Les limites de la démocratie représentative en RD-Congo, la représentation miroir comme perspective et alternative

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Il s’avère évident qu’au sein d’une société humaine surgissent de temps à autres des différends et même des contradictions qui nécessitent la mise en place d’une réglementation politique.

A l’époque antique, l’absolutisme du pouvoir, notamment la monarchie absolue, l’autocratie et la dictature, avait montré ses limites. L’exercice du pouvoir absolu détenu par un monarque ne pouvait nullement aboutir à un développement intégral de tout citoyen au sein d’une société, ce qui poussait le peuple à s’opposer à ces systèmes totalitaires, à travers des revendications en vue de récupérer le pouvoir et de l’exercer à son souhait «contrat social».

Pour ne pas plonger dans un désordre généralisé et ne trouvant aucun mécanisme d’exercice de son pouvoir, le peuple pouvait choisir ses représentants pour un exercice républicain du pouvoir. C’est l’ère de la «Démocratie». La problématique serait de savoir si cette démocratie représentative constitue un facteur de paix sociale et du développement.

Dans son exposé de motif, la Constitution de notre pays a, d’une part, relevé la principale cause des crises politiques récurrentes: la contestation de la légitimité des institutions et de leurs animateurs. D’autre part, elle met en exergue les injustices sociales, la discrimination fondée sur le régionalisme, le tribalisme, le népotisme et autres comme facteurs des crises dans notre société.

La solution à la première préoccupation serait de mettre en place un cadre constitutionnel sur base duquel le peuple RD-congolais se choisirait librement ses dirigeants.

Peu à peu, notre pays fait un pas vers l’intégration de la population dans les affaires de l’Etat. Le principe selon lequel le peuple dispose des représentants à la tête des institutions répond à l’esprit des principes démocratiques et du respect de sa souveraineté populaire. C’est une nouvelle donne qui rend au peuple son pouvoir détenu depuis par un monarque -dictateur- afin de l’exercer à travers ses représentants.

Considérant cet aspect sociologique des faits, il y a bien des questions à se poser: la démocratie représentative telle que prônée dans notre pays a-t-elle résolu, dans son entièreté, les contestations sur la représentativité au pouvoir? Toutes les couches de la population se sentent-elles représenter dans les institutions du pays?

Autant de préoccupations à développer pour arriver à des solutions définitives.     

I. Définition des concepts

1. Définition du concept Démocratie

Il y a plusieurs définitions du concept «démocratie». Nous préférons dire de la «Démocratie», un régime dans lequel le peuple demeure au centre de toute impulsion politique. C’est lui qui exerce le pouvoir à travers ses représentants; c’est pour ses intérêts et son épanouissement que le pouvoir fonctionne. Ce nouveau système d’exercice du pouvoir par le peuple à travers ses représentants se heurte à des obstacles qui empêchent certaines catégories de la classe sociale à se sentir moins ou pas du tout représentées. Face à cette défaillance de la démocratie représentative qui favoriserait une frange de la population au détriment d’une autre et qui, à la longue, pourrait provoquer des frustrations, des contradictions et des mécontentements dus à l’exclusion et qui peuvent aboutir à des crises politiques pouvant dégénérer en rébellion armée, «la représentation miroir» nous parait résolutoire à cette défaillance qui résulterait du défaut de la représentativité de toutes les couches sociales.

2. La représentation miroir

La représentation miroir est une photocopie de la population représentée par chaque catégorie de personnes qui se ressemblent à travers leur culture, leur morphologie, leur phénotype, et ceux partageant le même environnement géographique, le cas de la Diaspora. Elle est une représentation inclusive de toutes les couches de la société. Dans un immense pays de 2.345.000 Km2 de superficie avec une population avoisinant les 100 millions d’habitants et 2.500 ethnies, le système de la démocratie représentative avec comme mode, la représentation miroir, paraît le mieux adapter pour résoudre la crise de légitimité afin que toutes les couches de la population puissent se reconnaître à travers leurs représentants.

Le député mandaté doit refléter son mandant, être le miroir de sa société. Cela conduit à la discrimination positive qui exige un quota de chaque couche sociale, notamment la minorité à se sentir représenter dans les institutions. Il est sans nul doute évident que chaque catégorie de la population a ses aspirations ou ses revendications. A titre indicatif, les personnes vivant avec handicap -les albinos, les sourds-muets, les aveugles, les invalides, les pygmées…- ont toujours caressé l’espoir de voir un de leurs dans les institutions du pays en vue de faire entendre leur voix. Nous citerons, en outre, la problématique sur la parité homme-femme qui n’a pas résolu le problème de la représentation et qui ne cesse de faire couler encre et salive en RD-Congo. Les femmes se sentent jusqu’à ce jour, moins représentées par rapport aux hommes dans les institutions de la République. Tous ces problèmes doivent être résolus par une représentation équitable et équilibrée de toutes les couches de la population. Voilà pourquoi une «discrimination positive» s’impose comme piste de solution à ce que nous considérons comme crise.

3. Discrimination positive

Selon le lexique de science politique, la discrimination positive est l’ensemble des dispositions juridiques visant à favoriser l’accès à l’éducation et/ou à l’emploi des groupes souffrant de désavantages sociaux. Aux Etats-Unis, ce principe fut appliqué en 1960 pour faire bénéficier une catégorie de la population d’un traitement préférentiel.  Le fait de favoriser une frange de la population considérée comme minoritaire pour arriver à l’équilibre sociologique, nous parait évident et positif. Etant donné que la démocratie représentative favorise la majorité au détriment de la minorité et que cette dernière crie à la discrimination, la discrimination positive nous paraît résolutoire et équilibriste. La Constitution de notre pays dans son préambule met beaucoup plus l’accent sur l’égalité de tous, des sexes. En d’autres termes, la Constitution est favorable à la représentation de toutes les couches de la population dans les institutions. A titre illustratif, l’on a assisté lors des Concertations nationales de 2013, à une manifestation des albinos à l’entrée du Palais du peuple, réclamant leur représentation à ces assises. Aussi récemment, après la publication du gouvernement, les ressortissants de la Mongala ont-ils manifesté leurs mécontentements pour leur non-participation dans le gouvernement. Ils les ont fait part au Premier ministre et au Chef de l’Etat sans tenir compte de leurs appartenances politiques. A chaque fois qu’il y a publication d’un nouveau gouvernement, on voit toujours les ressortissants d’une province, territoire ou ethnie, se réunir pour fêter la nomination de l’un de leurs. Comme pour dire que nous aussi, nous sommes représentés. L’exemple le plus récent, c’est les Anamongo -association culturelle réunissant les Anamongo des anciennes configurations de provinces Maniema, Kasaï, Province Orientale, Bandundu, Equateur. 

La représentation que ces ressortissants saluent n’est pas du type de la démocratie représentative, mais du type miroir qui se rapproche de la démocratie «consociative», terme forgé par le politiste Arend Lijphart, alliant «consensus» et «association», pour désigner les régimes démocratiques qui font une place particulière à différentes communautés religieuses ou linguistiques, en droit ou par convention.

II. Forme des démocraties

Il y a plusieurs sortes de démocraties, mais nous retenons ici: la démocratie représentative de type universel et la démocratie directe.

1. La démocratie représentative de type universel

Une démocratie représentative qui est de type universel, la représentation ne tient pas compte de la race, du genre, de la morphologie ou du phénotype. Dans une démocratie indirecte -démocratie représentative-, le peuple choisit ses représentants dans les institutions du pays, tandis que dans une démocratie directe, le peuple n’a pas besoin des représentants pour décider, il le fait directement. C’est le type de démocratie qui s’exprimait en Grèce antique, dans l’Agora.Dans notre temps, la démocratie directe s’exerce lors des referendums populaires, comme c’est le cas de notre pays lorsqu’il a fallu adopter la Constitution en février 2006 qui régit actuellement notre pays, on fait recours à la démocratie directe, le peuple approuve directement par oui ou non. En dehors de ces deux formes de démocraties, il y a la démocratie «partidaire» où les partis politiques sont au centre de la conquête du pouvoir. Depuis l’accession de notre pays à l’indépendance, on peut dire que toutes ces formes de démocraties ont été expérimentées dans une certaine mesure dans notre pays. La démocratie du type miroir est une représentation spécifique de ses semblables et des comparables qui tient compte de race, ethnie, groupe social, groupe religieux, handicapé, albinos, etc.

La démocratie est, certes, un régime de la majorité mais il faut protéger la minorité, sinon la spécificité peut s’accommoder surtout en RD-Congo. Avec la représentation miroir dans notre pays, on éviterait l’exclusion et la crise de légitimité qui crée la frustration voire les rébellions, comme l’a épinglé notre Constitution dans son préambule. La loi sur la parité homme-femme n’a pas résolu la sous représentation des femmes dans les institutions. C’est une variante de la représentation miroir qui voulait résoudre le problème de la représentation des femmes, jusque-là exclues dans la sphère des décisions. Le système proportionnel permet la représentation dans les assemblées de toutes sensibilités politiques dans un pays, particulièrement le nôtre. Mais, elle ne résout pas le problème spécifique de la représentation -Groupe ethnique, religieux, etc. Le cas de l’exclusion des Banyamulenge peut aussi être évoqué dans le cas de la représentation pour appuyer la raison d’expérimenter la représentation miroir.

En définitive, la démocratie représentative ayant montré ses limites, il faudrait expérimenter la représentation miroir qui est le reflet d’un Congo uni dans sa diversité. Ce type de représentation inclusive aura répondu aux attentes des millions de personnes qui ne se sentent pas représenter dans les institutions provinciales et nationales du pays.

Elle aura le mérite de mettre fin aux multiples crises de légitimité qui ont souvent dégénéré en rébellion, comme l’a fait remarquer notre Constitution dans son préambule. Plusieurs penseurs ont défini la démocratie, tous sont unanimes que dans ce régime, le peuple est au centre, il est l’acteur, il est le bénéficiaire, il est l’ordonnateur et le contrôleur.  Après toutes ces définitions, nous aimerons innover en définissant la démocratie d’une manière arithmétique.

La démocratie est l’addition, la multiplication et non la soustraction et la division. Cette définition se rapproche de la logique de la démocratie de la représentation miroir qui prône d’ajouter sur la carte politique, toutes les couches de la population et non les soustraire. L’addition et la multiplication de toutes ces forces politiques, ethniques, linguistiques, raciales feront la force de la RD-Congo. Ce serait consacrer l’unité dans la diversité. Ne dit-on pas que l’union fait la force, l’union fait la paix, l’union engendre le progrès?  

Moïse Moni DELLA IDI

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