Dr. Mukwege reçoit le Prix Nobel de la paix 2018 ce lundi

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Déclaré Prix Nobel de la paix 2018, le Docteur Denis Mukwegereçoit ce trophée d’excellence à la faveur d’une cérémonie riche en couleurs à l’hôtel de ville d’Oslo en Norvège à 13h00 heure locale. Au cours d’un entretien accordé à la presse sur place, le réparateur des femmes victimes des viols a indiqué que le Prix Nobel de la Paix est un signe que le monde se réveille et commence à reconnaître ce qui se passe pendant les guerres. Pour lui, ce Prix Nobel de la Paix reconnaît les souffrances des femmes victimes des viols et montre que leurs voix sont entendues. Il a également expliqué le modèle de soins holistique mis en place au sein de son hôpital Panzi, à Bukavu, qui offre aux victimes de violences sexuelles des soins médicaux et psychologiques, une assistance juridique et une aide à la réinsertion sociale. «L’accès aux soins médicaux et psychologiques aide les survivantes à guérir. L’assistance juridique et le soutien socio-économique, avec par exemple l’octroi de formations professionnelles, leur permettent de se réinsérer dans la société», a-t-il indiqué. Quant à la situation sécuritaire au pays, il a fait savoir qu’il n’y a toujours pas de paix en RD-Congo et les gens meurent à cause de la violence ou, dans certaines régions du pays, à cause de la faim. A l’en croire, la violence sexuelle en temps de guerre n’est qu’une extension de ce qui se passe en temps de paix. Il a appelé la population à prendre le courage de dénoncer les bourreaux de femmes. Né le 1er mars 1955, Denis Mukwege est un chirurgien gynécologue de renommée mondiale. Il est le fondateur et Médecin Directeur de l’Hôpital Panzi à Bukavu, en RD-Congo. Entretien.

 

Pour vous, que signifie gagner le Prix Nobel de la Paix cette année et quel impact cela a-t-il sur votre travail ?

Le Prix Nobel de la Paix est un signe que le monde se réveille et commence à reconnaîtrece qu’il se passe pendant les guerres. Durant de nombreuses années, j’ai dit, avec d’autres, que le viol était utilisé comme une arme de guerre. Le prix Nobel de la Paix de cette année met en lumière ces crimes et j’espère sincèrement que la communauté internationale agira enfin pour mettre fin aux violences sexuelles et les prévenir. J’espère également qu’il permettra d’apporter un soutien aux victimes. Je leur ai dédié ce prix et c’est vraiment le leur. Ce Prix Nobel de la Paix reconnaît leurs souffrances et montre que leurs voix sont entendues.

 

Les femmes que vous traitez ont subi des violences qui leur ont causé de graves dommages physiques et mentaux. Comment ces femmes peuvent-elles guérir?

Dans l’est de la RD-Congo, à l’Hôpital de Panzi que j’ai fondé en 1999, nous avons mis au point un modèle de soins holistique qui offre aux victimes de violences sexuelles des soins médicaux et psychologiques, une assistance juridique et une aide à la réinsertion sociale. L’accès aux soins médicaux et psychologiques aide les survivantes à guérir. L’assistance juridique et le soutien socio-économique, avec par exemple l’octroi de formations professionnelles, leur permettent de se réinsérer dans la société. Quand elles reçoivent le soutien dont elles ont besoin, les survivantes développent une force énorme.

 

La guerre en République Démocratique du Congo dure depuis deux décennies. Comment est la situation en ce moment?

Malheureusement, la situation au Congo ne s’est pas améliorée. Il n’y a toujours pas de paix et les gens meurent à cause de la violence ou, dans certaines régions du pays, à cause de la faim. Le conflit dure depuis si longtemps que nous traitons maintenant la seconde génération de victimes. J’opère des victimes de viol qui sont les filles de femmes que j’ai opérées il y a plusieurs années. Si nous n’arrêtons pas cette violence, la troisième générationarrivera bientôt pour demander de l’aide. Malheureusement, tous ceux qui osent dénoncercette situation risquent gros dans ce pays où l’on cherche à cacher ces vérités quidérangent.

 

En 2012, vous avez survécu à une tentative d’assassinat après avoir prononcé un discours aux Nations Unies dans lequel vous avez critiqué le gouvernement congolais. Êtes-vous en sécurité aujourd’hui?

Depuis l’attaque, je vis dans l’enceinte de mon hôpital qui est protégé par les forces demaintien de la paix de l’ONU. Mais à l’extérieur de l’hôpital, nos équipes qui partent en mission avec les cliniques mobiles ne sont pas en sécurité. Les survivantes qui rentrent chezelles doivent également souvent travailler et vivre dans un environnement insécurisé.

 

Quelle est votre source d’inspiration?

Personne ne m’inspire plus que les survivantes que je rencontre tous les jours. Malgré tout ce qu’elles ont traversé, elles font preuve de beaucoup de chaleur et de force. Lorsque j’ai dû fuir en 2012 après que l’on ait tenté de m’assassiner, les femmes ont commencé à économiser de l’argent pour payer mon vol de retour. La plupart d’entre ellesvivent avec moins de deux dollars par jour, mais elles vendaient des légumes et des fruitspour acheter mon billet d’avion. Je n’ai jamais vu autant de détermination. Elles sont une véritable source d’inspiration pour moi.

 

Que peut faire le commun des mortels pour mettre fin à la violence sexuelle?

Nous avons besoin de personnes qui n’ont pas peur de s’exprimer : les violences sexuelles, en temps de guerre et en temps de paix, sont commises parce que nous permettons aux auteurs de violer et d’agresser. Tant que la société restera silencieuse, ils continueront. Laviolence sexuelle en temps de guerre n’est qu’une extension de ce qui se passe en temps de paix. Nous devons aborder ces questions avec nos filles et nos fils. Ce n’est qu’ainsi que le blâme et la honte seront transférés des victimes aux auteurs.

 

Interview transcrite par Olitho KAHUNGU

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