Vector Resources des droits sur la concession 40/P.E.5105, viole l’article 276 du Code minier et les dispositions du contrat de partenariat créant la société commune MGM.

Le peuple d’abord! L’alternance à la tête du pays a suscité de l’espoir d’amélioration notamment des conditions de vie des entreprises étatiques et de leurs travailleurs. A la SOKIMO, 3000 travailleurs -Contribuables RD-congolais- répartis entre le Haut- Uélé, l’Ituri et Kinshasa, accusent près de 80 mois d’arriérés de salaire. Pourtant, la SOKIMO, jadis premier producteur d’or à l’ère zaïroise, a un potentiel à même de répondre à ses charges et pourvoir des fonds au Trésor public. Hélas! Au pays de Lumumba, les appétits égoïstes supplantent souvent l’intérêt général. Et les infos recueillies par nos limiers à l’ex-OKIMO confortent ce postulat.

Le 8 février 2018, la délégation syndicale de base Moto adresse la correspondance N/Ref: SKM/DS-MOTO/N°2/2019 au Président de la République Félix-Antoine Tshisekedi. Elle y dénonce la mauvaise gestion des patrimoines miniers de la SOKIMO par le gouvernement sortant et en énumère les conséquences: «l’arrêt de la production industrielle de l’or par la SOKIMO S.A. suite au non-respect des clauses de contrat léonin par Kibali Goldmine et Mongbwalu Golg Mines, au bradage de ses ressources naturelles à Kilo, à la destruction des usines et mines en 2011 par Kibali Goldmine sous la bénédiction des ministères de tutelles -Mines et portefeuille- au profit des privés, confiscation et spoliation des espaces miniers de la SOKIMO par des partenaires insolvables et entretenues par les autorités de tutelles sortantes, refus de payer les droits miniers par les partenaires, suppression de paiement des royalties à la SOKIMO S.A suite à une révision de contrat taillée sur mesure au profit de Kibali Goldmines, alors que d’autres entreprises d’exploitations minières opérant dans d’autres provinces de la RD-Congo paient les royalties…».

Du bradage la concession 40/P.E.5105: la ministre du Portefeuille et la présidente du Conseil d’administration de la SOKIMO pointées du doigt

Une semaine avant, soit le 1er février 2019, les travailleurs de la SOKIMO avaient envoyé un mémo à Tshisekedi. Le document attire l’attention du Président de la République sur le bradage du patrimoine de la SOKIMO à Kilo dans la province de l’Ituri. Cela concerne la concession 40/P.E. 5105. Mungbwalu gold mines -MGM-, société commune dont la SOKIMO détient 13,7% du capital social, née depuis 2015 n’a jamais présenté son rapport des explorations pourtant annoncé pour 2016, au mépris des clauses des contrats signés avec l’Etat RD-congolais via SOKIMO. Curieusement, MGM va solliciter et obtenir l’appui de la ministre du Portefeuille et de la présidente du Conseil d’administration de la SOKIMO pour la cession de ses droits d’exploitation sur la concession 40/P.E.5105 à Vector Resources.

La suite connait une célérité hallucinante. Nous sommes à la veille des élections générales en RD-Congo. Le 12 décembre 2018, la ministre Wivine Mumba dont le mari, Simon Tuma-Waku, est le chairman de Mungbwalu Goldmine, avalise la transaction à travers la signature de la lettre N°Réf:N°1584/MINPF/AY/FL/WMM/2018 dont l’objet «Partenariat MGM-VECTOR». Le 19 décembre 2018, Annie Kithima lui emboite le pas. Elle signe la lettre N/Réf: SKM/C.A/PCA/AKZ/043/2018 portant sur «Partenariat MGM-Vector Resources». La SOKIMO n’a pas été associée à la création de cette joint-venture. «Près de USD 250 millions se serait volatilisés sans que la SOKIMO en bénéficie», renseigne la direction syndicale de base de Kilo.

De quoi s’agit-il en clair?

Pour l’intersyndicale, il s’agit d’un complot de bas étage orchestré par Monsieur Guy-Robert Lukama, Directeur général de Mungbwalu Goldmine, au profit de sa société privée dénommée Mungbwalu goldfield investment holding 6, actionnaire ne détenant que 0,005%  du capital social de MGM, soit 1 action, en complicité avec Vector Resources contre les droits de la SOKIMO et de ses travailleurs. «Nous n’acceptons pas qu’un actionnaire à part aussi minime organise une mafia en créant une société dont il est actionnaire unique -Adidi Kanga Ressource, AKR- et de facto brade le patrimoine de la société commune auprès des tiers -Vector Resources- sans se conformer au Code minier et aux accords dûment signés par les parties pour la création de AGK-MGM -Ndlr: AGK est né du partenariat Anglo gold Ashanti et SOKIMO», cognent-ils. Autre hic: la société AKR est créée pour les besoins de la cause en mars 2018.

Or, le 17 septembre 2018, le gouverneur de l’Ituri, dans la correspondance N°01/JAPM/3036/CABPROGOU/PI/2018, avait sollicité au Président Joseph Kabila, à l’époque, la résiliation du contrat de MGM qui «depuis sa conclusion en 1995 et ses différentes évolutions, à savoir KIMIN-AGK-MGM, n’a connu aucune opérationnalisation à même d’impulser le développement socio-économique de la province de l’Ituri». Point de vue partagé par Martin Kabwelulu, ministre des Mines, dans un accusé de réception daté du 11 octobre de la même année et par les travailleurs de la SOKIMO dans les différents mémos et correspondances.

Irrégularités

Rien n’intrigue plus que le revirement de la ministre Mumba. Le 8 décembre 2018, elle prend des mesures conservatoires à l’attention des mandataires dans sa lettre N/Réf:1570/MINPF/AY/FL/WMM/2018. Elle leur «interdit de conclure des nouveaux engagements financiers, marchés et de signer des contrats, à l’exceptions des dossiers dont la conclusion requiert célérité dans l’intérêt de la société. Elle leur interdit également la cession, transfert et aliénation des actifs de l’Etat». Et le 12, dans une correspondance susmentionnée, Mumba autorise la signature d’un contrat, non seulement en violation de ses propres directives, mais surtout en défaveur de la SOKIMO, donc de l’Etat RD-congolais. Dans sa correspondance n°CAB/PM/MDPM/OMD/2018/4416 du 20 décembre 2018, la primature avalise la position de Mumba et donne des instructions au ministre des Mines. «Ses instructions violent les dispositions du Code minier et celles relatives à la collecte des recettes publiques au profit du Trésor quand elle décide de différer les échéances de paiement des droits superficiaires à une date incertaine», déplore-t-on. Les travailleurs de la SOKIMO sont formels. La signature du contrat MGM-Vector Resources a été illégale et irrégulière. Et ce, pour quatre raisons: violation du Code minier et des accords MGM-SOKIMO; défaut de qualité dans le chef du DG a.i., Augustin Mpela Wa Kindombe; incapacité de MGM à mobiliser les moyens pour être en règle avec la SOKIMO, avec ses propres travailleurs et aussi bien avec les communautés riveraines que pour faire l’exploitation minière; Incompétence des personnes ayant autorisé l’opération de transfert. «Cas de la ministre du Portefeuille expédiant les affaires courantes et de la présidente du Conseil d’administration de la SOKIMO pour défaut de qualité», martèlent-ils.

A Moto, Kibali Gold roule la SOKIMO. Le DG avait initié un audit du partenariat avec le concours d’un cabinet international

A Moto, la situation de la société RD-congolaise n’est pas plus enviable qu’à Kilo quand bien même les affaires de Kibali Gold sont florissantes. Le 3 avril courant, le Président Tshisekedi a rencontré, aux Etats-Unis, le président exécutif du Conseil d’administration de Barrick Gold corporation, John Thornton, qui partage des parts dans Kibali Goldmine avec son partenaire Anglogold Ashanti. Les deux personnalités ont convenu du développement du secteur aurifère en RD-Congo. La question est: au profit de qui? Aujourd’hui, la SOKIMO se trouve être le parent pauvre dans Kibali Goldmine qui exploite la concession 38 à Kilo. Tenez: à la création de Kibali Goldmine, la SOKIMO détenait 30% des parts. Et deux ans après, le Comité de gestion de la SOKIMO vend 20% de ces actions avec la bénédiction d’Adolphe Muzito, alors Premier ministre. L’ex-OKIMO ne verra pas la couleur de l’argent sorti de cette transaction, martèle les travailleurs. Pis encore: la SOKIMO ne bénéficie pas des dividendes des 10% restants. Parce que, son partenaire Randgold, avançait devoir d’abord rembourser les crédits contractés pour les différents travaux jusqu’à la production du premier lingot en 2013. A ce jour, à Kilo-Moto rien n’a changé. La société commune Kibali Goldmine ne profite pas à SOKIMO qui n’a du reste pas de représentant valable au sein du Conseil d’administration pour défendre ses intérêts.

L’audit de la gestion de Kibali Goldmine a pour objectif d’assurer la mise en œuvre du partenariat de manière équilibrée pour toutes les parties prenantes, un contrat véritablement gagnant-gagnant. Ce qui n’est pas le cas. En effet, des sources renseignent que la production moyenne de Kibaligold varie entre 1,5 et 2 tonnes/or le mois. Malgré ces chiffres, la SOKIMO se retrouve dépouillée de ses gisements, ses mines, ses complexes industriels, son barrage électrique de Nzoro. Alors que les clauses du contrat et le protocole d’accord prévoient que Kibali Goldmine accorde à la SOKIMO, entre autres, une assistance financière et technique, une rétrocession d’un gisement économiquement exploitable, une nouvelle mine moderne avec des nouvelles technologies, une nouvelle usine en remplacement de celle détruite par KGM en 2011 à Moto sous la bénédiction des ministères de tutelle, des royalties sur la production aurifère, les paiement des dividendes, etc. Ce qui n’a jamais été réalisé.

L’Affaire Mazoka Ressources

On pourrait croire que tout le monde s’est donné le mot pour dépouiller la SOKIMO. Dans les couloirs de celle-ci, on chuchote qu’il y aurait un réseau maffieux qui travaille non seulement dans le sens de récupérer au maximum ce qui aurait pu profiter à la SOKIMO mais également de vider autant que possible les caisses de cette dernière. On en veut pour autre preuve, le dossier Mazoka Resources. «La société de droit sud-africain Mazoka a conclu avec SOKIMO SA un contrat en vertu duquel Mazoka a joué un triple rôle cumulé dans l’exécution du projet de traitement des tailings à Nizi, à savoir: Primo, le rôle de prestataire de services en tant qu’opérateurs du projet; secundo: celui de fournisseur d’équipement et de transport; tertio: le rôle d’apporteur de financement et d’identification de potentiels investisseurs», explique une correspondance du DG de la SOKIMO. Un rapport adressé à la ministre du Portefeuille, en mars 2018, soulève quelques manquements graves de Mazoka constatés après évaluation par une commission d’experts de la SOKIMO. Il s’agit, entre autres de l’inexistence d’une étude de faisabilité, des défaillances techniques imputables à Mazoka ayant entrainé l’arrêt de l’usine de Nizi, l’existence d’indices sérieux de surfacturation d’équipements fournis et de prestations de services. L’on y souligne surtout «l’existence d’un réseau interne des bénéficiaires d’un système frauduleux de facturation et de paiement mis en place en intelligence tacite ou active avec le prestataire, fournisseur des matériels et apporteur d’un financement hypothétique». D’où la résiliation du contrat Mazoka.

Scandale social

Un sombre tableau où la SOKIMO est asphyxiée au profit des quelques RD-Congolais et  sociétés capitalistes étrangères. Fin juillet 2018, le Directeur général de la SOKIMO, Upio, a dû remplir une obligation légale opposable à toutes les entreprises de l’Etat. Ce, malgré l’évidence que la SOKIMO qui loge le diable dans ses caisses ne saurait assurer le décompte final de chacun des retraités. Environ 800 agents, ayant atteint ou dépassé 65 ans d’âge, ont reçu notification de leur mise à la retraite comme le prévoit les dispositions de la nouvelle loi sur la sécurité sociale. «La procédure de mise à la retraite prévoit que les personnes éligibles, prise en charge par la CNSS, perçoivent un salaire d’attente à la société le temps que l’entreprise dispose des moyens conséquents pour leur payer le décompte final. Cela se fait déjà dans d’autres entreprises et ça ne pose pas problème», rassure-t-on. Par ailleurs, les différents mémos adressés au Président de la République insistent particulièrement sur le fait que le gouvernement, principal responsable de la situation de la SOKIMO, alloue des fonds pour un départ à la retraite honorable des agents de l’ex-OKIMO. Depuis, Augustin Mpela qui assume l’intérim de la direction générale, lui-même directeur à la retraite, fait un rétropédalage. En janvier 2019, il réhabilite tous les retraités, bien que la procédure de leur prise en charge à la CNSS ait déjà été entamée. Motif évoqué: la SOKIMO n’a pas d’argent pour payer les décomptes finals de ces 800 retraités. A l’ex-OKIMO, beaucoup s’interrogent encore sur la pertinence de cette décision qui viole la loi, si ce n’est que Mpela l’a fait pour des raisons égocentriques! A Félix Tshisekedi d’y mettre de l’ordre.

Tino MABADA

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