L’affaire qui gangrène Congo Airways

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Jusque-là, les principales victimes ont fait bon cœur contre mauvaise fortune en  observant scrupuleusement la loi de l’omerta décrétée en interne par la hiérarchie. Mais, la marmite des revendications socioprofessionnelles des nationaux a tellement bouilli que le couvercle qui la couvrait comme une chape de plomb, a fini par voler en éclats.

Contrairement aux habitudes, le tocsin est sonné par un cadre de commandement de cette entreprise. Ce brulot circule sous le manteau. Et comme tout finit par se savoir dans la profession, les temps ne sont plus éloignés où le boa sera éventré au grand jour. Stupeur. Comment des gens aussi discrets peuvent se départir de leur réserve pour fustiger cette discrimination -le mot est lâché- qui maintient les compétences RD-congolaises au sous-sol du développement au profit des expatriés pendant que les premières citées détiennent tous les atouts pour assumer les fonctions de commandement?

Sous d’autres cieux, des revendications d’une telle pertinence sont encadrées par le mouvement syndical. Renseignement pris, Congo Airways ne disposerait pas d’une délégation syndicale à ce jour. Quid du syndicat des pilotes en RD-Congo? Une coquille vide dont l’inefficacité et la malléabilité sur toute la ligne crèvent les yeux, selon un copilote d’une autre compagnie aérienne privée.

Que dire des institutions en charge de la protection de l’emploi des nationaux ramenées au diapason de simples caisses de résonnance à la merci totale des expatriés qui ont la bourse bien garnie. Ces dossiers qui font les choux gras des médias de proximité ne se limitent nullement aux confins de petites unités de production. Même certaines grandes entreprises portées à bout de bras par l’Exécutif sont gangrenées par ces luttes d’influence et les discriminations d’une autre ère.  L’abcès vient d’être crevé. L’auteur de ce document incendiaire qui circule sous le manteau, n’est pas allé par quatre chemins en mettant sans ménagement le doigt dans la plaie. AfricaNews s’est procuré par ses canaux une copie de ce mémo sulfureux intitulé «la prise de contrôle de Congo Airways par les Tunisiens». D’emblée, l’auteur cite nommément les pilotes engagés les 6 derniers mois au sein de Congo Airways. Il s’agit notamment de Arbi Klilib,  Mekhi Barhoum, Tarek Labidi, Mohamed Abdel Bagi et Ben Hamed Karim, nommés en août 2018.

La gangrène!

Devant cette consommation excessive des pilotes étrangers, n’a-t-on pas le droit de tirer la sonnette d’alarme, ni de s’indigner? Pourquoi l’embauche des pilotes de différentes origines et provenances s’opère sans problème sur le Bombardier Q400? Ce n’est pas crédible de dire que ce ne sont que les Tunisiens et leurs recommandés qui acceptent de venir en RD-Congo?, s’interroge-t-on. Depuis trois ans, un autre commandant instructeur examinateur tunisien Samir Sariati est opérationnel, révèle le doc. Entretemps, d’autres examinateurs réputés pour leur rigueur dans la stricte application de la règlementation en vigueur dans la profession ont été contraints à mettre la clé sous le paillasson.

Tenez: «départ de Fabrice Rabenoro de son plein gré, sans problème. Expulsion de Sébastien Normand pour refus d’octroi de licence suite aux observations sévères formulées en vol au commandant Pascal Kasongo. Démission d’Angelo Ledda, découragé par les mascarades et tentatives de manipulation du service de la formation tenu par le commandant Pascal Kasongo à l’époque. Jet de l’éponge par Valentino Mongelluzzo, ancien directeur de formation, suite aux désaccords et manipulations dans ce service», fait-on savoir.

Pour une compagnie encore au stade des balbutiements, cette valse des démissions en cascade interpelle. D’où toutes ces inquiétudes face aux frais payés par les pilotes qui ont osé rapporter des incidents avec les instructeurs tunisiens. Loin d’être un acharnement, ce document détaille:

Luc Strypstein aujourd’hui chez CAA, a dû démissionner, non sans avoir au préalable informé le directeur de son refus d’avoir jamais à faire avec l’examinateur Barhoumi, à cause d’un incident mettant en exergue l’intégrité de l’instructeur.

Valentino Mongelluzzo, ancien Directeur des formations, a aussi fini par démissionner. Xavier Bruyndonckx, ancien Directeur des opérations, a claqué la porte suite à cette lutte de prise de contrôle qui se joue essentiellement par le biais des instructeurs et examinateurs.

Se penchant sur le cas Hubert Chanut, l’auteur indique que ce copilote a passé un assessment au simulateur avec le directeur des opérations Xavier et l’examinateur Barhoumi Mekhi. Ce dernier a établi un faux rapport, contesté par le Directeur des opérations habilité à décider de l’engagement ou pas. Ce duel a persisté pendant des mois. Cet instructeur a été accusé pour la deuxième fois des problèmes d’intégrité parce qu’il voulait ramener un copilote tunisien à la place.

Alors qu’on la croyait à l’abri de cette guerre des tranchées, Mme Gueda Yav Wicht, la seule pilote employée par la compagnie, a subi cette  oppression. Selon nos sources, après la plainte touchant à son  intégrité ainsi que les pressions subies depuis son upgrade, en dépit du fait qu’elle soit le cinquième pilote à s’en plaindre, aussi curieux et renversant que cela puisse paraître, ce sont les avis des mêmes personnes dénoncées par elle qui sont de nouveau requis par la hiérarchie. D’où cette question pertinente qui trotte dans tous les esprits: où sont passées les valeurs d’égalité des chances et de transparence au sein de Congo Airways?

Situation déplorable des hôtesses ou personnels navigants de cabine -PNC-

Ce document dénonciateur ne se limite pas aux pilotes. Le personnel navigant de cabine n’est pas mieux loti. Les hôtesses RD-congolaises seraient tyrannisées par un chef PNC tunisien Nabil Aref, logé aux frais de la princesse au Memling avec un package de 10.000 USD. Ses critères de choix discriminatoire sont plus que subjectifs. Les hôtesses de l’air qui ne sont pas de son goût, se contentent d’une portion congrue tandis que celles qui répondent favorablement à ses avances sont programmées sur les vols vers Johannesburg. Le personnel féminin est l’objet de harcèlement sexuel. Celles qui lui opposent de la résistance, ont la vie dure. Les filles passent de durs moments, contraintes de se plier aux extravagances de ce dictateur.

A en croire le même document, Nabil Aref s’est farouchement opposé à la formation des instructeurs cabines RD-congolais. Comme cela ne pouvait continuer, la résistance de quelques professionnels en interne a fini par porter des fruits avec la propulsion de deux instructeurs PNC. Elles sont du reste constamment harcelées par le chef PNC dont les sanctions abusives frappent toutes celles qui résistent ou se plaignent. Comment ne pas tirer la sonnette d’alarme devant les privilèges réservés aux parents des pilotes ou des petites amies de la bande qui mène la danse?

Les RD-Congolaises sont sous la coupe des abus de pouvoir. On a enregistré plusieurs plaintes des problèmes causés pour l’attitude impropre de ce chef PNC, mais rien n’y fait. Ses protecteurs sont toujours avec lui. Les personnes engagées pour la cause des femmes, ne peuvent accepter ce à quoi elles assistent. Ce traitement inhumain et dégradant réservé aux hôtesses de l’air RD-congolaises est très déplorable et révoltant.

Certes, tous les expatriés ne sont pas à verser dans le même panier. C’est le cas notamment d’un autre instructeur PNC tunisien Fayala dont le professionnalisme inspire à la fois confiance et respect. Le brulot l’affirme: la RD-Congo a des chefs-cabine assez expérimentés qui pourraient être chefs PNC. Après trois ans d’exploitation, son auteur pense que le moment est venu de passer le témoin aux RD-Congolais qui en ont les compétences. On n’a jamais vécu cela au sein d’Air Zaïre LAC pour ne citer que ce pionnier de l’aviation civile en Afrique subsaharienne dont l’expérience fait école en la matière. Quant on sait les RD-Congolais ont piloté de gros porteurs DC-10 ou B.747 jusqu’à devenir des instructeurs sur ces machines, comment ne peuvent-ils pas assumer des responsabilités à une échelle plus basse?

Situation des loadmasters et des ATE

Depuis le début de l’exploitation des vols de Congo Airways, la compagnie a fait appel à 4 loadmasters tunisiens, également logés au Memling avec un package de près de 5.000 USD. Des positions qui peuvent parfaitement être occupées par des locaux qualifiés que Congo Airways compte déjà. Le temps de la formation étant écoulé, les loadmasters locaux peuvent prendre la relève. Malheureusement, ils ploient sous les dénigrements des pilotes tunisiens qui prétextent l’incompétence des RD-Congolais pour exiger présence des leurs.  Les cadres de Congo Airways fustigent cette injustice notoire car la compagnie africaine Ethiopian Airlines recourt aux services des loadmasters RD-congolais pour les opérations de chargements et déchargements de ses aéronefs en RD-Congo. Il en est de même pour Kenya Airways qui bénéficie des mêmes compétences des Congolais pour tous ses vols sur le territoire RD-congolais.

Les ATE sont traités avec dédain par les pilotes tunisiens. Dans la foulée, les loadmasters tunisiens leur emboîtent le pas en tenant souvent des propos dénigrants et des attitudes de supériorité sans que les responsables des opérations n’interviennent réellement malgré les plaintes répétées.

Le fait d’avoir été accompagné par Nouvelair à ses débuts ne justifie plus aujourd’hui cette présence massive des Tunisiens dans la compagnie nationale. Congo Airways a aussi collaboré avec Ethiopian Airlines avec un leasing à la clé. Cela n’a pas fait le lit d’un envahissement éthiopien au sein de la compagnie. Les propos contenus dans ce mémo dénonciateur ne sont nullement xénophobes. Bien au contraire, la présence des collègues et collaborateurs des autres pays aux compétences avérées est vivement saluée et encouragée ; mais l’épisode tunisien tourne à l’abus.

Les seuls examinateurs Airbus de la RD-Congo sont 3 Tunisiens, alors que l’Airbus y est exploité depuis huit ans. Cinq ans avant l’arrivée de la vague tunisienne, comment procédait-on avant? Il y a pourtant des pilotes RD-congolais avec l’expérience requise sur Airbus pour être désignés ou formés examinateurs.

Pour revenir au cas de l’unique dame RD-congolaise pilote Airbus, elle en voit de toutes les couleurs et ne bénéficie pas de la protection de  ses dirigeants. Les mêmes personnes qui lui mettent les bâtons dans les roues pour l’empêcher d’évoluer sont ceux-là auxquels la hiérarchie de la compagnie recourt encore pour donner leurs avis. Selon nos sources, au retour d’une formation upgrade qu’elle a pourtant réussie, les Tunisiens exigent qu’elle retourne au simulateur avec eux après à peine 4 vols, dénigrant la formation parce qu’ayant été faite par une autre école toujours en Tunisie. Mise abusivement au sol, sa demande d’un autre instructeur RD-congolais, à défaut d’un passage au simulateur chez Aérosim ou à un autre centre homologué par Congo Airways avec des instructeurs de l’organisation homologuée à l’abri des conflits d’intérêts, s’est heurtée à une fin de non recevoir, pendant que son prochain simulateur est  dans 3 mois.

Cette proposition lui a attiré les foudres du ciel avec à la clé une lettre du Directeur des opérations mettant fin à sa formation. Voici une autre preuve de représailles car les deux leaders n’ont eu aucun vol d’instruction avec elle depuis cet upgrade pour être en mesure de l’évaluer. Cette dame a pourtant plus de 1.000 atterrissages sur cet avion avec des passagers à bord sans qu’aucun incident n’ait été rapporté.

KISUNGU KAS

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